Les rois du fractionné.

Article publié dans la rubrique Jeunes, éducateurs

Cet article parle de : , ,

A Noël, Jules a eu une Wii. Raison de plus pour le faire sortir au moins une fois et une bonne heure par jour. D'ailleurs il était prévenu du danger potentiel de ce genre de jeux, et m'avait depuis longtemps dit qu'il ferait attention, qu'il ne jouerait pas trop à la Wii et continuerait de faire d'autres choses...


Aujourd'hui à midi, catastrophe : plus de piles dans une manette! Et la veille j'avais oublié d'en racheter (mon inconscient peut-être...:-). Jules met les piles de la seconde manette dans la première et recommence à jouer...Je lui dis qu'on va aller se promener dehors, sans lui mentir sur mes objectifs : "Faut pas que tu joues tout le temps à la Wii, il faut que tu continues à sortir et à faire des efforts." Jules accepte la proposition sans problème, on dirait qu'au bout d'une semaine de Wii il commence à comprendre que ce divertissement ne procure pas autant de sensations qu'une balade dehors. De mon côté, je me dois de jouer mon rôle de parent qui montre l'exemple en joignant le geste à la parole.


En revanche avoir des petits copains avec qui partager ses activités, ça compte énormément pour Jules. Il propose d'aller chercher Maximilien. OK, allons chez Maxou...qui refuse la balade, malgré mes précisions (il reste 10cm de neige sur les plateaux, les arbres sont gelés...l'émerveillement motive les enfants, et encore certains adultes, ouf). Il préfère jouer à ses jeux vidéo, auxquels il semble devenir assez accro. Tant pis, on se promènera à deux...Mais Adrien le petit frère (5 ans) veut venir, lui! "Pas de problème, on t'emmène si maman veut bien"...Maman veut bien!


Après 5km, je gare la voiture au pied de la côte de Mélaire, impraticable dès le pied, des arbres sont en travers, cassés par les récentes pluies verglaçantes venues s'ajouter à la neige sur les branches. Un beau bordel!


On attaque une montée de 130m de dénivelé, dans 5 à 10cm de neige, moitié sur chemin, moitié dans les bois, moins enneigés. Adrien et Jules n'attendent pas longtemps (en fait pas du tout!) pour se bombarder de boules, se sauter dessus, piquer des sprints...Adrien est moins sec que Jules, il fait des pauses de temps à autre. Je prends mon temps mais le motive quand même en lui disant qu'au sommet il y a un énorme sapin (un sujet d'environ 400 ans de près d'1m50 de diamètre à la base, de quoi faire fantasmer un enfant). Adrien monte en alternant des sprints et des pauses assis dans la neige, qui lui sert de ravitaillement (je n'ai pas pris d'eau, père indigne!). Il neige pendant un quart d'heure.


Arrivés sur le plateau sommital, Adrien parle de redescendre, je lui dis que c'est ce qu'on va faire après avoir vu le gros sapin. Au pied de l'arbre, les petits essaient de l'entourer de leurs bras. Tous les petits que j'ai emmenés au pied de cet arbre l'ont fait! Moi plus les deux petits on ne fait pas le tour avec nos bras...


Je motive les enfants pour la suite avec un autre but : un grand trou au fond duquel on devrait pouvoir glisser sur les fesses. Les enfants courent dans les sentiers, font de l'équilibre sur des troncs et parfois tombent! Arrivé au trou, le haut est déneigé, et trop raide pour descendre sans risque...Je leur parle d'un autre trou un peu plus loin et encore plus grand. Ils ne pensent plus à la voiture, ils veulent voir ça. Arrivés à ce trou ils le descendent sur les fesses, avec parade pour Adrien car c'est très raide. Cette fois les enfants sont comme des fous, ils voudraient aller dans d'autres trous! Mais n'ayant pas pris de ravitaillement, je ne prends pas de risque.


On redescend donc au début par des pentes amusantes, puis sur la route où Adrien et Jules courent et tombent (volontairement) tous les dix mètres. Roulé-boulé sur roulé-boulé.


Arrivé à la voiture Jules attrape une bouteille d'eau et boit trois fois de suite. Adrien se demande pourquoi il est en sueur à ce point. Ils sont heureux.


On est partis une bonne heure, ils ont fait au moins trois sprints par minute, donc, au total, environ 200 accélérations...S'il fallait faire cela à l'entraînement on dirait que c'est une grooooosse séance!


Surtout, ils sont sortis, ont bougé, ont ressenti le froid extérieur et la chaleur intérieure, ont vu la neige au sol, des traces d'oiseaux, de chevreuils et de sangliers, des trous, plein d'arbres cassés, ont joué sur les souches, se sont jeté des boules de neige, ont fait des roulés-boulés, se sont sauté dessus, se sont émerveillés au pied d'un arbre majestueux, ont vu la neige tomber pendant un quart d'heure, ont crié à tue-tête et ont complètement oublié la Wii pendant ce temps-là, qui malgré ses possibilités de jeu apparaît bien pauvre en comparaison de la densité des sensations accumulées dans la nature.


Je crois que:


lorsqu'un enfant se met aux jeux vidéo

qui pourraient le rendre oisif et gros

c'est le moment de redoubler d'ardeur

dans les activités d'extérieur...

Imprimer cet article Imprimer cet article