Sinusite, prévention, FFC…Bravo!

Article publié dans la rubrique Dopage

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Un article recyclé le 17 mars 2010...

             Le 29 mars 2006 j’écrivais l’article que vous pourrez lire ci-dessous…Je viens d'avoir envie de l’y remettre à la suite de la réception d’un mail d’un coureur contrôlé positif, qui galère psychologiquement actuellement car il a prix 10 mois de suspension.

 L’article que j’avais écrit le 29 mars 2006 préconise d’être prudent et démontre qu’il est normal que la FFC interdise à un coureur qui prend certains médicaments de rouler en même temps…Un regret cependant : l’abondance des « dérogations » accordées à certains professionnels ! Là il y a deux poids deux mesures.

 Ci-dessous l’article du 29 mars 2006 :

 Une sinusite, froid dans le dos…et un médecin qui vous veut du bien.



            "Un homme averti en vaut deux", "à toute chose malheur est bon"…que tous ceux qui attrapent une méchante sinusite lisent bien ceci avant de se rendre chez leur médecin traitant.

Contexte pathologique.

            Un mot sur le contexte tout d'abord : dix jours avant le Rais Cassis, je commence à ressentir les symptômes d'une sinusite. Puis, dans le milieu de la semaine qui suit, ces symptômes s'aggravent alors que je pensais que ça allait passer tout seul comme c'est le cas habituellement chez moi. Le jeudi 23 et le vendredi 24 mars, je passe des nuits "de folie" en me mouchant sans arrêt, avec un mal de tête insupportable (je ne peux même pas me toucher à côté du nez tellement les sinus sont enflammés), je sue, je perds trois kilos…Le vendredi, je décide de ne pas me rendre au Raid Cassis vtt, je suis vraiment trop "ruiné". Et le samedi matin à 7h40 je suis chez mon médecin qui me prescrit notamment 3 comprimés de Solupred, deux jours de suite. Je lui fait remarquer qu'il y a de la cortisone là-dedans et que je peux être positif à un contrôle antidopage, il réagit en me disant de n'en prendre que deux jours, que ça sera vite éliminé (mais sans me donner de délai chiffré d'élimination).

J'envoie un double de mon ordonnance au docteur Genson de la FFC qui fait l'interface entre la fédération, les organismes de lutte antidopage, et les coureurs.

Coup de froid!

            Lundi 27 mars, 20h30…coup de téléphone : c'est le docteur Genson, qui m'explique qu'il y a un gros problème : le Solupred, c'est strictement interdit en temps que licencié FFC, même avec une ordonnance!

Il me précise : "Vous devez retourner voir votre médecin au plus vite, il doit préciser sur l'ordonnance la durée d'élimination des comprimés qu'il a prescrits ; soit il la calcule lui-même, soit (s'il ne sait pas), il doit téléphoner au laboratoire qui fabrique le produit pour qu'il lui donne la durée de la demi-vie du produit. Pendant le temps d'élimination, vous n'avez ni le droit de courir ni le droit de monter sur votre vélo…"

Pas le droit de monter sur le vélo? Sur le coup je suis sidéré. "Mais j'ai quand même le droit de faire du vélo si j'en ai envie et si je m'en sens capable à nouveau, c'est quoi cette histoire?".

Il m'explique qu'il est là pour me prévenir et que si je subis un contrôle inopiné sans avoir renvoyé ce papier et que je roule je risque deux ans de suspension…Il ajoute d'ailleurs qu'en tant qu'enseignant, je pourrais perdre mon emploi. Là je crois qu'il abuse un peu.

Sur le coup je suis médusé, puis je réfléchis et je comprends la logique que sur le coup il ne m'a pas expliqué parfaitement clairement : certains coureurs prennent du Solupred sans être malades et s'en servent pour "s'aider". À partir de là on comprend que la législation antidopage prévoie de mettre un coup de frein maximal à ce produit en interdisant tout simplement à un licencié FFC de rouler pendant qu'il est sous l'effet de ce produit. C'est censé dissuader de l'envie d'en prendre.

Bon, maintenant que j'ai compris la logique je suis prêt à m'interdire de rouler. Mais ça fait ch…! Je me demande combien de temps je vais être à l'arrêt: quelques jours, quelques semaines? Je n'en ai aucune idée sur le coup.

Je prévois de me rendre chez mon médecin traitant dès le mardi matin.

Le docteur Genson me précise aussi que dans une nouvelle législation à venir, les médecins traitants qui manquent à leur devoir d'information risquent d'être sanctionnés eux aussi, pas seulement les coureurs.

Je me pose quelques questions, dont surtout celle-ci : mon médecin aurait-il pu me prescrire autre chose que du Solupred (dopant) pour ma sinusite? Cette question m'apparaît essentielle à cette heure.

Problématiques croisées.

            En tout état de cause, le mardi matin je suis à 7h30 devant le cabinet médical…fermé. Je rentre chez moi, j'appelle peu avant 8h, il vient d'ouvrir, j'y retourne, et je vois mon médecin à qui j'explique la situation. Sur le coup il réagit comme moi la veille en se demandant ce que signifie ce "chantier". Le docteur Genson m'a lui-même dit la veille que de nombreux médecins réagissaient comme cela et que souvent il en entendait des vertes et des pas mûres au téléphone.

À ce moment précis, je me rends compte très concrètement à quel point le besoin de lutter contre la triche sportive et les dangers pour la santé qu'elle provoque conduit à une tension de tous côtés:

  • Le docteur Genson m'a mis une belle pression au téléphone le lundi soir.
  • De mon côté, je me suis mis à plus ou moins culpabiliser, ou du moins douter de ma démarche, en me disant que j'aurais peut-être pu faire comme d'habitude, attendre que ça se passe (mais quand je suis allé chez le médecin ça faisait 8 jours que j'attendais que ça se passe et ça ne faisait qu'empirer).
  • Du côté de mon médecin traitant, c'est l'effarouchement qui domine, la réaction du médecin fédéral lui donne le sentiment que quelqu'un pense qu'il n'aurait pas dû me soigner de cette manière ou qu'il a manqué à son travail d'information du coureur.

Or dans cette affaire, chacun essaie de faire de son mieux.

  • Mon médecin voit mon piteux état et cherche avant tout à me soigner, la dimension sportive est logiquement placée au second plan au moment de la consultation.
  • Le docteur Genson m'a appelé dès qu'il a reçu ma lettre l'informant de mon traitement.
  • De mon côté, je n'ai pas roulé (sauf une demi-heure le jeudi pour constater que c'était peine perdue) à partir du moment où mon état s'est vraiment dégradé, et j'ai fait une croix sur le Raid Cassis, mais je pensais en toute bonne foi que dès que mon état général s'améliorait un peu, il était logique que je remonte sur mon vélo.

Inquiet quand même.

            Mon médecin prend le Vidal et regarde la durée d'élimination des comprimés qu'il m'a prescrits à partir de leur demi-vie plasmatique inscrite sur le Vidal. Il conclut à un délai d'élimination de 48h (donc je peux rouler dès le mardi matin puisque j'ai pris mes trois derniers comprimés le dimanche à 8h) qu'il écrit sur un double de mon ordonnance que je re-faxe au docteur Genson dans la foulée. Le docteur Grillon m'expliquera un peu plus tard que la durée d'élimination d'un produit correspond à 7 fois sa demi-vie.

Au passage je comprends mieux (mais j'en étais déjà convaincu) l'utilité des contrôles inopinés : celui qui veut se doper aux "corticos" peut en prendre en milieu de semaine et espérer courir sans traces du produit dans ses urines le dimanche. Il est donc judicieux de faire des "descentes" au domicile de coureurs en pleine semaine avant un objectif pour avoir des chances d'attraper des tricheurs aux corticoïdes.

À la suite du fax j'ajoute la petite lettre ci-dessous car je me pose quelques questions:

Docteur Genson,

            Suite à votre appel téléphonique d'hier soir à mon domicile, je suis allé voir mon médecin traitant dès ce matin, il a regardé le Vidal où est indiquée une demi-vie plasmatique du produit de 3,5 heures, il en a déduit une élimination de mes deux prises (samedi 25 et dimanche 26 mars matin) en 48 heures (voir ordonnance jointe annotée par ses soins).

De mon côté, et pour essayer d'avancer dans la compréhension de ce qui vient de m'arriver, j'aimerais que vous puissiez répondre à deux questions:


     1. Au vu de ce dont je souffrais (sinusite carabinée, perte de 3kg, fièvre, deux nuits où je ne supportais même plus la position allongée tellement ça me faisait mal à la tête), pouvais-je prendre un autre produit ou aurais-je pu attendre que ça se passe tout seul (j'avais déjà attendu presque une semaine et ça ne faisait qu'empirer).



     2.Puis-je m'entraîner maintenant, et puis-je courir sans risque d'un contrôle positif dimanche 02 avril prochain? Ça va mieux, et j'ai pris mes trois derniers comprimés le dimanche 26 mars à 8h du matin (+ 48h = mardi matin).


            Je comprends parfaitement qu'on lutte énergiquement contre le dopage (vous semblez d'ailleurs au courant de mes activités d'acteur de prévention), je vais d'ailleurs me servir de ce qui vient de m'arriver pour un article qui peut aider à rendre plus prudents ceux qui veulent l'être, puisque nous savons que malheureusement tout le monde ne prend pas un médicament à des fins thérapeutiques.

Je compte sur votre réponse qui pourra m'aider au cas où je retombe malade et lors d'interventions à destination de sportifs.


Cordialement,

(je joins mes coordonnées pour obtenir une réponse de sa part).

Un homme de communication

            Le mardi soir, alors que je suis vautré devant "Taxi 2", le docteur Genson me rappelle : c'est très gentil de sa part car il n'était pas obligé, d'autant qu'il reçoit 60 ordonnances par jour.

Il répond à ma première question en me disant que bien sûr il n'a pas fait le diagnostic lui-même mais que visiblement, au vu de ce que je lui ai décrit, la prescription du Solupred était la bonne solution. Avis qui m'avait été confirmé dans la journée par Jean-Luc Grillon, médecin du sport de la DRDJS de la Marne – Champagne avec qui j'ai travaillé sur diverses actions de prévention.

Il répond à ma deuxième question en me confirmant que je peux effectivement m'entraîner à nouveau, et que pour le 02 avril il y a une probabilité extrêmement infime qu'il reste des traces du produit dans mes urines (il est vrai que les délais d'élimination peuvent varier d'une personne à une autre). Donc je peux courir, youpi! Je dois avouer que je me demandais combien de temps j'allais être arrêté avant d'aller chez le médecin, et que cela m'inquiétait, car le fond de l'affaire, c'est que j'aime le vélo!

Il poursuit gentiment avec un conseil : aller voir un O.R.L pour un examen approfondi des sinus, car si j'ai fait une infection aussi violente, il est possible que j'aie un foyer infectieux quelque part, qui peut se déclarer à nouveau. Il m'explique différentes sources possibles d'infections, dont une qui retient mon attention : un problème dentaire. En 2004, après mon premier championnat du monde victorieux en masters, je m'étais fait dévitaliser une dent qui me faisait de plus en plus souffrir. Or, pendant ma sinusite, j'avais mal à cet endroit. Il est vrai que j'avais mal un peu partout à la tête, mais au niveau dentaire, j'avais plus mal du côté de la dent dévitalisée que de l'autre côté. À voir…?


À la fin de notre discussion, je remercie le docteur Genson car dans cette affaire, même si j'ai ressenti de la pression au début, il m'a surtout aidé. Il m'a permis d'éviter une omission dans ma démarche d'information de la fédération du traitement qui m'était prescrit, et il a répondu à mes questions alors qu'il n'y était pas obligé.

C'est tout à l'honneur de la FFC dont on entend souvent dire qu'elle est là pour sanctionner mais pas pour prévenir. Dans mon cas ce fut exactement l'inverse.

            Au final, il me reste le souvenir de quelques jours de maladie et de galère qui m'ont empêché de courir à Cassis alors que j'attendais cette course avec impatience, et une attitude saine de la FFC en la personne du docteur Geonson, qui m'a permis de mieux comprendre certains aspects des rouages de la lutte antidopage.

 Et dans ce domaine encore plus qu'ailleurs, nulle ignorance n'est utile.

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