Tour de France 2011 : des réponses?

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Le 31 juillet dernier j'écrivais Tour de France 2011 où je me demandais notamment si l'épreuve n'était pas en voie de nettoiement. Un ami vient de me communiquer le contenu d'un article  paru dans Le Monde, il pense que l'article est d'Antoine Vayer. A sa lecture je confirme que cet article est certainement d'Antoine Vayer (je connais son style). Rappelons qu'avec Frédéric Portoleau il avait écrit Pouvez-vous gagner le Tour? Derrière ce titre aguicheur on découvrait d'intéressantes évaluations indirectes de la puissance développée par les coureurs du Tour dans des ascensions "tests". Les évaluations continuent et, à quelques approximations près (contexte de course, évolution du revêtement de la chaussée, sens et force du vent...) fournissent des indications sur les puissances des moteurs des coureurs. On note que celles-ci ont atteint des sommets extrêmement haut placés et jamais égalés ni même approchés à l'époque Armstrong - Pantani...



Voici l'article du Monde:


"Alors, 2011, enfin ce Tour du renouveau, maintes fois annoncé et sans cesse reporté depuis 1998 et le traumatisme de l'affaire Festina ? La veille de l'arrivée à Paris,




quel bilan tirer du Tour? Pour répondre à cette question, analysons le relevé des radars que nous avions installés, cette année encore, pour mesurer la puissance développée (en watts) par les coureurs dans les cols.




Dans les Pyrénées, pas de mutants flashés à 450 watts ni de miracles à 430 watts comme les dernières années (Le Monde du 19juillet). Et seulement quelques gaillards à 410 watts, le seuil du dopage "avéré" dans l'ascension du col final d'une étape de montagne. La traversée des Alpes, en revanche, aura laissé entrevoir quelques excès de vitesse. Lors de la 18e étape (plus de six heures de course et trois cols perchés entre2360 et 2744 mètres), Andy Schleck a fait tomber dans l'Izoard, le vieux record de Lance Armstrong. Entre l'église d'Arvieux et le sommet, il a amélioré de 1'12 le temps qu'avait réalisé l'Américain en 2000 pour lâcher Marco Pantani. Depuis Brunissard jusqu'au sommet (6,95km à 7,21%) il s'est au passage octroyé celui du roi Miguel Indurain avec 1min 10 s de mieux. En tenant compte du phénomène d'hypoxie au-dessus de 1500m, on peut évaluer la performance du Luxembourgeois à 423 watts. Dans le Lautaret, ensuite, avec un de face de 28,6km/h, Andy Schleck écrase les pédales pour un raid supérieur en coût énergétique à celui, onirique, de Floyd Landis en 2006, qui devra rendre son maillot jaune pour abus de testostérone. Deuxième de l'étape, son frère Frank a ajouté un autre record dans l'escarcelle de la famille Schleck en grimpant le Galibier, par face sud, en 23'37s (416 watts). Le Danois Rasmussen, exclu du Tour en 2007, détenait le record depuis 2006.




Sur la fin du Galibier (4,4km à 6.75% à plus de 2600md'altitude), Cadel Evans est lui flashé à 423 watts, toujours en tenant compte de l'hypoxie. Dans sa roue, ils sont trois à plus de 410watts dans le col final.




(...)




En 2011, donc, pas trace de mutants à 450 watts dans le Galibier. Pourtant, 88 coureurs, dont Jérémy Roy, baroudeur étalon zéro dopage, passe la ligne avec 35min 40 s de retard, après avoir monté le col d'Agnel à 360 watts, l'Izoard à 320watts puis le Galibier à 269 watts. Cela faisait aussi longtemps qu'un "grupetto" n'était pas arrivé hors délai.




Disséquons maintenant la 19e étape, très courte, où le Télégraphe et le Galibier versant Nord ont été franchis en début d'étape. Dans le Télégraphe, les muscles froids d'Alberto Contador -genou réparé en une nuit et déjà flashé à 460 watts pendant 20 minutes sur le col de Manse avant l'arrivée à Gap- ont pédalé 47 secondes plus vite que les recordmen de 2007 (Evans, Piepoli et Moreau): 30'26s à 23,6km/h de moyenne pour gravir 12km à 7,09% de dénivelée.




Avec Andy Schleck dans sa roue, il a poussé jusqu'à 444 watts. Le Luxembourgeois, lui, bat ensuite de 31 secondes le record de 2007 établi par Soler entre Saint Michel de Maurienne et le Tunnel du Galibier nord en 1 heure 22min 8s. Puis vint le col final de l'Alpe d'Huez. Avec 41 min 6 pour Sanchez (405 watts), 41 min 36 pour Contador - malgré ses 23 min à 426watts au pied: 7,35km à 9,05%-, 42min 11 pour Evans et 42 min 03 pour Rolland, on est très loin des 36 min 50 s de Pantani en 1995 (470 watts) ou des 37 min 36 s d'Armstrong en 2004 (455watts). Autre bonne nouvelle, Jean Christophe Péraud, notre grimpeur étalon zéro dopage, à 388 watts dans l'Alpe-d'Huez (42min 40 s), avec une moyenne sur les quatre cols test du Tour à 387watts est l'égal des Hinault, Lemond et Fignon. Onzième au général, pourra-t-il un jour remporter le Tour ? Il faudra patienter. Beaucoup de leaders cette année, Comme ceux de Radioshack, (l'ancienne équipe d'Armstrong), Vinokourov, ont chuté avant les joutes de montagne.




Voeckler et ses 411 watts dans le Galibier sud en fin d'étape, ses 433watts dans le Télégraphe et son Grand plateau dans des pentes à 7% sur le Galibier Nord en début d'étape, finit hors podium. C'est un "désolement", pour le commentateur Laurent Jalabert. Mais la meilleure nouvelle vient du bilan sur les cols. Cette année, aucun coureur n'a dépassé la barre des 410 watts moyens dans les cols tests de fin d'étape (Luz-Ardiden, Plateau de Beille, Galibier et Alpe d'Huez). En 2010, ils étaient cinq. Entre2000 et 2010, ils étaient au moins quatre. Entre 1994 et 1998, ils étaient plus de six.




La dernière fois qu'aucun coureur n'avait été flashé au-dessus de 410 watts sur les cols de fin d'étapes du Tour, c'était en 1999. C'est cette année-là, qu'on a annoncé le premier "Tour du renouveau".On connaît la suite. Des traces d'EPO ont été retrouvées des années plus tard dans les urines de son septuple vainqueur, Lance Armstrong."



Qu'en penser?

 


Ces données me confortent dans la conviction que le Tour est plus propre qu'à l'époque "Armstrong" (le Texan s'est royalement moqué de nous, mais à mesure que le temps passe les charges pesant sur lui s'accumulent, ses ex-équipiers se mettent à parler progressivement, or aux Etats-Unis le parjure est lourdement condamné...Attendons de voir). Il est hautement probable que le dopage continue de sévir dans le cyclisme en général et au Tour de France en particulier, mais il semble bien que les tricheurs aient des marges de manoeuvres amoindries, qui se traduisent par des performances moins hallucinantes. Les experts de la lutte antidopage mettent fréquemment en exergue les pratiques de micro-dosages, qui permettent de ne pas faire varier de manière trop étonnante les profils biologiques des coureurs. Les dopés seraient donc à la fois plus difficilement prenables et...moins rapides. C'est déjà ça.

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