Transvésubienne 2009 : rêve de faire…

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En stage à la Londe des Maures, avec Sabrina Enaux et Vincent Julliot, nous avons beaucoup parlé de la mythique Transvésubienne, une des rares épreuves qui enthousiasment, inquiètent ou font rêver des mois à l'avance.

Gagner des pointures.

Sabrina, par exemple, veut courir l'édition 2009. Le calendrier de coupe du monde XCO ouvre en effet une "fenêtre de récupération" après lamanche de Madrid. Elle veut saisir l'opportunité pour aller voir du côté de la Colmiane et s'y intéresse déjà beaucoup.
Il semble même qu'en 2009 deux autrespointuresmondiales aient fait lemême choix : Nino Schurter et Julien Absalon, le champion olympique en titre et le troisième de ces mêmes JO, rien que ça !
Cette mise en bouche m'amène à rêver que leur participation soit complétée par celle du second, Jean-Christophe Péraud…Mieux, que les trois sélectionnés olympiques français soient au départ. Il faudrait pour cela que Cédric "Lapierre" Ravanel soit de la fête, lui qui est déjà venu (et a vaincu!) en 2006. Je rêve aussi, au féminin cette fois, que Cécile "Lapierre" Ravanel vienne apporter la contradiction à Sabrina Enaux sur l'édition 2009.
En effet, depuis quelques années, on a souvent eu droit à la venue d'un "crosseux" de haut niveau (Chiotti, Vassal, Ravanel, Plantet…) qui a mis tout le monde d'accord sans être inquiété plus que cela.
Cette fois il en est autrement, Julien Absalon et Nino Schurter laissent augurer d'un possible combat des chefs de toute beauté.
Quand Cédric Ravanel l'avait gagné en 2006, il avait émis le souhait que des épreuves de coupe du monde marathon puissent ressembler à la "Transvé". En 2009, la Transvésubienne ne sera toujours pas une manche de coupe du monde marathon et ne le sera certainement jamais, mais la présence d'au moins deux pointures olympiques chez les hommes lui conférera une dimension sportive inédite.

Un os

Cette épreuve, mystifiée par certains crosseurs, dénigrée un peu vite par d'autres qui n'ont pas compris que son intérêt n'était pas seulement sportif, ne laisse en fait personne indifférent. Il y a environ deux ans, dans une interview à un magazine vtt, Thomas Dietsch, pourtant "énorme" référence en matière de vtt marathon, disait son appréhension de se frotter au mythe. Gilles Delion (large vainqueur du Raid Cristalp 1999) n'a jamais tenté l'aventure, perplexe devant la technicité du tracé. Ces deux champions ont pourtant largement le "moteur" pour tenir la distance !
La dimension extrême de la Transvésubienne résidemoinsdans sa distance ou sa technicité que dans la présence conjointe d'une grande distance et d'une grande technicité, voire d'une dose d'engagement psychologique (inversement proportionnel au niveau technique du pilote) à certains moments.
Ainsi, Maryline Salvetat, pourtant fine technicienne en cyclo-cross dans la boue, ne se voyait pas faire la Transvésubienne. Un jour qu'elle repérait le parcours avec nous, elle nous avait dit qu'elle aurait dû chausser une paire de baskets pour aller plus vite sur le parcours !

Oser s'y frotter

La "Trans" est une épreuve au sens fort du terme (qui nous éprouve, où l'on s'éprouve), le potentiel physique ni même le niveau technique ne suffisent à l'emporter. Il faut en plusêtre "dur", zen, stoïque devant l'accumulation de difficultés. C'est pourquoi certains forts crosseurs l'éviteront toujours tandis que d'autres voudront savoir s'ils peuvent y être performants.
Sur route, Bernard Hinault eut cette noble attitude par rapport au mythique Paris-Roubaix : le considérant comme une absurde loterie pouvant au passage écourter une carrière sur chute, il a quand même mis un point d'honneur à le courir et la gagner en 1981. Il a ensuite continué à dénigrer l'épreuve, mais tire sans aucun doute une fierté légitime de sa victoire, rehaussée par l'évitement de certains considérés comme faisant partie des plus grands (Armstrong, Jalabert…).

Le créneau 2009

C'est donc tout à l'honneur des crosseurs de haut niveau que de tenter l’aventure quand les contraintes du calendrier XCO se desserrent un peu. Or c'est le cas en 2009. D'abord c'est une année post-olympique, où l'on peut assouplir la stricte planification "XCO" de l'entraînement sans conséquence fâcheuse. Ainsi, dans un article dans VTTMag fin 2008, j'expliquais que j'imaginais Julien Absalon faire du Roc d'Azur un objectif alors que d'habitude il y vient en toute décontraction. Le Roc est, pour d'autres raisons que la Transvésubienne, un mythe qui donne de la consistance à un palmarès de vététiste. Rien ne dit d'ailleurs qu'Absalon ne tentera pas cet objectif en octobre. Wait and see. Quand j'ai écrit mon article dans VTTMag, je ne pensais pas à une participation de Julien à la Transvé. Pourtant sa démarche est bien vue : d'abord s'il y a bien une année où il peut s'écarter sans trop de risques du format "XC2h", c'est 2009. Les JO de Londres sont éloignés de plus de trois ans, son organisme a le temps de digérer ce type d'effort avant leur survenue. Dans la logique d'une olympiade, l'année 2009 peut même être considérée par le champion olympique comme celle où il peut légèrement hypertrophier la dimension foncière, avant de retourner progressivement à plus de puissance, d'explosivité et de gestion d'effort "XCO" les années suivantes.
Par ailleurs, Julien Absalon a exprimé son souhait de travailler sa technique en descente cet hiver, notamment sur un vtt tout-suspendu. Quoi de mieux qu'une épreuve de XC extrême, généralement couru en "full", pour donner un but concret à ses entraînements techniques et de descente…qui aident aussi à casser la routine du strict entraînement XCO?
Orientation provisoire vers le foncier, insistance sur le travail technique et diversification relative de l'entraînement : voici trois raisons qui justifient largement le choix transvésubien d'Absalon en 2009. Car je serais étonné que Julien vienne sur cette épreuve sans l'avoir un tant soit peu préparée.

Repenser le XC…

En effet, d'une part ce n'est pas dans les habitudes du garçon, d'autre part Julien a en maintes occasions montré son profond attachement au tout-terrain, et je suppose qu'il a du respect pour cette épreuve qui en est un peu la quintessence. Mieux, s'il la remporte (ce n'est pas encore fait!), il pourra militer plus facilement pour plus de technicité dans les tracés XCO. Le fait que Schurter ou Sabrina Enaux (et, avant eux, Chiotti ou le couple Ravanel) viennent ou soient venus est porteur du même message :
"On aime le véritable vélo tout-terrain! Ne rebouchez pas les trous, ne cassez pas les pierres, pas besoin de passerelles pour franchir les fossés…"

J'arrive !

La venue de ces top-pilotes me donne envie d'être de la fête ! D'autant que, cerise sur le plateau, le parcours 2009 revient aux origines de la Trans. Brec d'Utelle nous voilà! Depuis que ce passage mythique a été supprimé du parcours, certains disent que Georges "Grand Manitou" Edwards s'est perdu dans la voie du XC "difficile mais classique", d'autres (comme Jacques Devi ou Hervé Dattas), finishers d'éditions avec – sans Brec, affirment que la Trans est aussi dure dans ses différentes versions (Rocca Sparvierra, Férion, Baisse de Béasse…C'est aussi du lourd!). Le tracé 2009 permettra de se faire une idée plus précise. Personnellement j'ai fait et terminé la Transvésubienne en 2004 – 2005 – 2006, sans jamais affronter le Brec d'Utelle. Mais j'ai un souvenir cuisant de l'édition 2004 qui est, dans l'esprit de nombreux participants, une sorte de sommet dans la difficulté. Seuls un ou deux concurrent savaient descendu l'intégralité de Rocca Sparvierra en vélo…Et il y avait un portage terrible, qui valait bien le Férion…On en parle encore de temps à autre et cela participe à la magie de l'épreuve.
Et puis, 2009 ne fera pas les choses à moitié puisque l'arrivé est prévue à Nice, comme aux débuts! Je ne pensais pas qu'on reverrait cela un jour, chapeau Georges Edwards et son équipe !

Rêves de Trans…

2009 peut donc être un cru exceptionnel pour la Transvésubienne, disons un millésime pour ceux qui aiment le bon vin (il y en aura au moins un au départ…).
Je rêve d'un tracé qui mette tout le monde d'accord.
Je rêve d'une empoignade Absalon l'expérience – Schurter la fougue (Schurter, terreur des espoirs, c'est un peu l'Absalon d'il y a dix ans?).
Je rêve que viennent se mêler à cette empoignade d'autres pointures internationales, si Cédric "Lapierre" Ravanel venait ce serait carrément génial.
Je rêve que l'empoignade ait également lieu chez les dames. Sabrina Enaux est de la partie, qui viendra lui donner le change?
Je rêve de faire la Trans à ma manière, avec mes jambes, ma tête et mon clavier, outils de cheminement, d'imagination et d'écriture.

Rêves, rêves, rêves…Réveil dans trois mois.

Du lourd en montée…

Du lourd en descente…

…Tous comme une seul homme au bout !

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