Saucisson à la coupe…de France

Article publié dans la rubrique Diététique

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Pages 322 - 323 de VTT Rouler plus vite, je cite l'anecdote de Daniel Maquet qui, le matin d'une coupe de France au Markstein (Alsace), avait agrémenté son petit déjeuner de quelques tranches de saucisson, paraissant sur le coup contrevenir aux principes élémentaires de composition d'un repas précompétitif. Dans le livre, j'ajoute néanmoins que  si la composition de ce repas peut surprendre, Daniel Maquet d'une part n'était pas du genre à faire des excès et d'autre part était un Ardennais pure souche, élevé au saucisson...


Le mercredi 30 mars 2011, le hasard a fait que j'ai eu Daniel au téléphone. On ne s'était pas parlé depuis plusieurs années. On a évoqué quelques souvenirs, dont ce petit déjeuner au saucisson. A ce moment-là, Daniel me précise "Ah oui mais ce jour-là il faisait froid" (4°). Je lui réponds "Décidément tu ne laisses rien au hasard!"


Eh bien croyez-moi ou pas (comme dirait J-Pierre Gauffre dans Il était une mauvaise foi sur France Info) malgré la rigolade ambiante ma remarque était très sérieuse!


En effet, j'ai souvent eu l'occasion de voir Daniel Maquet adopter des solutions diététiques simples mais efficaces. Ainsi ne s'embarrassait-il pas de "boissons de l'effort" payées au prix fort. Il  achetait du Seven-Up qu'il dégazait avant de le mettre dans le bidon, plus ou moins coupé avec de l'eau en fonction de la température ambiante. Or la composition de ce type de boisson est extrêmement proche de celle des "boissons de l'effort" : sucre, extraits d'agrumes plus quelques substances ergogènes (ex : cola). Et la saveur n'a rien à leur envier.


L'anecdote de la tranche de saucisson s'est déroulée en 1995. A cette époque on préconisait des repas précompétitifs "tout sucré", à l'image des premiers gâteaux de l'effort Overstim's...qui ne réusissaient pas à tout le monde (doux euphémisme) parce que justement ils étaient trop sucrés et seulement sucrés (sucres trop rapides qui favorisaient la survenue d'hypoglycémies réactionnelles, un peu comme les topettes agressives de la même marque de type Coup de fouet ou Red Tonic).


Les préconisations ont évolué depuis. On valorise la présence d'une certaine dose de graisses dans le repas d'avant-course. (ex : pâtes à l'huile d'olive et / ou tranche de jambon, portion de gâteau de l'effort plus tranche de jambon, etc.). Aujourd'hui, les gâteaux précompétitifs contiennent souvent des oléagineux, dont un des effets est d'étaler le passage des sucres dans le sang sur une plus grande durée. On a tendance à rendre ces préparations un peu plus "brutes", avec par exemple des raisins secs entiers plutôt que moulus, ou une partie de  farine complète. Bref, on s'éloigne du produit qui apporte "Tout du sucre-tout de suite". Dans une certaine mesure on se rapproche des 3-4 tranches de saucisson que Daniel Maquet avait ajouté à son repas en ce frais matin de juin 1995!


Les scientifiques formulent des préparations de l'effort "pointues", les commerciaux des marques de produits énergétiques les présentent évidemment comme parfaitement équilibrées. Pourtant d'une part les besoins énergétiques varient d'un âge à l'autre, d'un moment de la saison à l'autre, en fonction de l'heure de départ de la course, de sa durée, de l'altitude, de la température (par exemple un gâteau de l'effort n'est sûrement pas une bonne solution pour une course sous la canicule, il vaut mieux une préparation plus liquide, voir page 322 de VTT Rouler plus vite), etc.


Le compétiteur expérimenté, depuis longtemps à l'écoute de ses sensations corporelles, intègre progressivement tous ces paramètres dans des actes "de bon sens", qui peuvent donner leur place à quelques tranches de saucisson un 18 juin 1995, matin de coupe de France élite au Markstein, à 1200m d'altitude, par une température de 4°.


Ce jour-là Daniel Maquet avait terminé 10ème en élites.


Et quand il faisait chaud

il laissait

le saucisson au frigo.

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