Boire…ce qu’on nous fait avaler.

Article publié dans la rubrique Diététique

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Page 10 du dernier Sport et Vie, un lecteur se demande si on ne devrait pas s'entraîner parfois sans boire pour habituer l'organisme à produire des mécanismes d'adaptation au déficit hydrique. La réflexion de départ qui le conduit à cette hypothèse est très pertinente :  le lecteur fait remarquer que la plupart des méthodes de préparation physique reposent sur la gestion d'un déficit (on crée un déficit, il entraîne un processus de surcompensation, qui permet de progresser).


Denis Riché, qui répond à ce courrier, dit que les relations entre déficit hydrique et diminution de la capacité de performance sont certainement moins fortes que le laissent entendre les chiffres généralement avancés (2% du poids de corps perdu en eau équivalent à 20% de perte de capacité de performance, 4% de perte équivalent à 40% de baisse...) et que ces chiffres proviennent d'une ingénieuse campagne publicitaire orchestrée par la marque Isostar...Tiens tiens!


Il est vrai qu'on aurait pu se douter de quelque chose : quand on voit combien Zidane pouvait suer pendant un match de football (sans boire pendant une mi-temps), si on s'en tient aux données avancées ci-dessus il aurait dû terminer chaque mi-temps sur les rotules! Idem pour nous pauvres vététistes qui, en course par temps chaud, perdons bien plus d'eau que nous ne pouvons en boire en course. Pourtant nous sommes parfois plus forts en fin de course qu'au début!


Bref, ce courrier des lecteurs de quelques lignes suffit à nous ouvrir les yeux sur notre crédulité : on diffuse des chiffres, on les répète un peu partout, ils arrangent pas mal de monde...Ils deviennent une sorte de vérité admise et peu (pas assez) soumise à un oeil critique.


De mon côté j'ai eu maintes fois l'occasion de faire certaines observations, empiriques certes mais très réelles sur le terrain (j'en parle dans VTT Rouler plus vite):


* Plus on est en forme moins on ressent le besoin de boire en course (à température et hygrométrie égales)

* Quand on n'est pas assez en forme on termine ses courses déshydraté même si on a beaucoup bu (de la même manière qu'on fait une hypoglycémie malgré la prise de boisson énergétique).

* On ressent moins le besoin de boire en course à mesure qu'on avance en âge. Adaptation à l'effort ou simple baisse de la capacité de l'organisme à atteindre de très hautes intensités (qui augmentent les pertes hydriques)? A mon avis un peu des deux...


Denis Riché conclut quand même qu'il lui semble risqué de s'entraîner en se privant de boire car cela augmente le risque de survenue de certaines blessures (ex : tendinites). Je suis assez d'accord avec cela, je pense qu'on a intérêt à se priver de boire à l'entraînement seulement si l'on prépare une épreuve où l'on souffrira à coup sûr de la soif (je développe un peu cet aspect dans le chapitre Canicule et VTT  de  VTT Rouler plus vite).


Mais je constate une fois de plus qu'aucune connaissance n'est figée. Les connaissances issues du laboratoire sont parfois éloignées de la complexité des conditions de pratique réelles, certaines connaissances dites "scientifiques" sont en fait tributaires d'intérêts commerciaux, et puis, évidemment les connaissances évoluent en permanence.


C'est aussi pour cela que certains champions n'ont pas un entraînement "scientifique" mais accèdent quand même au haut niveau. Ces champions-là n'ont peut-être pas de connaissances scientifiques mais ils possèdent des qualités essentielles, par exemple si un entraînement ne les fait pas progresser ils le changent (ils ne répètent pas deux fois la même erreur), si un repas précompétitif ne leur convient pas ils mangent autrement, s'il leur convient ils le conservent (même si les pros du commerce des produits énergétiques vantent telle ou telle nouveauté), s'il fait chaud ils boivent plus et moins dosé, s'il fait froid ils boivent moins et plus dosé...Bref ils sont "sages" et, au fond, se connaissent très finement!


Il est intéressant et passionnant d'accumuler des connaissances sur l'entraînement...encore plus de se connaître.

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