Etre un Roc (Mélaire)

Article publié dans la rubrique Entraînement, Psychologie

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L'idée d'organiser Roc Mélaire VTT m'est venue en mai 2010. J'ai imaginé et commencé de nettoyer le parcours (une boucle xco de 7km) en juillet. Sabrina Eaux et Virgile Stiedel furent parmi les premiers à le parcourir. Ils furent emballés. Le tracé comporte notamment trois "trous difficiles", évitables par une échappatoire qui fait perdre entre 1 et 3 secondes (même principe qu'aux championnats de France 2008 à Serre-Chevallier).


Le positif...


Depuis un mois je passe mon temps à montrer le parcours à diverses personnes. Je n'en peux plus! Mais le résultat est là : 202 engagés le jeudi 12 mai à 21h. Et il en reste à venir. C'est d'ores et déjà une réussite.


Autre aspect positif : le fait de faire passer la course par les "trous difficiles" a conduit plusieurs jeunes du club à les franchir alors qu'ils butaient auparavant. Quelques "anciens" m'ont aussi fait part de leur satisfaction d'avoir fini par passer un ou deux des trois "trous difficiles" (le "trou des racines", quant à lui, impressionne plus, mais une dizaine de concurrents le franchiront). Bref, le tracé de l'épreuve a d'ores et déjà permis à des concurrents de faire des progrès. Pour moi qui anime des stages de perfectionnement c'est une satisfaction.


...et un peu de panique.


Ce concert positif comporte aussi quelques voix discordantes. Deux exemples:

* Nous avons opté pour 5 courses (10h30 poussins // 10h40 pupilles // 11h benjamins - minimes et cadettes // 12h15 cadets - juniors - masters 40 et + // 14h30 seniors - espoirs - masters 30-39 et 40 surclassés) avec un seul départ par course. Nous placerons les coureurs par niveau, ensuite à eux de rouler "vite et bien" pour se placer (la course commence par 500m de montée large et raide). La course de 12h15 rassemble environ 100 coureurs (bien!). Or un dirigeant qui avait accepté le principe des départs groupés a remis cela en cause le jeudi 12, pensant que cela posait un problème d'équité, etc, etc. Sans m'énerver j'ai redit clairement qu'on faisait un seul départ et que si on voulait me voir organiser à nouveau en 2012 il faudrait éviter de remettre en cause les choses actées 3 jours avant l'épreuve (ce serait dommage de se priver d'une épreuve à plus de 200 partants, non?). Nous verrons bien le jour J en fonction des attitudes observées.


* Les "trous difficiles" ont fait "psychoter" une personne (qui apprécie le parcours). Le jeudi 12 au soir, elle me demande d'éviter le trou N°1 ("trou de moto") au premier tour, arguant d'un risque de perte de temps de 5 à 10 minutes (sic) s'il y avait un bouchon à ce trou. J'ai rappelé que l'échappatoire était faite pour cela, qu'à St-Brieuc en coupe de France le 07 mai je suis pris par une chute après 400m de course, repart au-delà de la 60ème place, remonte 7ème malgré la brièveté de la course (victoire 1h15) après avoir perdu environ deux minutes malgré un circuit plus étroit qu'à Roc Mélaire, qu'en coupe de France on fait des départs à 200 coureurs et plus alors qu'à Roc Mélaire ils seront seulement 100...

Le syncrétisme des émotions.


Que signifient ces messages qui, trois jours avant l'épreuve, cherchent à remettre en cause une organisation cadrée?


Ils renvoient au syncrétisme des émotions. Cette notion, un peu compliquée en apparence, signifie que dans certains situations stressantes, les choses ont beau, objectivement, rester les mêmes, notre représentation en change au point d'en faire "une montagne". Ainsi parfois, en escalade, un débutant a beau avoir une bonne prise dans chaque main et sous chaque pied à 3m de hauteur et assuré d'en haut (risque objectif zéro), tout se mélange dans sa tête, il se crispe totalement, devient incapable d'entendre la moindre consigne venue du pied de la falaise...


Pareil en ce qui concerne ces messages pour Roc Mélaire : le "trou difficile" avec échappatoire devient un gouffre béant non-évitable qui peut faire perdre 10 minutes (!!), le départ à 100 coureurs va mal se passer, c'est sûr...

Quoi faire?


Heureusement, je m'attendais depuis le début à ce genre de messages, autant à propos des trous que des départs. Mon expérience d'organisateur a commencé en 1992, ce n'est donc pas la première fois que j'observe des "petites paniques" de ce genre à l'approche du jour J. Heureusement que ça ne me prend pas la veille d'un championnat de France ou du monde, sinon je me mettrais à douter de mes pneus, de leur pression, de tout...et je me planterai le jour J. J'évoque d'ailleurs ce problème page 406 à 409 de VTT Rouler plus vite. Certains sont coutumiers de "l'émotion qui prend le dessus" à l'approche de la course. Cela les pénalise.

C'est quand les difficultés approchent (au pied du mur, au bord du trou...) que l'on voit de quel bois sont faits les hommes.


Alors quoi faire? Ne rien changer. La course aura lieu comme prévu et à la fin on sera tous contents (ou déçus), épuisés, prêts à en refaire une autre ou pas, prêts à corriger certaines erreurs ou pas...A la limite, on peut écrire un petit article qui aide les intéressés à comprendre ce qui se passe dans leur tête.


C'est fait :-)

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