Une bonne tarte aux « cerises »…

Article publié dans la rubrique Ecologie

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La "recette" est de Claude Bourguignon, ingénieur agronome ex-INRA, qui se bat pour que la notion de sol (si possible fertile...) ne disparaisse pas. Pour un aperçu des réflexions de cet homme plein de connaissances mais aussi de bon sens :   http://www.youtube.com/watch?v=vzMhB1fgWew ou http://www.youtube.com/watch?v=pQnNnCALiEM&feature=related ou ...plein d'autres vidéos.


Voici la "recette" (suivie de quelques commentaires personnels) :


"Voici la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d'une tarte aux cerises de supermarché, depuis le champ de blé jusqu'à  l'usine agroalimentaire.

Bon appétit !


* Histoire de la Pâte

Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d'un fongicide avant semis.
Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d'éviter la verse et 1 dose importante d'engrais: 240 kg d'azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l'hectare, tout de même !
Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl. Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l'acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l'amylase.
Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l'amidon est blanchi au permanganate de potassium. Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l'hydroxytoluène de butyl et un émulsifiant type lécithine.


* Histoire de la Crème

La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des oeufs, du lait, et même de l'huile.
* Les oeufs proviennent d'un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des :
- antioxydants (E300 à E311),
- arômes,
- émulsifiants: alginate de calcium,
- conservateurs : acide formique,
- colorants : capsanthéine,
- agents liants: lignosulfate
- et enfin des appétants : glutamate de sodium, pour qu'elles puissent avaler tout ça.
Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens. Les oeufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l'acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.
* Le lait provient d'un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques :
- antibiotiques : flavophospholipol (F712) ou monensin-sodium (F714)
- antioxydants : ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),
- émulsifiants : alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),
- conservateurs : acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284),
- composés azotés chimiques : urée (F801) ou diurédo-isobutane (F803),
- agents liants : stéarate de sodium,
- colorants : F131 ou F142
- et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium.
* Les huiles, quant à elles, ont été :
- extraites par des solvants comme l'acétone,
- puis raffinées par action de l'acide sulfurique,
- puis lavageà chaud,
- neutralisées à la lessive de soude,
- décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium
- et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc.
- Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.
La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l'acide alginique (E400).


* Histoire des cerises

(complété d'apres des éléments de "Aromathérapie" Jean Valnet 1990, Maloine) Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.
* Les cerises sont :
- décolorées à l'anhydride sulfureux
- et recolorées de façon uniforme à l'acide carminique ou à l'érythrosine.
- Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d'aluminium
- et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).
Elles sont enfin enduites d'un sucre qui provient de betteraves qui, comme les blés, ont reçu leur bonne dose d'engrais et de pesticides. Ce sucre est extrait par :
- défécation à la chaux et à l'anhydride sulfureux,
- puis décoloré au sulfoxylate de sodium,
- puis raffiné au norite et à l'alcool isopropylique.
- Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.
Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu tout leur goût, il est nécessaire d'ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthétique du goût et de l'odeur à partir d'éléments artificiels issus de la chimie du pétrole aux prix de revient
extrêmement faibles- par économie d'echelle - en comparaison du parfum naturel de fruit.
L'exemple développé est ici la cerise, mais de tels composés servent à recréer aussi bien
des parfums artificiels de fraise, d'ananas, de framboise, de miel, de caramel, de muguet..
etc.

* Le parfum artificel de cerise se compose donc des molécules synthétiques (donc à la stéréochimie inversée) suivantes :
- acétate d'ethyle
- acéthyl méthylcarbinol
- butyrate d'isoamyle
- caproate d'ethyle
- caprylate d'isoamyle
- caprate d'ethyle
- butyrate de terpenyle
- geraniol
- butyrate de geranyl - acetylacetate d'ethyle
- heptanoate d'ethyle
- aldéhyde benzoique
- aldéhyde p-toluique
- vanilline
- essence artificielle d'amande amère SAP
- essence artificielle de girofle Bourbon
- essence artificielle de cannelle Ceylan
- essence de lie de vin .

Claude Bourguignon était ingénieur agronome à l'INRA avant de quitter l'Institut pour cause de désaccord. Spécialiste de la microbiologie des sols, il montre que les sols cultivés à grand renfort d'engrais chimiques et de pesticides, sont biologiquement morts. Ce qui fait la vie, et donc la qualité des terres, à savoir les populations microbiennes et fongiques, est détruit par les produits chimiques, conduisant à une perte des nutriments et à l'érosion des sols. Membre de la Société américaine de microbiologie - en France , il n' y a plus aucune chaire de microbiologie des sols, y compris à l'INRA! - Claude Bourguignon a créé avec sa femme le Laboratoire d'analyse microbiologique des sols, qui intervient dans de nombreux pays, pour aider les agriculteurs à retrouver la fertilité de leurs sols."


Commentaires personnels:


J'ai décidé de copier cette "recette" sur mon blog après l'avoir reçue d'un ami professeur EPS (qui veut sûrement m'éviter l'empoisonnement, merci!). J'ai corrigé quelques  fautes dans le texte, ce qui laisse penser qu'il a peut-être déjà été retouché, il importe donc de le prendre avec précaution, de le croiser avec d'autres publications...Néanmoins, au vu de l'ensemble de ce que j'ai déjà lu sur des sujets approchants, je trouve la "recette" suffisamment précise et crédible pour que je la mentionne dans mon blog.


Au-delà de "la tarte aux cerises" (on aurait pu faire la même démonstration avec bien d'autres recettes), ce qui alarme c'est la perte de rapport de l'homme à la nature. Or l'homme vient d'elle, chaque homme y retourne après sa mort, l'espèce humaine y reviendra (sous forme de terre aérée par les vers peut-être) après son extinction. Les vidéos de Claude Bourguignon expliquent notamment que les ingénieurs agronomes modernes n'ont plus aucune notion de microbiologie des sols (les chaires universitaires de microbiologie des sols ont disparu). Le sol, cette "matière" à part, peu épaisse et pourtant indispensable à la vie terrestre, n'est pas considérée, n'existe plus en tant que matière à réflexion systémique...Claude Bourguignon, parlant des engrais, explique que si on met un gramme de potasse sur un ver de terre il meurt (idem sur une grenouille!). Or de nombreux engrais contiennent de la potasse. On s'étonne ensuite qu'il n'y ait plus de vers de terre dans la "terre" des cultures intensives. Or les vers de terre aèrent la terre. Sans eux elle durcit, devient plus difficile à labourer, il faut des engins plus puissants...Cercle vicieux, infernal. A l'inverse, si on laisse la terre se former (comme dans le pourrissoir que j'alimente avec herbe, crotin de lapin, déchets végétaux et produits de mes toilettes sèches), elle grouille de vers de terre, très rouges, qui "labourent" cette terre en permanence.


Les ingénieurs agronomes modernes semblent agir de manière analytique, sans esprit de système. La puissance des engrais signifie en même temps la faiblesse du rapport actuel de l'homme à la nature. Celle-ci apparaît de plus en plus comme une entrave à la libre expression de la "nature humaine" que comme une puissance à laquelle nous ferions bien de nous "soumettre". D'ailleurs, on parle sans arrêt d'environnement (cela suppose qu'on conçoive l'homme au centre), pratiquement jamais de milieu naturel (cela suppose la nature au centre et l'homme comme l'un de ses produits, parmi d'autres).


Je pense qu'un des objectifs des géants de l'agro-alimentaire est de réussir à cultiver sans sol. C'est déjà fait avec les tomates et autres légumes cultivés hors sol. Plus de sol, moins de problèmes...Mais aussi un risque énorme de se retrouver, un jour, sans la matrice de laquelle tout naît. Dans des livres comme Nature primordiale de Bernard Boisson ou Produire le monde d'Hervé Juvin, on trouve le très juste concept de technocrates hors sol. Des hommes qui gèrent par exemple les problèmes de l'agriculture sans avoir la moindre idée de ce qu'est un sol, une rotation des cultures, l'aération de la terre par des micro-organismes ou l'importance des insectes pour polliniser les plantes.


Et quand on se rend compte que lesdits insectes (abeilles notamment) disparaissent sous les assauts des pesticides ou de la diminution des surfaces fleuries, au lieu de chercher à préserver ce qui reste de la nature, on évalue le coût de la pollinisation artificielle...Les grandes multinationales comme Monsanto ont déjà des solutions dans les cartons pour se passer des abeilles, avec de juteux contrats et brevets à la clé.


Bref, l'homme perd le contact avec la nature, c'est suicidaire mais c'est rentable...A court terme et pour une ultra-minorité de très riches vivant dans des tours de verre climatisées, traversant les continents dans des jets privés, ne sortant de leurs limousines que pour entrer dans un jet ou une tour de verre...Des "hommes technologiques" qui ont  perdu les sensations du vent, du froid, de la pluie, du chant des oiseaux...D'une cerise cueillie sur sa branche.


C'est promis, bientôt  j'écrirai un texte optimiste...

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