VTT olympique…encore pour longtemps?

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Voici un lien qui en dit beaucoup sur l'avenir à court terme du vtt en Olympie :  http://www.bikemagic.com/event-news/uci-president-mtb-faces-olympic-exclusion/9435.html


Du vtt à un autre sport.


Le message de Pat McQuaid, président de l'UCI, est clair : le vtt doit être télévisuel, c'est un facteur clé pour motiver les décisions du CIO en matière d'intégration de sports aux Jeux olympiques. En cas d'échec télévisuel, Londres 2012 serait certainement sa dernière expérience olympique.


La dernière phrase de Pat McQuaid renseigne  un peu plus sur la solution qu'il entrevoit : "We don't want to turn into cyclo-cross, which is an attractive sport, but we do need to make changes". Appelons cela du langage diplomatique pour dire "Le vtt doit se rapprocher du cyclo-cross qui, lui, est attractif." Dans sa quête olympique, l'UCI doit regretter que le cyclo-cross soit, par tradition, un sport hivernal, ce qui l'empêche d'intégrer les JO d'été. Il cherche donc une solution de "cyclo-cross estival"...qu'il est en train de trouver en modifiant progressivement les règlements du vtt et du cyclo-cross (diminution des temps de course vtt xco, réduction de la taille des boucles vtt xco, autorisation de l'assistance technique en vtt xco, autorisation des roues 29" en vtt, autorisation des disques en cyclo-cross). Le 2 X 10 doit bien plaire aussi à l'UCI, car équipés en 29"  les vtt ressemblent un peu plus  à des vélos de cyclo-cross.


...Voilà comment une discipline sportive qui voulait devenir olympique doit en devenir une autre pour le rester.


Sport et télé : la chaîne historique.


Les Jeux olympiques, encore parfois considérés comme "amateurs", sont depuis longtemps devenus un gros business. La devise L'important c'est de participer se transforme parfois en L'important c'est de faire partie des sports olympiques. C'est en effet rentable:

* Pour les fédérations, dont l'exposition télévisuelle de leur(s) sport(s) entraîne un gain de notoriété et de licenciés.

* Pour les sponsors, qui bien qu'absents des tenues des athlètes aux JO, récupèrent leur mise en étant présents après les JO sur les épaules d'un sportif qui y a brillé.

* Pour les sportifs évidemment. Pour de nombreux sports, dont le vtt, le titre olympique est le sommet absolu d'une carrière. Avec toutes les retombées médiatiques et financières qui en découlent.

* Pour les fabricants de matériel sportif, qui transforment les performances olympiques en publicité pour leurs produits.


Mais pourquoi les Jeux olympiques sont-ils plus recherchés que d'autres grands évènements sportifs? Un facteur est devenu déterminant : la télévision. Il a fortement modelé les rapports entre sport et médias.


Dans les années 1900 - 1950, la télévision était peu répandue dans les ménages, un sport peu télévisuel ne risquait pas de facto l'exclusion olympique. Les Jeux olympiques de Rome de 1960 constituent un tournant décisif de ce point de vue. Au beau milieu des "trente glorieuses", les ménages s'équipent en télés, la déroute française (aucune médaille d'or) est amplifiée par ce média. L'image de la France est dégradée alors même que le Général de Gaulle fait du prestige de la nation un de ses objectifs principaux. Cette déroute sera une des causes d'un ensemble de mesures prises dans le cadre d'une politique sportive plus agressive de la France (dont les trois lois-programme de 1962-66, 1966-70 et 1970-74, qui permettront de rattraper une grande partie du retard du pays en équipements sportifs, par rapport à l'Allemagne notamment).


Au tournant des années 2000, les droits télé s'envolent et deviennent, avec le sponsoring, la principale source de revenus du CIO. Du coup la télé commence à dicter sa loi au sport et aux sports olympiques. A Pékin en 2008 on programme les finales de natation le matin, malgré les réticences des nageurs, pour qu'elles coïncident avec les heures de grande écoute des chaînes des USA, principal "robinet" de droits télé pour le CIO. La télévision à intérêt à ce que les épreuves sportives soient brèves afin de pouvoir retransmettre plus d'épreuves dans une même journée et inclure un plus grand nombre de coupures publicitaires. Elle privilégie également les sports qui se déroulent dans un espace restreint, afin de réduire le nombre de cameramen et montrer une grande concentration de spectateurs.


De ce point de vue le vtt, qui a nécessité 55 caméras à Pékin et se déroule sur une boucle de plusieurs kilomètres, est un "mauvais élève", sympathique mais gênant. Beaucoup moins rentable qu'un 100m en athlétisme, proche du sport idéal pour les télés aux JO : moins de 10" de course pour un retentissement planétaire, le rêve...On comprend mieux les menaces à peine voilées de Pat McQuaid envers le vtt aux JO : s'adapter à la télé ou disparaître.


Et les choses ne risquent pas de s'arranger! Une récente étude, entendue en début de semaine sur France-Info, montre qu'en 2010 les Français ont  regardé en moyenne la télé quarante minutes de plus qu'en 2009! Près de 4h par jour et par personne en moyenne. J'imagine que les chiffres sont encore plus gros (le mot est choisi) aux USA. Cette boulimie télévisuelle est un véritable cadeau fait aux chaînes, qui deviennent encore plus puissantes et aptes à dicter leurs conditions de visibilité des sports aux JO en échange des énormes droits qu'elles verseront au CIO.


Bref, le vtt doit devenir un "autre sport" pour s'adapter aux chaînes de télé afin qu'elles continuent de servir du spectacle sportif (et des pubs) aux téléspectateurs oisifs qui se goinfrent de produits qu'ils ont vu dans les pubs télé...Je force à peine le trait.


Les pratiquants dans tout cela? Ne rêvons pas, leurs éventuelles revendications n'auraient aucun effet. Le mal est fait depuis longtemps, ils n'ont pas vu la finalité des petites modifications apportées au vtt d'année en année, et qui aboutiront, j'en suis aujourd'hui plus que jamais convaincu, à une fusion vtt - cyclo-cross. Par ailleurs il faut se mettre dans la peau d'un vététiste ayant des ambitions olympiques : il ne peut pas se permettre de se battre pour "sauver le vtt", il y laisserait trop d'énergie nécessaire à sa préparation aux JO.


Et puis quelques coureurs pourraient toujours se mobiliser, leur avis ne compterait tout simplement pas pour l'UCI et le CIO qui voient d'autres enjeux bien plus importants que le format de course du vtt.


La solution pour que le vtt ne soit pas esclave de la télé? Ne pas la regarder! On en est loin...

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