Exceptionnelle Granit Montana !

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Depuis le temps que je cours, des parcours vtt superbes j'en ai déjà vu, mais là...Les mots me manquent, comme ils manquaient à beaucoup pour  décrire ce qu'on avait trouvé sous nos crampons. Christophe "BH" Chambard avait cette juste formule : "Si la perfection existe, je crois qu'aujourd'hui on s'en est beaucoup approchés".


J'irais même plus loin en disant qu'en gros il ne faut rien changer à l'esprit de ce parcours : pas plus long (76km), pas plus dur (2740m de montée au Polar), ni plus ni moins technique (les passages techniques sont légion mais en gros tout passe en vélo), c'est tout simplement un régal permanent, entre sapins, feuillus, fougères, pierres, terres noires ou sablonneuses voire odeurs de champignons (j'ai senti au moins dix fois l'odeur de gaz, caractéristique du satyre puant ou phalle impudique, phallus impudicus...


J'ai un seul regret : l'absence de Christophe Bassons, l'ex-pro(pre) sur route, terrassé par une gastro-entérite la veille de l'épreuve. On n'est pas des surhommes...J'aurais tellement aimé discuter d'un peu de tout avec lui et sa famille, d'autant que l'endroit où Thomas Collinet et moi logions, un centre équestre perdu en pleine nature, incitait à philosopher peinard...Evidemment, dans cette affaire, personne n'y est pour rien.


Bienvenue dans les Monts d'Ambazac:


C'est donc ici que se niche ce joyau du tout-terrain, 30km au nord-est de Limoges, 40km au sud-ouest de Guéret (où j'ai souvent roulé sur de jolis parcours). Avec Thomas Collinet on s'était donné rendez-vous à Troyes à 10h, restait à enchaîner 5 à 6h de voiture pour rallier St-Sylvestre, petit village champêtre s'il en est. Là nous retrouvons Patrick Creuzot (président de l'Ambazac Sprinter Club), en train d'animer l'équipe de bénévoles dont certains sont en train d'éplucher ail et oignons pour les repas de la course! On est loin de l'emballé-prêt-à-manger et ça fait drôlement plaisir. Le soir, d'ailleurs, au restaurant, les bénévoles locaux mettront un point d'honneur à nous vanter la qualité de la viande limousine et à nous préciser que le clafoutis aux cerises et d'origine limousine lui aussi. On sent l'attachement au terroir.


D'ailleurs on loge au centre équestre de Razès, qui fleure bon la campagne, avec des petits qui goûtent à une table longue de dix mètres en se poussant du coude et avec force éclats de rire, une fillette de huit ans qui joue avec un gros chien dans un tas de paille ; elle dit qu'elle le tient en laisse sinon il se sauve, mais quand elle finit par le lâcher il part...à deux à l'heure. Elle nous montre les manèges et les chevaux tout en nous demandant de l'aider à tenir le chien "qui ne veut pas se sauver"...Ca donne envie de mettre son petit dans un centre comme cleui-ci! Et dire que de nombreux enfants passent leurs journées entre quatre murs d'immeubles et deux manettes de console...Nous, on choisit nos lits parmi les trente d'un des gîtes du centre! Plus calme ce n'est pas possible.


Granit Montana acte 1 : course.


Le départ est donné à 8h30 et au bout de 400m on est déjà dans une superbe descente. Mais Thomas Collinet perd son bidon! Il en a fait déposer aux ravitaillements 2 et 4, moi au ravitos 2, 3 et 4. Je lui passe un peu à boire au bout d'un moment, de son côté il mendie un peu d'eau aux spectateurs quand c'est possible. On évolue à trois en tête de course, Aurélien Collet (pas collé du tout) nous emmène la plupart du temps. On échange quelques impressions admiratives sur la beauté du tracé et des contrées alentour, où le vert domine dans toutes ses nuances. On traverse souvent d'épais "taillis" de fougères, il en restera cette expression au retour, quand le téléphone ne capte plus : "On est dans les fougères, ça ne passe plus" :-)


Au ravitaillement 1 je remplis mon bidon afin de pouvoir passer de l'eau à Thomas au besoin, mais il trouvera des spectateurs vététistes qui lui passeront un bidon.


Les montées et descentes magnifiques s'enchaînent avec une régularité telle qu'on dirait qu'un gentil génie les a disposées là. Le génie, c'est le traceur!


Au bout d'1h30 de course je commence à être un peu dans le dur et me sert des descentes pour "re-Collet" Aurélien, qui a tendance à prendre la poudre d'escampette en relance en haut des côtes. Une fois ça va, dix fois...Je décroche peu à peu, Thomas passe alors la seconde et rentre sur Aurélien. Salut les gars, j'essaierai de faire troisième! Je lève alors un peu le pied car depuis une demi-heure j'étais en léger surrégime (déjà que je suis tout "mèg"...).


Acte 2 : galère et gâteau.


Après 2h10 de course je suis bien installé en 3ème position, à 2 minutes de Thomas et Aurélien, quand je perce mon Toro de manière assez inattendue, dans une descente où je n'ai pas eu le sentiment de taper spécialement (l'examen du pneu me fera découvrir un mini-trou qui ressemble plutôt à l'action d'un petite pierre très pointue). Le liquide anticrevaison échoue à boucher le trou, il se répand d'ailleurs pas mal sur ma roue avant, sur le cadre du X-Control, bon pour un nettoyage poussé!


Après 1km à essayer d'avancer comme cela, je me rends à l'évidence : le pneu avant est trop dégonflé. Je m'arrête pour réparer au bord d'un petit lac. Ca commence mal : je mets au moins deux minutes avant de commencer à pouvoir dévisser la valve tubeless, plus ou moins "collée" au filetage (ce lundi j'en ai encore mal au pouce gauche!). Ceci étant fait, je place une chambre à air dans le pneu, visse le percuteur qui semble récalcitrant, envoie la pression...qui part dans la nature! Je veux alors dévisser le percuteur pour voir ce qui s'est passé avant de faire une tentative avec une deuxième bombe : impossible de le  dévisser, il tourne avec la valve!


A ce moment-là passe le concurrent suivant, c'est dire si les écarts sont déjà conséquents.


Un peu plus tard passe Christophe Chambard, mécano du team BH-Suntour, qui, très sympa, essaie d'enlever ce fichu percuteur, sans succès.  Il repart en me souhaitant bon courage, comme de très nombreux autres concurrents l'ont fait, merci les gars!


Je décide alors de marcher jusqu'à trouver une route, des gens...et rentrer au départ car tout me semble perdu. Je marche un quart d'heure avant de rencontrer le papa de Jonathan Cormier à qui j'explique mes déboires. Puis je parcours les 200m qui me séparent d'une route. Là je rencontre des spectateurs avec qui j'entame la causette car ils n'ont pas de quoi m'aider. Plusieurs coureurs ou spectateurs me parlent de mon blog, notamment du récent article sur le gâteau de l'effort fait maison (visiblement mon blog est lu!). Je l'ai testé le matin-même, il est succulent et parfaitement digeste! Une femme le confirme à son mari qui passe, elle lui en fera un un peu plus tard! Le temps passe...Et le papa de Jonathan, après l'avoir ravitaillé, revient à la route. Il a une trousse à outils et une chambre à air, on casse la valve, sort la chambre, en remet une autre, gonfle, une spectatrice bien aimable me lave les mains pleines de liquide anticrevaison...Je repars après un peu plus de 40 minutes d'arrêt! On n'est pas chez Ferrari...Merci M. Cormier!


Acte 3 : rando conviviale.


C'est comme un nouveau départ : j'ai fait 33km en course, 3km à pied, il me reste 40km que j'envisage en rando. Je rattrape des concurrents avec qui je discute, beaucoup ne m'ont pas vu arrêté car je réparais à une trentaine de mètres du passage de la course. Les concurrents avec qui je discute sont unanimes : le parcours est magnifique, le fléchage est parfait en suppose une quantité de travail imposante. Je revois certains "tout-rigides titane" avec qui j'avais discuté avant le départ. On dirait qu'existe une sorte de culture "rétro" dans le Limousin, un concurrent m'a dit, pour justifier son "tout-rigide" : "On ne triche pas". Je lui ai répondu que ce serait amusant de créer un classement tout-rigide sur cette épreuve, parfois trialisante, parfois terreuse, moyennement cassante au total. J'ai même vu un concurrent en tout-rigide 29 pouces cadre acier, pas si lourd que cela en prime! Bref j'ai vu du pays et je me suis dépaysé. Quant à moi je me fais toujours autant plaisir sur X-Control "tout-mou-mais-pas-tant-que-ça", qui va bien partout.


J'avance ainsi jusqu'au ravitaillement 3 qui propose du salé : une bénédiction! Il est à peu 11h30 - midi, c'est l'heure du casse-croûte! Je prends 2 petits sandwichs pain - pâté qui glissent tout seuls...Trop bon! Décidément, en longues distances, il y a mieux que les barres énergétiques trop sucrées.


Au 4ème ravito, après avoir pris le temps de me gaver de somptueux passages, notamment une remontée en fond de combe "d'un autre monde", comme dans une Forêt des Merveilles, je prends juste mon bidon et un verre de coca. J'ai encore quelques pâtes de fruits et une dosette de gel Windose "miel" qui feront l'affaire. On m'annonce 12km. Donc j'en ai déjà fait 64, ça sent l'écurie!


Acte 4 : vroum!


2km plus loin des signaleurs m'informent que je suis revenu environ 25 à 30ème. Après être reparti environ 60ème tout à l'heure, finir dans les vingt premiers ce serait sympa. J'appuie un peu plus...et finalement beaucoup plus, motivé par le plateau repas de l'arrivée (avec viande limousine s'il vous plaît!). Je repasse Jonathan Cormier à qui je propose de rendre une chambre à air à l'arrivée!


Je termine vraiment "comme un coursier", doublant plusieurs concurrents en injection, passant le pied de la dernière côte (fort technique) en vélo en force, toute la bosse à bloc...et la dernière descente, trop bonne - dévers terreux et gros bloc de granit - avec un large sourire et des encouragements de jeunes qui prennent rendez-vous pour un autographe après l'arrivée!


Je suis très heureux d'avoir fini la course, c'eût été dommage de manquer les 40 derniers kilomètres (les autres aussi d'ailleurs!). Je suis 19ème, j'ai repris une dizaine de concurrents dans les dix derniers kilomètres, suffisant pour rester sur une bonne impression. Mais comment peut-il en être autrement sur un tracé aussi magique?


Le speaker me donne l'occasion de dire tout le bien que je pense de l'épreuve dans toutes ses dimensions : organisation, accueil, restauration, simplicité, et bien sûr parcours royal.


Aurélien Collet a finalement eu raison de Thomas Collinet, aux prises avec des crampes après 3h de course et qui a dû "gérer sévère" pour se sortir des passages où il fallait faire des efforts violents. Je termine en 5h38, si j'enlève 40 minutes, ça fait 4h58, on dirait que ce n'est pas si mal même en faisant une partie "rando". La forme reviendrait -elle après la grosse fatigue des Chemins du Soleil?


Acte 5 : bercail.


Après une douche froide qui n'altère en rien mon jugement sur l'épreuve, direction le dernier objectif de la journée : le plateau repas! Il est englouti avec bonheur, pour la bonne bouche il ne manque que de passer par la case ostéos pour un massage, malheureusement on n'a pas le temps, il reste 6h de route au bas mot.


Lors de la remise des prix, Patrick Creuzot a un geste sympathique, il m'offre une assiette "Granit Montana 2011", merci! La veille je lui avait offert mon livre mais il l'avait déjà, glups! Ce sera pour un jeune du club...


Le retour est long mais au moins on n'a pas fait le déplacement pour rien. J'ai déjà envie de faire l'édition 2012! Je crois que tous les autres concurrents aussi. Attention, c'est limité à 400 places! Toutes en première classe...

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