Cancellara, à chaud à froid…

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Lundi dernier, la fin de l'étape du Tour de France menant à Spa, en Belgique, fut en quelque sorte neutralisée par la volonté d'un homme surtout: Fabian Cancellara, alors maillot jaune, qui laissa filer ledit maillot sur les épaules de Sylvain Chavanel, auteur d'un grand numéro à plusieurs puis seul en fin d'étape.


Pourquoi Fabian Cancellara s'est-il évertué à neutraliser la fin de course? Dans l'une des dernières descentes, un grand nombre de coureurs ont chuté (mais bizarrement pas les échappés ; on a invoqué soit de l'huile sur la chaussée, soit une chaussée hyper-glissante du fait de pluies brèves et de feuilles sur la route).  Parmi eux, les frères Schleck, coéquipiers de Cancellara, et notamment Andy, un des favoris du Tour, dont on a  cru un moment qu'il allait abandonner.


Dans un premier temps Fabian Cancellara a tout fait pour que son groupe ne roule pas, permettant ainsi le retour des frères Schleck (mais aussi d'autres favoris comme Armstrong). Le peloton s'est alors regroupé, la course pouvait reprendre normalement dans les 10-15 derniers kilomètres...mais elle ne reprit pas.


En effet, Cancellara est intervenu à nouveau auprès de la direction de course pour lui demander de bien vouloir neutraliser la fin de l'étape. Le peloton a alors franchi la ligne d'arrivée groupé, aux ordres d'un Cancellara multipliant les signes aux coureurs pour qu'ils n'accélèrent pas.


Sur le coup tout cela semblait chevaleresque de la part du Suisse, qui acceptait de perdre son maillot jaune afin que l'ensemble des coureurs rentrât à bon port. Puis naquit une polémique, de nombreux sprinters se demandant pourquoi on leur avait ainsi supprimé la possibilité de marquer pour le classement par points (chaque coureur du peloton s'est vu attribuer 2 points tandis que Chavanel a eu droit à la totalité des points du vainqueur).


Mon intention n'est pas de juger les actes de Cancellara. Il a joliment mené la barque pour Saxo Bank, personne n'était obligé d'obéir, pourtant les autres coureurs se sont pliés à ses désirs. Il faut croire qu'il sait s'y prendre.


En revanche, il est intéressant de remarquer que la polémique a enflé le lendemain de l'étape. Ne dit-on pas La nuit porte conseil ?...On peut supposer que, à chaud, dans le feu de l'action de nombreux coureurs se sont ralliés à ce qui paraissait être la solution la plus logique, puis que quelques heures plus tard, à froid, ces mêmes coureurs ont constaté les dégâts : perte de  points maillot vert pour les sprinters, privation d'une attaque qui aurait repoussé les frères Schleck à plusieurs minutes...Certains, solidaires sur le coup, se mordront peut-être les doigts en fin de Tour d'avoir "obéi" à Cancellara ce lundi 05 juillet 2010.



Cela nous ramène à un problème fréquent en course : la perte de lucidité lors d'un effort intense. On ne peut pas rouler à fond et réfléchir posément en même temps. Essayez de faire un calcul mental un peu compliqué en roulant "au seuil", vous verrez...Au niveau physiologique il faut croire que certaines substances sont impliquées à la fois dans la production des énergies physique et mentale. Par exemple, en plein effort, l'important besoin de sang pour les muscles peut diminuer sa fourniture au cerveau. Au contraire,  à intensité modérée, on peut réfléchir, méditer...


La solution à ce genre de problème?

Comme je l'explique dans VTT Rouler plus vite : posséder de nombreux automatismes issus d'expériences répétées et variées, qui permettent de pallier intelligemment à toutes sortes d'imprévus (cela va de penser à faire tomber sa chaîne en bas de la cassette quand on doit enlever sa roue arrière sur crevaison...à évaluer une situation tactique complexe mettant en jeu différents coureurs de différentes équipes).

Aussi : améliorer son niveau physique pour qu'à une vitesse donnée on soit encore lucide quand d'autres, "dans le rouge", ne peuvent plus réfléchir. A défaut, ou en plus, s'entourer d'une personne experte, capable de nous conseiller en pleine course (à votre avis pourquoi les directeurs sportifs s'accrochent autant aux oreillettes?...Elles permettent de conseiller "à froid" des coureurs en manque de lucidité, car à fond sur leurs vélos).

Et encore : faire toujours  une analyse rétroactive (le lendemain par exemple) de sa prestation en course pour voir plus clairement comment on s'est comporté et trouver des moyens de remédier aux erreurs commises (exemple : "Je dois m'habituer à réutiliser le petit plateau car j'ai voulu passer les différentes côtes de la manche de coupe de France de Super-Besse en force sur le moyen et j'ai ripé sur des racines en dévers"...). Ce petit exemple entre parenthèses n'est pas choisi au hasard : à Super-Besse dimanche dernier j'ai gravi les côtes techniques sur le moyen plateau (32X34) pendant deux tours (moitié de la course) avant de me dire que ça valait la peine de tenter sur le petit (24X26 ou 24X30) où, effectivement, ça passait beaucoup mieux, en souplesse (tant pis pour ceux qui roulent en double plateau!). Sans l'expérience, je n'y aurais peut-être pensé que le lendemain. Trop tard!

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