Fausses bonnes idées…

Article publié dans la rubrique Entraînement, Psychologie

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Le monde moderne foisonne de nouveautés. Dans Le culte de la performance, Alain Ehrenberg montre que la seule permanence du monde moderne, c'est  le changement. Soyons donc conscients que la plupart des innovations actuelles seront rapidement remplacées par d'autres. Autrement dit, que les innovations "ultimes" d'une année seront parfois obsolètes en quelques mois!


Certaines innovations vieillissent plus vite que d'autres. C'était peut-être de mauvaises idées, ou "fausses bonnes idées" (c'est plus diplomatique!). Pourtant elles ont eu leur heure de gloire, pour diverses raisons : look, poids, illusion d'efficacité, illusion de praticité qui aveuglent les acheteurs...Puis l'usage expose leurs lacunes au grand jour. Alors d'autres nouveautés les remplacent, parfois même on revient aux anciennes solutions, éprouvées, comme on dit fort justement.


Voici quelques exemples de ces fausses bonnes idées:


* Tiges de selle intégrées : elles explosent vers 2008 - 2009 en vtt et sur route, régressent en 2010, ont presque disparu de la circulation en 2011. Atouts avancés : un gain esthétique discutable - une rigidité accrue (mais justement elles rendaient les vtt trop raides). Après la période d'engouement aveugle les problèmes ont pris le dessus : plage de réglage réduite de la hauteur de selle dès qu'on a coupé la tige de selle intégrée à la "bonne" longueur, encombrement important du vélo même quand on a retiré la selle (ça compte dans certains coffres de voiture ou housses de transport en avion), difficulté pour la revente (il faut trouver un acheteur ayant la même hauteur de selle ou 5mm de plus maximum) et grande raideur du vtt...Aujourd'hui on revient le plus souvent à des tiges de selle fines avec déport, deux caractéristiques qui leur donnent de la souplesse et leur permettent de "travailler", une qualité fortement recherchée sur les raides vtt carbones semi-rigides (c'est aussi une des raisons de l'engouement pour les roues de 29").


* Maillon rapide : présenté comme un grand avantage des chaînes SRAM (on change la chaîne rapidement), on s'est rapidement rendu compte qu'il pouvait devenir un peu trop facilement baladeur, d'où des chaînes qui se "déchaînent" à l'improviste...Aujourd'hui SRAM revient à un maillon "rapide" plus difficile à mettre...et à enlever. Pendant ce temps-là, Shimano est resté fidèle à ses "obus" plus longs à monter mais qui tiennent bien.


* Cadres carbone : ici on n'a pas affaire à une fausse bonne idée, plutôt un choix qui doit en entraîner d'autres pour obtenir un vélo cohérent. Dans ces conditions, la vraie fausse bonne idée c'est d'ajouter à un cadre carbone un ensemble de périphériques qui durcissent encore plus le vélo : tige de selle intégrée, chariot de selle sans de déport, selle raide, roues à pneus fins, bases hyper-courtes, cadre au sloping prononcé...En Champagne, j'ai ainsi vu en 2009 un team rouler sur des "bouts de bois". Sur trois coureurs de ce team, deux sont aujourd'hui revenus au titane...


* 2 X 10 : là non plus l'idée n'est pas mauvaise au départ. Elle le devient lorsque le produit est "survendu", comme c'est le cas actuellement, par la marque qui mise gros sur ce produit. Des raisonnements fallacieux, des oublis volontaires de certaines contraintes, font que de nombreux pratiquants optent pour du 2 x 10 sans avoir le niveau d'en tirer avantage, au contraire. Mon avis est que dans deux ou trois ans les choix des acheteurs seront mieux réfléchis et répartis "normalement", en fonction des niveaux de pratique plutôt qu'après avoir subi l'influence d'un matraquage publicitaire.


* Pneus hyperlights : à force d'arracher des flancs on reviendra peut-être plus souvent à des modèles dont la résistance correspond aux caractéristiques du terrain sur lequel on roule. Les pneus lights ne sont qu'un élément de la course à l'allègement des vtt, même s'ils fonctionnent moins bien que des modèles plus lourds (mais plus confortables - mais à la taille du pratiquant - mais fiables...). En 2010 j'ai vu un nombre impressionnant de crevaisons ou déjantage de coureurs qui avaient opté pour des pneus tubetype trop légers montés "no tube". Remarquez, dans ce cas il n'est pas certain que le phénomène ne dure que le temps d'une mode. L'orientation vers le light ressemble par certains aspects à la focalisation sur les kilomètres ou  les heures de selle à l'entraînement (en toute indifférence à sa capacité à faire rouler plus vite), c'est une sorte d'addiction dont ne ne se défait pas comme cela. Ainsi dans mon club il y a un adhérent qui finit rarement une sortie sans avoir cassé quelque chose ou déjanté un "no tube", mais son tout suspendu de 120mm pèse environ 9kg. Plateaux troués, remplacement du traditionnel blocage par une vis faite maison (mais il doit emporter avec lui une clé pour la resserrer de temps à autre!) sont deux détails de son bike...


* Pédaliers ovales : un peu à l'image de leur forme, l'engouement pour ces pédaliers grandit, diminue, grandit, diminue...Mon premier vtt (1988) était équipé d'un pédalier Shimano Biopace. Pas de problème sur le gros et le moyen plateau, en revanche j'étais gêné dans mon pédalage sur le petit plateau. Depuis, Shimano a abandonné les plateaux ovales. Mais ceux-ci sont revenus à intervalles réguliers (pédaliers Harmonic, Rotor...). En général ces pédaliers ovales nouvelle génération conservent un petit plateau rond. Ils admettent donc la gêne au pédalage ocasionnée. Question toute bête : pourquoi cette gêne, importante sur un petit plateau, se transformerait-elle en avantage sur le moyen et le gros? Mon esprit rationnel m'incite à penser qu'il y a moins de gêne au pédalage sur les moyen et gros plateaux ovales (l'organisme s'adapte), mais gêne quand même.


* Gâteaux énergétiques : ce fut un raz de marée vers 1997 - 2000, lancés à grands coups d'avantages supposés (on peut les manger 1h à 1h30 avant l'effort, ils se digèrent très vite mais ce sont quand même des sucres lents...!). Quelques hypoglycémies réactionnelles en course ont calmé les ardeurs de certains coureurs et amené les fabricants à modifier leurs formules "idéales". Depuis les marques continuent d'en vendre mais les pâtes et le riz se partagent à nouveau la plus grosse part du gâteau, si je puis dire...


* Coup de fouet, Red Tonic...Produits quasiment présentés comme "miracle" par Overstim's, dont les agressives publicités nous persuadaient qu'avec ce genre de topette on montait les côtes plus vite, on trouvait la dernière énergie pour finir une course en trombe...On n'aurait pas dit mieux d'un produit dopant! C'était vers 1995 me semble-t-il. J'ai testé comme beaucoup de monde. J'ai très vite arrêté le massacre. Gel trop sucré, provoquant chez certains écoeurement, rots, vomissements, hypoglycémies réactionnelles en course (normal si c'est trop sucré), hypoglycémies réactionnelles pour ceux qui en prenaient avant le départ (même après échauffement), sans parler de toutes les topettes qu'on a pu retrouver au bord des chemins!...C'est le type de produit pour lequel j'ai noté le plus grand écart entre le discours publicitaire et la réalité de terrain. Aujourd'hui ces produits existent encore, sont toujours vendus aussi chers au kilo, mais on en parle beaucoup moins. Des pâtes de fruit peu emballées ou des produits à base de miel satisfont mieux mon envie de moins agresser la planète. Cela n'empêche pas les discours excessifs de perdurer. Ainsi, dans les magazines cyclistes, trouve-t-on aujourd'hui des publicités délirantes sur Vomaxine...


* Compex et chaussettes de contention : ce ne sont pas de fausses bonnes idées, ces produits sont parfois utiles. Ils entraînent cependant des excès d'utilisation qui, en conséquence, diminuent la réalisation d'autres actions plus profitables. Exemple : ne récupérer qu'au moyen du Compex ou bas de contention et délaisser les étirements - s'entraîner au Compex et délaisser le vélo dès qu'il fait un peu froid ou qu'il pleut - porter les chaussettes de contention mais rester trop souvent debout la veille d'une course...

NB1 : on parle beaucoup moins du Compex qu'il y a une dizaine d'années (à cette époque ce fut une "mode", maintenant son usage est peut-être devenu raisonné).

NB2 : après un hiver pourtant très actif, c'est en voyant de nombreux coureurs porter des chaussettes de contention à St-Raphaël début avril pour la coupe de France que je me suis rappelé que j'en avais! Je les avais achetées pour l'avion des championnats du monde masters vtt au Brésil (ce fut efficace), puis je les avais oubliées et m'en portait très bien...


* Power Balance : finissons en beauté. J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de ce bracelet, paré de tant de qualités supposées qu'on aurait quand même dû se douter d'une petite arnaque...Qu'en est-il aujourd'hui? Après environ deux ans de déferlement, la vague retombe. C'est déjà fini ou presque. Reste, certainement, un joli paquet de fric pour celui qui a inventé le produit. A part ça rien. Ici on a affaire à une très bonne idée...marketing.




Qu'est-ce qui peut faire qu'on se laisse avoir par des modes passagères? Une anecdote récemment vécue peut aider à répondre à cette question: le 20 mars dernier, en coupe de Lorraine  à Villers les Nancy, je gare ma voiture près d'un autre concurrent dont le vélo attire mon regard : tout rigide hyperlight (en titane, quand même). Je dis à mon voisin qu'il a un vtt super-léger, il me répond : "Je n'ai pas le moteur, faut bien que je compense avec autre chose"...Comme si les coureurs qui ont le moteur ne cherchaient pas à alléger leur vtt! Seulement là, la recherche de gain de poids était allée jusqu'à l'adoption d'une fourche rigide. Tout comme le temps perdu ne se rattrape pas, le manque de niveau d'un vététiste ne se compense pas par l'excès dans un autre domaine, en l'occurrence ici le gain de poids. Pire, tout excès se paye. Néanmoins je pense que certains succombent à la tentation du produit miracle qui leur évitera de se poser les vraies questions, de s'entraîner dur, d'adopter un mode de vie sain chaque jour, de se coucher tôt chaque soir...C'est une des raisons qui poussent d'ailleurs aux démarches dopantes puis au dopage, comme le montre le petit paragraphe précédent sur les produits énergétiques excessifs.




 

L'homme est souvent attiré par la nouveauté et l'innovation. Mais il l'est parfois au point d'y adhérer même lorsque celle-ci ne présente aucun intérêt réel. Ce faisant il fait la joie des commerciaux. On dit alors qu'il est un bon client, voire une fashion victim (victime de la mode). Prêt à tout tester, il est le premier à constater les problèmes des innovations inefficaces. Il en est alors quitte pour acheter un nouveau produit! D'autres (par expérience ou grâce à un raisonnement plus rationnel), savent s'abstenir, attendre un produit plus abouti, conserver une solution qui a fait ses preuves, voire donner leur avis à des fabricants pour qu'ils proposent des innovations apportant un réel avantage.


Observer les comportements de consommation en apprend sur la nature (culture) humaine.

Et quand cela fait prendre du recul ça aide à avancer!

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