Bonheur paradoxal et entretien de soi…

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Au hasard de certaines lectures sociologiques -  philosophiques, il arrive que l’on rencontre des problématiques intéressant le sport(if) de haut niveau, le professeur d'EPS, les personnes soucieuses de leur santé...

Ainsi page 325 du livre Le bonheur paradoxal de Gilles Lipovetsky (Flammarion 2006), professeur de philosophie à l’université de Grenoble et notamment auteur de L’ère du vide en 1984.

Le livre s’intéresse à la société d’hyperconsommation, marquée par un individualisme de masse qui semble se traduire dans tous nos comportements.

L’auteur passe au crible de son analyse de multiples modèles explicatifs du fonctionnement de notre société « hyperconsommatoire », évitant les modèles uniques et simplistes et optant plutôt pour une approche complexe des choses, pointant l’existence de solidarité malgré l’individualisme (montée du dynamisme associatif et bénévole malgré le culte de l’argent…), montrant l’insatisfaction malgré l’essor des jouissances matérielles immédiates (voire à cause de ces jouissances qui fonctionnent comme une surenchère permanente) mais aussi un sentiment de bonheur quand nous nous comparons à d’autres peuples…


Page 325, l’auteur évoque le paradigme du culte de la performance énoncé notamment par Alain Ehrenberg (Le culte de la performance, Calmann Lévy 1991). Il montre qu’il est comme équilibré, compensé, par un souci grandissant de prévention des risques et d’entretien de soi. Tout se passe comme, si dans une société où l’on demande toujours plus à l’homme, celui-ci se protégeait ou se préservait grâce aux pratiques d’entretien. Il rapproche cette attitude du nécessaire équilibre entre prise de risque et maîtrise du risque ou entre avancées technoscientifiques accélérées et place croissante du principe de précaution.


Cette approche donne un sens profond à l’entretien de soi, qui semble capable, dans une société du toujours plus, d’éviter à l’homme de finir par payer l’addition. Plus de « culte de la performance » entraînerait, comme par souci d’homéostasie, plus d’entretien de soi. Exemple : ‘’Je dois être au top dans mon métier, cela me stresse, alors je pratique la lecture, le théâtre, les balades en forêt…’’


Dans le domaine de l’activité physique et des activités physiques on note à la fois une avancée des pratiques compétitives et du dopage (de plus en plus efficace, organisé) et une poussée des pratiques non-compétitives, récréatives, d’épanouissement personnel…d’entretien de soi (fitness, yoga, randonnées sous différentes formes, danses folkloriques…).

Idem dans les programmes d’EPS où les textes, longtemps dominés par la problématique du dépassement, s’équilibrent progressivement en intégrant les pratiques d’entretien de soi à différents niveaux (je laisse aux candidats le soin de lire les textes officiels à travers le prisme de cette idée), au moins depuis le collège et pourquoi pas avant (voir par exemple le souci de régularité du rythme en course à pied dès l’école primaire).


On peut penser que dans la société actuelle l’écart se creuse entre d’un côté les pratiques (physiques ou non) à visée de performance, et de l’autre les pratiques à visée d’équilibre. Une déclinaison de plus de la société à deux vitesses…Dans le domaine sportif l’écart semble également croître entre l’attitude excessive des pratiques de performance (qui peuvent favoriser le dopage, l’anorexie…) et la pratique « raisonnée », à visée de santé. Le sport de performance serait-il contradictoire avec la recherche ou la préservation de la santé ? N’allons pas trop vite en besogne, certains sportifs de haut niveau semblent réussir à conserver un organisme en bon état pendant de longues années (ex : Jeannie Longo) et on ne sait toujours pas bien ce qu’est une quantité d’activité physique « normale » pour un être humain (elle est peut-être très supérieure à l’activité physique moyenne des sociétés occidentales actuelles).



Néanmoins il n’est pas interdit de penser que la société du toujours plus, créée par l’homme, parfois lui convient, parfois le fatigue. Elle le conduit au bonheur paradoxal décrit par Gilles Lipovetsky, où se côtoient jouissances immédiates et frustrations croissantes…que l’homme tente d’équilibrer, notamment par les pratiques d’entretien de soi.

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