A huit ans, est-ce bien raisonnable?

Article publié dans la rubrique Jeunes, éducateurs

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Fin juillet 2010, nous sommes en montagne en famille et Jules veut monter au sommet du Mont Chaberton (3136m), au-dessus de Montgenèvre, encore plein de vestiges des luttes de la seconde guerre mondiale (bunkers, barbelés, batteries à canons...), qui le fascinent. J'ai conscience que pour un enfant de huit ans, 1300 mètres d'ascension ça peut faire beaucoup, mais Jules nous parle sans arrêt du Chaberton...


1 : le Chaberton comme une balle bosche!



Le jeudi 29 juillet, vers 9h du matin, on démarre de Montgenèvre. Le temps est incertain. J'estime qu'il nous faudra au moins quatre heures pour atteindre le sommet.


La fraîcheur aidant on file bon train. Au bout d'une heure d'ascension, Jules, qui a peu déjeuné, a faim. Je lui donne un morceau de pain (méthode "Jeannie Longo"...) qu'il mange par petits morceaux tout en continuant de monter, et un peu d'eau.


En moins de deux heures on est au col du Chaberton, vers 2650m d'altitude! "Maman Lolo" navigue un peu derrière, Jules est remonté comme une pendule et moi-même je le motive car de gros nuages roulent au-dessus de nos têtes et pourraient stopper l'ascension s'ils venaient à crever sur nos têtes. Pour l'instant on a pris quelques gouttes mais rien de méchant, mais on voit des averses tomber sur Briançon et la vallée de la Clarée...On est encerclés!


On fait signe à Lolo qu'on ne l'attend pas, on monte. On rattrape et on double trois Italiens et tout en soufflant, Jules me parle sans arrêt des fortifications, bunkers, plaques de neige...Il veut même savoir s'il y a encore des Allemands belliqueux sur cette montagne! Je le rassure...


Vers 2900 - 3000m d'altitude, le ciel se fait encore plus menaçant, un fin grésil remplace la pluie. Il vaut mieux en finir vite, maman est maintenant plus loin derrière, on craint qu'elle ne puisse pas atteindre le sommet si ça continue de se dégrader.


A 3050m d'altitude je propose à Jules de couper deux lacets par un raidard. Avec ses 23kg tout mouillés il adore les coupes raides...Mais au milieu du raidard il prend trente mètres de retard et a presque la mauvaise tête! Je lui demande si c'est dur, il me répond par l'affirmative avec un timbre de voix qui montre qu'il est temps qu'on atteigne le sommet! Il n'y a pas que le temps qui change vite en montagne...


Enfin, le sommet! Je regarde le Polar : on n'a mis que 2h41 tout compris! Sacré Jules.


Au sommet, les Italiens doublés pendant la montée nous prennent en photo, je leur rends la pareille (et l'appareil...), puis je passe mon anorak à Jules car le sien est dans le sac à maman...qui n'a rien à  manger car la nourriture est dans mon sac! Heureusement, Jules a déjà sur lui son bonnet et ses gants (ça caille!).


Je veux descendre un peu retrouver maman et la délester de son sac pour la fin de l'ascension, mais Jules crie "Ne me laisse pas là, si des Allemands viennent"...Trop fort! Je le rassure mais rien n'y fait, alors je le cale derrière un petit bloc et lui promets que je vais juste regarder où est maman : "Dans moins de cinq minutes je reviens".


Je reviens deux minutes plus tard après un sprint en montée à 3100m qui me tue les jambes...Jules est en pleurs! Bourreau d'enfant J-P...Je lui propose finalement de redescendre un peu avec moi pour aller à la rencontre de maman...qui refuse que je lui prenne son sac avec cette jolie sentence "Il est bien temps maintenant!". Evidemment, dès que nous sommes réunis tous les trois au sommet tout va mieux.





Coup de moins bien tout près du but...








Jules dans l'anorak de papa, sous le grésil...



 






1300m de montée en 2h40...Bravo Jules!



2 : la fatigue du Chaberton

Le lendemain on opte logiquement pour une journée "off", dans Briançon. Notre camping (à la Vachette) est situé à 4-5km de la ville. Je propose qu'on se déplace à pied "Ce sera plus sympa"...Un sentier permet de rejoindre Briançon en une heure...Puis on visite la ville, encore une heure...Puis on pique-nique en bas de la ville, on remonte, on regarde pour un resto le soir...Encore une demi-heure de marche...Puis on rentre à pied au camping : encore une heure de marche (Jules commence à "chougner" sévère!)...Puis Jules saute dans la mini-piscine du camping pendant une bonne heure.








Le soir au resto (en voiture, bien mérité!), Jules  n'en démord pas, il veut manger une fondue savoyarde! On ne cale pas (un plat aussi lourd avec du vin blanc à huit ans...bof!). Il pleurniche...Puis on lui demande d'écrire un mot sur deux cartes postales, il pleurniche encore...Il est cuit, c'est clair!








Le retour au camping (en voiture) est difficile pour Jules, qui n'arrête plus de pleurnicher. Sous la tente il s'endort "en sursaut"...




3 : alors?

Jules nous a étonnés dans l'ascension du Mont Chaberton, comme peuvent nous étonner de nombreux enfants lorsqu'ils ont un but concret, "signifiant". Il a à peine mangé pendant la montée (30g de pain), rappelant à nos angoisses d'adultes qu'un enfant en  bonne santé peut s'activer très longtemps avec peu de carburant dans le moteur, comme je l'explique dans VTT Rouler plus vite...Il a subi une importante fatigue, logique, le lendemain (je le distrayais alors en jouant les commentateurs du Tour : "Jules Stéphan, auteur d'un bel exploit hier dans le Chaberton, le paie aujourd'hui"...).
















Le surlendemain on a fait une superbe virée vers le lac des Béraudes, jusqu'à 2800m. Après avoir fait deux dénivelés en extra en solo (un peu d'intensité, quand même...), j'ai déniché un itinéraire de retour "trop beau", jonché de plaques de neige, où Jules a glissé et tombé sur le cul maintes fois...A l'évidence il allait beaucoup mieux!






Alors? Un enfant de huit ans en bonne santé, souvent actif, se fatigue lentement mais récupère vite!












 


2 jours après le Chaberton, la fatigue et le grésil sont oubliés!






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