Accessoire(s) – essentiel…

Article publié dans la rubrique Entraînement, Psychologie

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Les récents championnats de France vtt de Val d'Isère n'intégrant pas les masters, j'y suis venu en spectateur, j'ai donc pu observer l'évènement en toute décontraction. Une chose m'a frappé : le nombre de coureurs (voire d'accompagnateurs) qui portaient aux poignet le Power Balance, un  bracelet aimanté censé améliorer l'équilibre voire la force de celui ou celle qui le porte. Il y en a partout!

...Ou presque. Julien Absalon atomise le x-country élite, je ne l'ai pas vu en porter. Idem pour Alexis "Lapierre" Vuillermoz qui domine la course espoirs avec une maîtrise "absalonnnienne", ou pour Julie Bresset, au-dessus du lot chez les dames. Ces trois coureurs ne semblent pas "bagués" mais roulent drôlement vite...

Sur France 2, lors d'une retransmission d'une étape du Tour et après avoir constaté que de nombreux concurrents portaient ce bracelet, Laurent Jalabert a, en gros, dit ceci : "Encore une mode, on se demande combien de temps cela va durer, on a eu le Compex, puis les bas de contention, maintenant c'est le Power Balance...Il ne faudrait pas oublier qu'avant tout il faut s'entraîner dur"...

Je suis plutôt d'accord avec ce point de vue. Au fait je n'ai pas encore vu Julien Absalon se promener avec des bas de contention, ni avant ni après ses courses. Cela ne signifie d'ailleurs pas que cet accessoire soit inutile. Je compte d'ailleurs en acheter une paire pour les 13h d'avion qui me mèneront au Brésil pour les championnats du monde masters en septembre. J'ai remarqué qu'à la fin du voyage mes jambes étaient gonflées, cet accessoire me semble pouvoir être utile dans ce cas précis. J'ai aussi utilisé le Compex, au départ dans le but de remuscler le vaste interne de ma cuisse droite, plus petit que le gauche depuis une série d'opérations au genou droit. Je l'ai aussi utilisé en récupération (notamment après avoir constaté que je supportais mal le mode musculation du Compex pour ma jambe droite, voire le chapitre Electrostimulation dans VTT Rouler plus vite). Mais je l'ai abandonné après avoir estimé qu'il n'était pas plus efficace (plutôt moins) qu'une bonne séance d'étirements.


Tests...

A Val d'Isère, Sabrina Enaux et Virgile Stiedel portaient le Power Balance et étaient plutôt enclins à lui prêter une certaine efficacité en termes d'équilibration. Virgile m'a proposé un test d'équilibre au cours duquel on appuie (avec ou sans Power Balance) sur l'épaule d'une personne en équilibre sur un pied. Le test semblait probant jusqu'à ce que je propose de modifier un peu la manière d'appuyer sur l'épaule du cobaye testé. A ce moment-là le test est devenu inopérant. Cela ne signifie pas que le Power Balance soit inefficace, cela signifie surtout qu'un test doit être rigoureux et qu'à contrario un bon commercial peut sans problème, par une pression légèrement orientée, faire croire à un cobaye que sans Power Balance il est moins équilibré qu'avec.

J'ai moi-même fait une expérience assez surprenante quelques jours après mon séjour à Val d'Isère. En Haute-Savoie chez un frère, nous avons fait de la "slack rope" (marche sur une sangle de 25mm de large, tendue à 60cm de hauteur entre deux arbres espacés de 10 à 15m). A plusieurs reprises j'ai tenté un demi-tour sur la slack, sans succès. Puis j'ai nagé une quinzaine de minutes dans le lac qui jouxtait notre terrain de jeu, je suis revenu...et j'ai enchaîné trois demi-tours de suite sur la slack! Cela m'a fait repenser au Power Balance, je me suis demandé si la natation m'avait équilibré...Puis j'ai envisagé d'autres explications : la natation m'a calmé ; la natation m'a refroidi ; nager a permis à mes cuisses, fatiguées par la slack, de récupérer...Bref j'ai constaté un progrès suite à une activité "accessoire" sans pouvoir dire si cette activité était la cause ou pas de ce progrès.

En ce qui concerne le Power Balance je suis incapable de dire si cet accessoire est utile ou pas à la performance. Ce dont je suis certain en revanche c'est qu'il ne peut en être un rouage essentiel.

l'essentiel et l'accessoire.

Sabrina Enaux portait le Power Balance aux championnats de France. Pour autant elle me semble capable d'aller à l'essentiel et de ne pas transiger sur les priorités d'entraînement. Ainsi à Val d'Isère elle a constaté, chronomètre à l'appui, une belle efficacité en côte mais un relatif déficit technique. Par ailleurs elle sait qu'à Champéry, prochaine étape de la coupe du monde le week-end prochain, il y a une marche à sauter, qui requiert une habileté technique spécifique. Ni une ni deux, elle me demande si elle peut passer chez moi travailler cette technique. On le fait pendant près de trois heures avant-hier, ce qui ne l'empêche pas d'intégrer certains exercices d'intensité dans sa séance. Par ailleurs elle me dit avoir refait le test du Power Balance avec un membre de sa famille avec la petite modification que j'ai proposée et avoir constaté qu'il n'était, en effet, pas convaincant dans ces conditions. Elle continue néanmoins d'estimer qu'il lui apporte quelque chose au niveau de  l'équilibre, sans pouvoir exactement dire quoi. Bref, elle tente de clarifier l'utilité éventuelle d'un accessoire sans jamais perdre de vue l'essentiel car elle ne lâche rien en matière de séries d'efforts. Bel exemple de motivation et d'"honnêteté réflexive" dans l'entraînement.

A contrario, il me semble que certains coureurs mettent la charrue avant les boeufs. Certains portent les bas de contention ou récupèrent au Compex sans avoir fait d'entraînement dur ou en rechignant à s'entraîner s'il fait froid ou qu'il pleut. D'autres portent le Power Balance mais ne travaillent ni la force ni la technique...Ils attendent donc d'un accessoire qu'il pallie un déficit d'entraînement. Incohérent.

Certains vont plus loin dans l'erreur : un nombre croissant de coureurs roulent en double plateau. Parmi eux rares sont ceux qui ont les moyens physiques pour cela. A Val d'Isère, Alexis "Lapierre" Vuillermoz montait la raide côte de la première boucle du circuit sur 42X36. C'était impressionnant, mais d'une part c'est l'équivalent d'un  32X27 - 32X28 (donc pas si énorme), d'autre part et surtout il tournait correctement les jambes, ce qui est essentiel. Julien Absalon, lui, avec le même groupe (SRAM XX) montait sur le petit plateau mais sur une autre denture et au bout du compte lui aussi roulait très vite, c'est cela qui compte!

Le poids des représentations...

Vuillermoz et Absalon ont les moyens physiques de rouler en double plateau. De nombreux coureurs ne les ont pas et roulent quand même en "double", pourquoi? Ils confondent l'essentiel et l'accessoire à différents niveaux.

* Ils pensent qu'en adoptant le même matériel que les top pilotes ils vont rouler "un peu plus" comme eux (dans VTT Rouler plus vite je cite aussi l'exemple de coureurs qui copient l'entraînement d'un champion sans avoir franchi les paliers permettant de supporter cet entraînement...).

* Ils préfèrent gagner 100g sur leur vélo plutôt que de disposer d'une palette de braquets optimale. Bel exemple de confusion entre l'essentiel (disposer des bons braquets de course) et l'accessoire (gagner un peu de poids). Pourquoi pas un seul plateau???

Le poids est sûrement ce qui, actuellement, provoque le plus d'erreurs de la part des coureurs. En voici parmi les plus fréquemment observées dans le milieu du vtt:

  • Rouler en double plateau...et passer certaines côtes à pied en ce qui me concerne en 2011 j'opterai pour le XTR 3 X 10 pour disposer de tous les braquets utiles avec un meilleur étagement qu'en 2010).
  • Rouler en semi-rigide carbone et pneus fins sans posséder une technique parfaite...et crever, avoir mal au dos, passer à pied certaines sections techniques, casser du matériel.
  • Percer une pièce en trial (manivelle, voire cadre)...et finir une zone à 5 parce que ladite pièce a cassé.
  • Choisir une selle à moins de 100g...et finir irrité ou coupé à la cuisse ou à l'entrejambe, ou casser les rails carbone.
  • Opter pour des pédales hyperlégères...et avoir mal aux pieds parce que la surface d'appui sur la semelle de la chaussure est insuffisante.
  • Raccourcir les embouts de cintre...au point de ne plus pouvoir tirer dessus correctement.

Néanmoins l'homme est intelligent, capable de réfléchir et de tirer les leçons de certaines erreurs. Pour ce faire il doit savoir faire la différence entre l'essentiel et l'accessoire...C'est essentiel !

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