Mystères de la fatigue enfantine…

Article publié dans la rubrique Jeunes, éducateurs

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Voici une suite toute trouvée à l'article A huit ans est-ce bien raisonnable?  ...Cet après-midi nous sommes allés faire un tour de vtt, Lolo (ma femme), Jules (notre enfant de huit ans) et moi. Jules ne voulait pas y aller, Lolo a trouvé une astuce : "Juste avant Poissons il y a un champ de tournesols, ils sont peut-être en fleurs"...Jules a immédiatement rétorqué "Non c'est pas des tournesols là-bas c'est des Colzas". Les paris étaient engagés, Jules, qui se disait fatigué cinq minutes avant, était soudain motivé pour aller vérifier...Trente minutes plus tard il remportait sa première victoire : c'était des colzas! On lui a alors proposé de pousser un peu plus loin pour voir un copain qui lui avait proposé de l'emmener un jour à la pêche. Le copain étant absent, on a poussé un peu plus loin pour voir s'il sortait du travail. Ne le voyant pas, on a proposé à Jules de voir le camping du village, afin de le comparer à celui où on logeait quelques jours avant en montagne. On avançait...Lolo a alors proposé de monter les lacets de Mélaire : 2km à 7% quand même...Là Jules n'était plus d'accord et les arguments de Lolo ("On fera une belle descente ensuite...Après la côte on rentre à la maison sans donner un coup de pédale"...) ne portaient plus.


Jules est alors monté d'un cran dans son opposition, il s'est mis à "crier - pleurer" : "J'ai trop mal aux jambes, je ne peux pas monter cette côte, c'est trop loooong!"...Lolo a commencé à être impressionnée et à me dire qu'il devait être fatigué de ses vacances à la montagne. Je suis resté impassible en faisant remarquer qu'il avait déjà monté cette côte sans problème, et qu'il avait monté au moins dix fois le versant opposé, à peu près aussi difficile.

Pendant ce temps-là Jules braillait comme un enfant gâté qui fait des caprices.


Je pense qu'il faisait un caprice.

Je ne pense pas qu'il soit gâté.


Afin d'être certain qu'il n'était pas gâté on a continué de monter. Pour tuer le temps et oublier "Jules qui se plaint", sur mon Zesty je m'amusais à quelques gestes techniques qui m'ont valu une bonne gamelle en roulade arrière et un coude bien gonflé. Jules, énervé de devoir monter malgré ses récriminations, ne m'a pas raté : "T'as même pas mal"...Je suis resté impassible et j'ai juste répondu "Si, j'ai mal" (trente minutes plus tard il doit se rendre à l'évidence : mon coude gauche est tout gonflé, la peau a glissé sur le muscle).


Tant bien que mal on approche du sommet. Ce que je prévoyais se réalise : Jules oublie instantanément la difficulté, il termine la côte par une variante plus difficile que la route mais intéressante d'un point de vue vtt. Puis il me demande de rester un peu pour faire des "trucs techniques". On fait des trucs techniques...


Reste à descendre 1,5km et à rentrer à la maison par 5km de route en léger faux plat descendant (avec la surprise d'un vent de face bien établi...). Je prends une descente vtt mais Jules s'engage par la route, il aime les sensations de vitesse du nez dans le guidon dans les courbes.


En bas j'ai 200m de retard sur le duo Jules - Lolo...


Je m'ingénie alors à me rapprocher tout doucement. Je vois alors Jules se mettre en danseuse et sprinter pour que je ne le rattrape pas! Il en parle même à Lolo...La fatigue de la montée est oubliée!


Je reviens à cinquante mètres...et prend un petit détour vtt qui me remet à 200m du duo, puis je reviens à nouveau tout doucement. Jules relance sans arrêt en danseuse! Finalement je rentre. Jules est en train de se faire un film : "Cancellara accélère, Cancellara attaque!". Il a un beau moral!


Il reste deux kilomètres. On voit deux cyclistes trois cents mètres devant nous, un homme et une petite fille. Je souffle à l'oreille de Jules "Tu les rattrapes avant Thonnance?"...Jules embraye joliment!


A trois cents mètres de la pancarte d'entrée du village il est à cinquante mètres des randonneurs, je lui souffle cette fois "Chiche que tu les doubles avant la pancarte de Thonnance!". Jules produit alors une accélération qui m'impressionne! Il double ses "adversaires" dix mètres après la pancarte, comme une balle! Je dis bonjour aux cyclistes en rigolant, ils rigolent aussi.


Jules commente son final : "A la pancarte j'étais au milieu, mon vélo était entre le vélo du monsieur et le vélo de la petite fille"...Il s'est pris au jeu à fond, a complètement oublié la fatigue...Qui se rappelle à son bon souvenir dans les cinq cents mètres qui nous séparent encore de la maison : "Mon attaque m'a fait mal aux jambes!".


Il rentre tout content, il a fait 20km en 1h30...Alors, Jules, fatigué ou pas? Allez savoir. A la fin en tout cas il semblait en forme! Rentré à la maison il s'est mis à la batterie, le casque sur les oreilles, les Stones en concert, il battait en criant "I  can get no!"...

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