Super-Besse : victoire dans la douleur

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La troisième manche de coupe de France prend ses quartiers en (moyenne) montagne, à Super-Besse. Espérons que j'y serai "super best"...


Chaleur en hausse avant Besse.

Après ma course sur route encourageante à Baudricourt, je me "repose" le lundi (boulot 7h30 - 16h30...). Le mardi je rouler sur X-Control afin d'être totalement adapté au vélo, braquets, coups de pédale, en vue de la coupe de France. Je mets l'accent sur la propreté du coup de pédale en condition xco, j'enchaîne 1025m de dénivelé en 8 bonnes côtes en 2h25, en essayant d'être toujours gainé.



Je me rends compte qu'il faut peu de choses pour passer d'un coup de pédale fluide, en souplesse, à un coup de pédale saccadé, en force. Il suffit de descendre "une dent" (en fait deux, trois ou quatre vu l'étagement des cassettes vtt). A ce titre le nouveau système XT 3 X 10 de Shimano est très intéressant car il offre un étagement plus progressif des braquets (11X34 en 10 pignons au lieu de 9).


Ces observations sont très intéressantes en matière de puissance. Sur un braquet souple je me sens "lancé", comme s'il n'y avait pas de point mort (bas et haut) de pédalage. Sur un braquet un peu trop gros c'est comme s'il fallait se relancer à chaque coup de pédale. Inévitablement, cela entraîne progressivement des oscillations parasites du corps (on se "déhanche") à mesure que la fatigue augmente. Ces sensations complètent donc ce que j'avais déjà pu observer à l'aide de mon capteur de puissance Powertap, qui me montrait que la puissance la plus élevée correspondait à un braquet optimal plutôt qu'à un braquet maximal. Je dis d'ailleurs la même chose dans mon livre VTT Rouler plus vite, notamment à partir d'évaluations indirectes de la puissance (un chrono, un point à atteindre en un temps donné, une vitesse à maintenir en côte...).


Le mercredi 30 juin je roule vers 14h ; comme il fait très chaud j'opte pour la répétition de la côte de Jainval, plein nord, bien à l'ombre, qui garde la fraîcheur ou ce qu'il en reste. Dans chaque ascension (et aussi parfois au sommet) je place une à trois accélérations, "supportables", car je sais par expérience que je digère mal les entraînements très intenses effectués par grosse chaleur. Je redescends par un tracé difficile, glissant et déversant, c'est toujours ça de pris techniquement. Je termine par le repérage d'une descente que l'on exploitera pour une rando début septembre. Joindre l'utile à l'agréable...c'est utile! Je termine avec 925m de dénivelé.


Le mercredi soir, vers 20h, la fraîcheur revient peu à peu, je ramasse des patates qui ont poussé dans le pourrissoir, ça redonne un peu d'air à des tomates et un avocatier qui poussent au même endroit...Fertile le pourrissoir! Puis j'isole quelques petits cerisiers que je paille avec de l'herbe. Depuis que je ne tonds plus ma pelouse j'ai une centaine de repousses de cerisiers, mirabelliers et reine-claudiers chaque année! Je garde quelques arbres  pour des amis intéressés pour en replanter. Je nettoie aussi un cassis et un framboisier qui donnent bien en ce moment...J'adore ça, si je ne m'écoutais pas j'y passerais la nuit. J'improvise quelques vers solitaires...


Je cueille des baies pour mon petit

mon pauvre enfant n’a pas de DS

il vit pourtant dans l'allégresse

car tous les jours il mange des fruits.


Super-Besse...de température.

Je me rends à Super-Besse avec Ludo Leflem, mon compagnon de coupe de France 2010. La France croule sous la chaleur, entre 27 et 32° suivant les endroits. Heureusement Super-Besse est à 1200m d'altitude, la chaleur est plus supportable. Surtout, après nos deux tours de repérage un violent orage s'abat sur la station. Il dure une bonne demi-heure et fait chuter la  température de 15 degrés! Le parcours est déjà bien corsé sans l'orage, il présente une succession de côtes violentes, dévers et autres racines glissantes...Un bon programme xco.


A notre arrivée nous voyons la course élites, remportée par Maxime "BH" Marotte devant François Bailly-Maître, Stéphane Tempier, Alexis "Lapierre" Vuillermoz et Cédric "Lapierre aussi" Ravanel. Les deux pilotes Lapierre font un bon dernier tour, ce qui peut être de bon augure pour le championnat de France de Val d'Isère dans deux semaines...Pour une fois les élites courent le samedi et ont droit à une piste un peu molle (donc dure à rouler!), pas assez tassée par les passages de coureurs. C'est l'inverse pour nous masters qui courons, une fois n'est pas coutume, le dimanche, alors que d'habitude nous essuyons les plâtres (on aime bien rendre service :-) )


Le soir nous rejoignons le très sympathique gîte de la Cambuzière, trouvé par Sabrina Enaux, experte en recherche de logements calmes. Dès la fin du match Espagne - Paraguay je m'endors pour 8h de sommeil sans fond. Auparavant j'ai dédicacé deux exemplaires de VTT Rouler plus vite à la tenancière du gîte, dont un pour son fils Jérémy, champion d'Auvergne minimes, qui me demande aussi de "griffer" son maillot de vtt...A côté de la signature de Julien Absalon...Jolie compagnie! Sabrina Enaux complète le tout et nous posons ensemble pour une photo...Tout cela est très sympa !


Je me réveille à 6h30 et file changer mes deux pneus avant le petit déjeuner. Ce sera une paire d'Hutchinson Toro car à mon avis le terrain n'a pas séché pendant la nuit et l'ensemble sera glissant. Je gonfle peu (1.6 bar) pour adhérer dans les montées et descentes riches en dévers, terre et racines.

Je m'échauffe dans la station car les cadets sont en course, le parcours est donc interdit aux repérages (c'est normal). Notre départ est retardé de dix minutes car les pauvres cadets doivent affronter trois tours encore bien gras qui les obligent à courir 1h09 pour le vainqueur (le Drômois Titouan Carod).


Une chaude ambiance règne dans la grille de départ : Maxime Marotte et Pierre Lebreton jouent les bimbos de Grand Prix de F1 en abritant Christophe Chambard sous un parapluie aux couleurs du team! Pierre a osé une poitrine féminine sous le t-shirt et Maxime reste très décontracté alors qu'il vient de remporter le short track et la course élite la veille. Très bon esprit...Bref, on est plus près des gros nichons que de la grosse tête!


Je prends un très bon départ...sur 50 mètres! Puis, en 400m de côte, je passe de la seconde à la 15ème place environ! Je suis explosé après trois minutes de course, bigre! Néanmoins je ne m'affole pas et passe la première côte technique en vélo alors que mes adversaires directs sont à pied. Un point pour le moral. Je remonte assez rapidement aux alentours de la 10ème place, mais talonné par Bruno Garnesson pour la victoire en masters 2. Je connais bien Bruno, il est Champenois comme moi, il est capable de finir très vite et moi je ne me sens pas capable d'accélérer! Je souffre vraiment, sauf dans quelques passages techniques - ludiques, comme ce joli wallride à prendre plein pot juste avant la première zone technique.

Denys Marhem me rejoint, me double et c'est finalement bon pour moi : je m'accroche comme un morpion! Je motive même Denys à chaque fois que je suis tout près de lui dans des zones techniques, on a tout à gagner à rouler vite ensemble, lui au scratch, moi pour la victoire masters 2. Je le relaie quelquefois. Sur le fin de course il subit un saut de chaîne, je lui dis "Allez tu rentres sur moi et on termine à fond!". Il reviendra et on terminera à fond! Sur la fin du dernier tour il me décroche légèrement après qu'on ait rattrapé et lâché Romaric Delépine, vainqueur scratch des deux premières manches mais en proie à des crampes cette fois (il termine juste derrière moi). A deux kilomètes de l'arrivée, Eddy Lamoureux a des soucis avec "l'oncle SRAM", chaîne coincée entre le petit plateau et le cadre, je prends sa place, termine à bloc, vraiment dans le dur (comme pendant toute la course!), suffisamment vite pour éviter le retour de Bruno Garnesson, finalement second master 2 à 55 secondes de moi...C'était chaud! Je suis loin (7 minutes environ) de l'Alsacien Spiesser, vainqueur scratch devant Alexandre Munoz et Bertrand "Véloroc-Lapierre" Brochot. J'ai remporté la catégorie masters 2 "au mental". Comme je le dis dans VTT Rouler plus vite, les palmarès se construisent plus sur les 90%  de courses où l'on se sent "moyen" que sur les 10% où l'on se sent des ailes (ces jours-là tout est facile).


L'ami Ludo Leflem fait une superbe course, parti aux alentours de la 40-50ème position, il termine 12ème scratch! Le voilà remonté comme une pendule et dans la foulée on décide d'aller à Méribel courir la finale, qu'au départ je voulais éviter pour récupérer avant Pra-Loup...Au diable l'avarice!

Me voilà en tête de la coupe de France masters 2 mais tout se jouera à Méribel contre Eric Pommelet (absent à Super-Besse), contre lequel je suis loin d'être gagnant a priori!

Je n'ai pas relevé mes temps intermédiaires pendant la course. Néanmoins, quelques clics sur ma courbe Polar donnent, à quelques secondes près, les temps suivants au tour : T1 23'50'', T2 26'45'' (la cata!), T3 24'30", T4 24'...Les chronos correspondent à mes sensations (et aussi un peu au séchage progressif du parcours) : mon dernier tour est le plus rapide. Finalement tou cela est assez logique : je suis en train de récupérer des 24h Crapauds solo, je manque encore cruellement de jus mais je pourrais faire des tours supplémentaires sans faiblir.



Les quatre tours d'un gros diesel...


Le podium est très sympathique : je reçois du "Coca auvergnat" à la gentiane (pas mauvais!) et un gros Saint-Nectaire fermier à qui je mets un début de claque le soir en rentrant à la maison...

Le retour est paisible : on traverse le centre de la France où moutons et vaches paissent groupés, tels des pelotons du Tour un jour d'étape de transition (mais sans les chutes!).

Vers 20h30 on est de retour, mon petit Jules nous attend au milieu de la route, en slip, maigre comme une liane, un vrai Mowgli! Un ballon de foot à la main il veut que je lui tire des buts! Sacré coupe du monde...Je range un peu tout, mange un morceau...Puis je tire, dribble pendant un quart d'heure...Ouille mes jambes! La nuit tombe alors Jules file au lit.

Le lundi matin je me réveille à 4h50...et je me lève! Je brûle des branches mortes, change la litière du lapin et ramasse des patates pendant que tout le monde dort. Pui le soleil se lève, la température monte, je prends une douche et tape ce compte rendu avant de filer débroussailler une descente vtt avec Jules et mon père puis d'aller construire une cabane dans les bois avec Jules...Une matinée de vacances bien remplie!

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