Vancouver 2010, Le syndrome du favori

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La France, notamment médiatique et journalistique, est friande de problématiques psychologiques, au point de mettre la pression à ses athlètes quand ils sont en pleine forme. Au final ceux-ci craquent parfois et les outsiders tirent les marrons du feu.

Lorsqu’on est favori nos faits et gestes sont observés, analysés, commentés, critiqués. Pendant ce « temps de l’usure psychologique », l’outsider, à l’ombre des médias, attend son heure, celle où il prendra la lumière à la place du favori épuisé d’être observé sous toutes les coutures.

Dans VTT Rouler plus vite j’explique cet état de fait ainsi que quelques astuces qui aident à se mettre dans la peau d’un outsider même quand on est favori.

Craqueurs célèbres.

Même si de nombreux favoris savent gagner, les exemples de ceux qui craquent sous l’effet de la pression (‘’Celle-là elle est pour toi !’’) abondent eux aussi : Christine Arron ou Brian Joubert en sont emblématiques, notamment parce qu’ils ont craqué alors qu’ils étaient en forme, alors que d’autres favoris battus le sont parfois parce qu’ils sont émoussés (Sven Nijs en cyclo-cross voire Julien Absalon au championnat du monde de vtt 2009).

Loin de chez soi –loin de la pression.

J’ai personnellement remarqué qu’un championnat du monde vtt masters en France était plus difficile à gérer qu’au Canada, et que mon premier championnat Canada fut le plus plaisant, j’y ai pédalé avec la joie de la découverte. La victoire fut une sorte de « bonheur supplémentaire » alors que les années suivantes elle m’a semblée « obligatoire » pour être satisfait de moi.

Vancouver : vent couvert pour les favoris.

Aux JO de Vancouver 2010, la délégation française nous a offert un bel exemple de favoris en difficulté et d’outsiders en réussite. Les skieurs alpins, forts de nombreux podiums (16 ?) en coupe du monde avant l’ouverture des JO ont fait chou blanc (comme neige) tandis que les « outsiders biathlètes » ont trusté 6 médailles dans la joie de la « non-pression ».

Plus symptomatique encore: Vincent Defrasne est champion olympique en 2006 alors qu’il est outsider dans l’ombre de Raphaël Poirée. En 2010 il reçoit l’insigne honneur (et la pression médiatique qui va avec) d’être le porte-drapeau de la délégation française et fait partie des favoris…Il se rate complètement. Déjà en 2008 à Pékin le kayakiste Tony Estanguet, double champion olympique, avait été porte-drapeau et mis à cette occasion plus sous les feux des projecteurs qu’à l’accoutumée…Il s’était raté lui aussi.

Denériaz : la lumière vint de l’ombre.

Antoine Denériaz, champion olympique de descente en 2006 à Turin, avait alors confié aux journalistes qu’il s’était convaincu qu’il serait champion olympique juste après une chute en coupe du monde…qui l’avait éloigné du circuit, de son cirque, de sa lumière et de sa fatigue médiatiques. Il avait pu se préparer loin des journalistes qui, n’attendant rien de spécial de lui, s’en désintéressaient plus ou moins. Lui, de son côté, avait « faim »…

S’user ou se préserver.

Celui qui s’échine toute la saison sur le circuit, aux avant-postes qui plus est, subit de nombreuses sollicitations médiatiques qui s’ajoutent à une fatigue insidieuse, parfois causée par un changement d’objectif dû à la réussite en cours (ex : en 2009 Julien Absalon a fait du classement général de la coupe du monde un objectif en cours de saison…Cet objectif était contradictoire avec la nécessité de « couper pour recharger les accus» avant les championnats du monde ; pendant ce temps-là Schurter, légèrement en retrait en coupe du monde, « explosait » aux mondiaux…).

Se priver de succès pour mieux réussir…

La victoire ou la réussite, sources de plaisir, donnent envie de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Du coup les vainqueurs ignorent parfois des périodes de repos nécessaires pour éviter la fatigue ou la saturation. Ils arrivent alors « en bout de course » au départ de certains grands objectifs, faisant la joie d’outsiders qui n’en demandaient pas tant, gagnent…et deviennent à leur tour « favoris sollicités » en proie à l’usure physique et médiatique !

Ne faut-il pas savoir reculer pour mieux sauter ?

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