Champion de France – monde – Champagne !

Article publié dans la rubrique Course

Cet article parle de : , , ,

Champion de Champagne, champion de France et champion du monde masters...Ce n'est pas la première fois que je réussis ce "grand chelem", mais il n'est jamais acquis d'avance! Le salto avant subi hier à cinq minutes de l'arrivée me l'a d'ailleurs durement rappelé (j'entends encore mon cou craquer...). Mais commençons par le début.


Vendredi 26 août, je décolle de la maison à 7h30, le X-Control dans le coffre, il n'a pas servi depuis les championnats du monde du 23 juillet dernier. J'emmène aussi cinq pneus de rechange, ne sachant pas quelles conditions nous allons rencontrer, même si la météo prévoir du beau temps à partir de samedi. Mais en Bretagne, un petit grain n'est jamais loin...Je prends Ludo Leflem à Vitry-le-François, il fait super lourd! Nous partons pour 7h de route, dès la première heure nous traversons un orage qui nous ralentit à 60 à l'heure. Après l'orage il fait 10 degrés de moins! La journée continue très frisquette et c'est sous la polaire que nous mangeons nos salades composées sur une aire d'autoroute. A 15h30 nous arrivons à la Chapelle de Brain par un entrelacs de mini-routes bien perdues où le téléphone ne passe plus. C'est...Calme! Mais il fait presque bon (19°). Nous enfilons immédiatement les cuissards pour une première boucle qui nous paraît "sans saveur"...Mais la seconde, à vitesse plus élevée, commence à faire poindre le potentiel sélectif de cette boucle qui comprend près de dix petites côtes (pour 160m de dénivelé) en 5km. Allons-y pour une troisième à rythme encore un peu plus élevé : ça devient intéressant! On sent bien la différence entre une partie de circuit plutôt physique et une fin presque trialisante dans laquelle mes 1m86 se trouvent d'ailleurs à l'étroit...Le circuit est finalement ludique, exigeant à haute intensité, il faudra piloter propre avant toute chose  si l'on veut espérer aller vite. On sait qu'à haute intensité ce n'est pas toujours facile, surtout dans ces multiples enfilades serrées. Si le terrain reste sec, des pneus souples, de grosse section et peu gonflés semblent être la solution.


Nous laissons le circuit reposer en paix et prenons possession de notre gîte à l'Aumonerie, près de Ste-Marie, dans un calme absolu et agrémenté d'un jardin qui me replonge au Brésil : arbres à kakis, palmiers, mare à poissons colorés...! En Bretagne il ne fait pas chaud mais il ne fait jamais froid, du coup certaines essences qui ne passeraient pas l'hiver en Haute-Marne le passent ici sans problème. Une sympathique bande d'Alsaciens nous rejoint, leur présence agrémentera tout le week-end d'intéressantes discussions...Au plaisir de se revoir les gars! Parmi eux Jean-Claude Blaise vient pour tenter de quérir un titre en 50-54 ans. Récemment et sérieusement blessé, il obtiendra une troisième place que je trouve fort méritoire, derrière le revenant Thierry Fillaut et Patrick Castagnier, et devant Jean Malot qui s'offre le luxe de monter un Python à l'envers (du vélo?) sur ce parcours où il fallait une bonne traction à l'arrière!


Le samedi nous effectuons une seule boucle à allure plutôt rapide dans le technique car sinon les sensations ne rapellent pas celles de la course, donc le repérage ne servirait pas à grand-chose. Il a plu la veille au soir, ça glisse beaucoup, j'échange mon Cobra pour un Toro à l'avant. L'après-midi je ne fais  pas de sieste (je sens que si je dors j'aurais du mal à trouver le sommeil le soir) mais reste beaucoup assis à discuter avec les amis alsaciens. En fin d'après-midi nous retournons sur le site prendre nos plaques (pas de dossards, en course on ne pourra pas savoir si celui qui nous précède est dans notre catégorie ou pas!). Puis on marche une petite demi-heure sur le circuit afin de dénicher les meilleures trajectoires dans les sections trialisantes. Le samedi soir je me couche à 22h45 et dors comme un bébé jusque 6h du matin.  Petit déjeuner, réveil musculaire de 15 minutes en vtt en baskets, gâteau de l'effort maison à 10h, préparation des bidons Windose, en route vers le site à 11h, un tour de circuit à 12h15, rapide lavage à l'eau de Cologne, mise en grille...


Je profite de ce moment pour saluer l'attitude de Frank Filbien (le dynamique président de la CNVTT) et du commissaire principal. En effet il était prévu de faire une course 40-44 ans et une course 45-49 ans avec départs décalés de 2 minutes. Cette solution est dangereuse, elle amène les 45-49 rapides à "buter" sur les derniers 40-44. J'ai donc proposé à Franck Filbien et au chef des commissaires de faire un seul départ, en nous plaçant derrière les lignes des 40-44 ans, ainsi l'équité des catégories est préservée, mais au bout d'un kilomètre de course on est tous replacés en fonction de notre niveau. Ils ont accepté et cela s'est parfaitement passé. A l'arrivée de sa course, Nicolas Durin, vainqueur 35-39 ans et partant derrière les 30-34, m'a confirmé que c'était une très bonne solution. L'autre solution, "parfaite", serait de séparer totalement les courses. Dans un championnat sur une seule journée cela n'était pas possible.


Revenons à la course proprement dite : je pars très fort en 6ème ligne afin de remonter le maximum de coureurs avant la fin du chemin large en montée peu raide (1km) qui nous amène au premier singletrack. Parti environ 40ème je suis 4ème au bout d'un kilomètre. Bien! Mais je me suis bien fait mal aux jambes...Ludo Leflem est en tête du scratch à ce moment-là! J'enchaîne ensuite deux tours rapides qui m'amènent à la 3ème place scratch (après avoir essayé d'emmener Ludo Leflem dans ma roue, mais il va coincer puis subir une mauvaise chute qui le relèguera assez loin), à la lutte avec Bruno Chavard (toujours fort à cette époque de l'année) et Jean-Yves Rannou le champion de Bretagne, fortement encouragé comme il se doit...mais moi aussi je suis très encouragé et ça fait chaud au coeur! Devant, Lionel Ipert et Eric Pommelet se livrent une grosse bataille qui tournera à l'avantage du premier nommé, notamment plus technique en descente. J'entends le speaker dire que je suis largement en tête de la catégorie 45-49 ans mais je n'aurai jamais un écart durant la course, alors je fonce.


Peu après la mi-course, Jean-Yves Rannou, repassé juste devant moi, bloque sur une racine en montée, je dois sauter du vélo et atttrape une crampe à l'ischio-jambier gauche qui me cause parfois quelques soucis. Je dois réduire le rythme pendant un quart d'heure, Chavard et Rannou filent. Je me concentre maintenant sur le titre 45-49 ans. Malgré cela, à 5 minutes de l'arrivée je bute de manière inexplicable sur une souche cachée et fait un salto avant de toute beauté, heureusement j'ai le réflexe de partir en roulade avant latérale (style judo), néanmoins j'entends mon cou craquer et le soir j'ai un peu mal à la tête. Je me relève très vite, remets le guidon en place et file vers l'arrivée...comme quoi rien n'est jamais joué avant celle-ci! Je franchis la ligne les bras levés, on fait quelques photos, puis arrive Christophe Chambart (à 5'09), il me saute dans les bras, "Pour moi une seconde place derrière toi c'est comme une victoire!" Stéphane Loizeau, que sur le papier je considérais comme mon adversaire le plus dangereux, est 3ème (à 8'). J'ai la sensation d'une bonne course mais pas parfaite, j'ai notamment fait l'erreur d'un avant un peu trop dur (Toro et fourche un peu trop gonflés). On apprend toujours...


Sur le podium le speaker (dynamique) dit que je réalise le doublé en bleu-blanc-rouge puis finit par me donner la parole quand il comprend que mon palmarès est "un peu plus" étoffé. J'en suis à 8 titres de champion de France et 5 de champion du monde. Je félicite les organisateurs dont la tâche m'a toujours paru plus difficile et ingrate que celle de coureur. Surtout cette fois peut-être, puisque la Bretagne a repris la candidature défaillante de Pra-Loup en janvier 2011. Ceci explique peut-être l'absence de dossards (on avait quand même une jolie plaque avec nos noms dessus), de lavage vélos ou de ravitaillement à l'arrivée. Simplement, en l'absence de ces prestations, le tarif d'inscription (18€) aurait pu être réduit. L'essentiel était néanmoins là : un tracé de qualité.


La Marseillaise passée, après avoir signé plusieurs autographe -  à des jeunes sur des affiches et à des adultes sur mon livre VTT Rouler plus vite - il ne reste plus qu'à rentrer au bercail. Pendant les 100 premiers kilomètres je suis cuit et j'ai sommeil! Puis, en mangeant quelques carottes - bananes - gâteaux - pain - anchoïade ça revient et on rentre sans s'arrêter. Si seulement on pouvait être aussi endurant sur le vélo!

Imprimer cet article Imprimer cet article