La dose qui fait le poison…

Article publié dans la rubrique Diététique

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Il y a dix ans, les compléments alimentaires faisaient déjà l'objet de fréquentes publicités. Déjà ils étaient présentés comme "complets"…Sans les fameux acides gras oméga 3 (voire oméga 6) tant vantés aujourd'hui. Oméga 3 que l'on trouve en abondance notamment dans les poissons gras (thon, saumon…). C'est leur dose qui fait le poisson? Un peu d'humour…
Revenons à nos compléments pour constater cette vérité alimentaire et élémentaire : aujourd'hui les dits compléments sont toujours présentés comme complets et équilibrés…avec les fameux oméga 3 en plus dedans. Donc ils étaient incomplets avant l'introduction des oméga 3.
… Et ils sont certainement toujours incomplets de nos jours! En effet on découvre toujours de nouvelles substances dans les produits naturels, substances que l'on intègre dans les compléments alimentaires avec un temps de latence qui dépend de divers critères (possibilité de créer une version de synthèse, problèmes d'autorisation de mise sur le marché…).

Plus n'est pas mieux.

Certains pensent que "plus c'est mieux" et se bourrent de compléments. Ils adoptent peu ou prou la "philosophie Menthéour", ce pro sur route qui dans Secret défonce disait que si on lui avait conseillé de boire un litre de gasoil pour gagner le Tour de France il en aurait bu deux…On observe de gros abus de consommation de compléments alimentaires dans des pays où l'excès constitue une sorte de norme (ex : USA) et où les compléments alimentaires constituent un marché fort lucratif. Certains pensent que plus on prend de compléments, plus on peut "rattraper" les carences d'une alimentation anarchique.
Or il est possible qu'au bout du compte les méfaits d'une alimentation anarchique et de l'excès de compléments alimentaires pris s'ajoutent…
En effet, les effets d'une substance varient en fonction de la dose ingérée. Quelques exemples:
Le vaccin : il repose sur l'idée qu'en inoculant une toute petite quantité de l'agent pathogène à l'origine d'une maladie, on immunise justement l'organisme contre cette maladie. Petite dose : immunisation, grosse dose : maladie…
De manière plus empirique, on retrouve l'idée du vaccin dans certaines observations liées au mode de vie : par exemple ceux qui vivent souvent dans le froid le supportent mieux que les autres (mais si le froid est excessif ils mourront comme tout le monde).
Scientifiquement au contraire, on trouve aujourd'hui un ensemble de théories qui avancent que les maladies auto-immunes seraient dues à un emballement des défenses de l'organisme contre lui-même parce que l'organisme a trop "d'ennemis immunitaires" à supprimer, du fait de leur accumulation. On pense aux nombreux agents étrangers (génétiquement parlant) à l'organisme : molécules nouvelles issues de la cuisson, aliments inadaptés à la génétique humaine comme le lait de vache, aliment évoluant trop vite par rapport au rythme d'évolution de la génétique humaine (OGM)…
L'homéopathie repose sur une idée similaire à celle du vaccin : en diluant très fortement une substance, elle serait bénéfique à l'organisme ; concentrée elle serait néfaste. Même chose en ce qui concerne les oligo-éléments (oligo vient du grec oligos : "petit, peu nombreux"). On en a besoin…en petite quantité. Quelques microgrammes de fer par jour c'est bien pour éviter l'anémie ; trop de fer c'est des risques d'hémochromatose, de cancer du foie…Jolie inversion des effets en fonction de la dose! De la vitamine Cgrâce à une alimentation riche en fruits et légumes verts c'est bien ; de la vitamine C en comprimés de 1000mg c'est des risques de palpitations cardiaques, insomnies…On peut faire la démonstration avec l'ensemble des oligo-éléments. On comprend mieux pourquoi, après avoir recommandé un peu vite les supplémentations ou complémentations nutritionnelles sous forme médicamenteuse (donc très concentrées), les nutritionnistes privilégient maintenant les doses "physiologiques" et la densité nutritionnelle (alimentation fournissant de
nombreux nutrimentspar calorie ingérée). Les complémentsà dosemédicamenteuse peuvent être utile quand on est vraiment malade ; les compléments à dose médicamenteuse quand on est en bonne santé…rendent malade.

Préparer le terrain.

Bref, on peut penser qu'avec une nourriture saine l'organisme supporte bien les quelques aliments malsains consommés, mais qu'au contraire avec une nourriture malsaine l'organisme ne parvient pas à lutter et tombe malade. Par exemple on peut penser qu'avec une nourriture à base de fruits et légumes l'organisme luttera avec succès contre les agressions de quelques sodas, tandis qu'avec une nourriture à base de "gras – sucré – salé", l'organisme ne parviendra même pas à tirer profit des rares fruits mangés. Même Pasteur à la fin de sa vie disait "Le microbe n'est rien, le terrain est tout".

Avoir de Lavainne…ou pas.

La dose qui fait le poison…C'est valable aussi avec l'entraînement! Des entraînements "au carton" entrecoupés de bonnes séances de récupération ont des chances d'être profitables ; les mêmes entraînements l'un derrière l'autre sans récupération c'est la fatigue assurée. Et si, pour supporter ces entraînements excessifs, le coureur prend des compléments alimentaires sous forme médicamenteuse (concentrée), le contrecoup à moyen ou long terme sera encore plus fort (épuisement, dépression, dégoût de l'entraînement, prise de poids excessive…).
Ainsi, dans le dernier numéro de La France Cycliste (N°2249, janvier – février 2009) peut-on lire un portrait de Christophe Lavainne dressé par Christophe Penot. L'auteur écrit ceci dans ses dernières phrases : "ce frondeur avait su vaincre et durer", tout en précisant que Lavainne roulait 50 000km par an! Mais est-ce bien certain que Christophe Lavainne a duré? Ce coureur est né en 1963, environ un mois après moi. En juillet 1981 il termine 2ème du championnat de France par équipes contre-la-montre devant mon équipe (la Champagne) ; en novembre 1981 il gagne, en Guadeloupe, la finale du concours national juniors où je termine 3ème…Fin 1992 il termine sa carrière professionnelle sur route, en gros lorsque après dix ans d'interruption je reprends le cyclisme (vtt). En mai 1993 je rencontre Christophe : Univega lui a confié un guidon en vtt, tablant certainement sur ses qualités de routier pour faire un truc en vtt. Je le verrai à Reims et à Chamonix dans deux manches de championnat de France (devenu maintenant la coupe de France). À chaque fois il parcourra environ 5km avant d'abandonner. Pourquoi?
Au départ de ces courses j'ai eu l'occasion de reparler avec lui des bons souvenirs de la Guadeloupe…et de constater qu'il avait pris entre dix et quinze kilos en un hiver! Impossible dans ces conditions de rouler vite en vtt x-country. Ce coureur a duré dix ans chez les professionnels, mais tout porte à croire qu'ensuite il était lessivé. Sans entrer dans des considérations pharmaceutiques, je pense que sa dose annuelle kilométrique ne pouvait que le condamner à l'usure. Gilles Delion roulait 30 000km par an quand il était pro, c'était (c'est toujours!) un très gros moteur! Alors 50 000…

Aliment, entraînement…La dose peut faire le poison.
Méditons la différence entre plus et mieux, entre rouler plus et rouler plus vite…

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