Super-Besse : happy end et écologie…

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Voici le récit d'un week-end à la fois finalement riche de réflexions...Je me suis rendu  là-bas en toute décontraction, sachant que la semaine suivant mon championnat de France m'avait épuisé : trop de temps passé à débroussailler, flécher, faire des recos de descente et de randos...Mes jambes s'en souviennent, lourdes et manquant de force. Qu'à cela ne tienne, le week-end est réservé avec l'ami Ludo Leflem et sa petite famille, allons-y!


Afin de profiter un peu plus, on part dès le vendredi 18h, ce qui nous "permet" de nous coucher à 1h30 du matin à Super-Besse! Encore un peu on terminait la nuit en boîte. Plus prosaïquement, le petit Lorenzo met sa voix en route vers 7h30, debout là-dedans! Autant vous dire que  le samedi soir, à 21h30 je dors à poings fermés...


Le samedi on profite d'un petit break entre les courses pour reconnaître notre circuit de 12h à 12h45. Juste avant le départ des dames, où Sabrina Enaux va sortir une superbe course, à tel point que la bienveillante (et dominatrice) Julie Bresset lui laissera la victoire, jolie image de fin de saison! Anecdote : Sabrina était venue...décontractée elle aussi, se ressentant d'une chute avant les championnats du monde à Champéry, après laquelle, un peu "sonnée", elle a enchaîné plusieurs grosses nuits. Quand elle me raconte cela je lui réponds "Toi dimanche tu vas gagner"...Le jour où Sabrina viendra décontractée sur un gros objectif, mesdames il faudra bien s'écarter pour ne pas prendre un rhume! En attendant, elle va tâter du X-Terra...en toute décontraction.


Je regarde la course des élites hommes avec mon frangin Laurent. On monte à pied à la section la plus racineuse, l'occasion de voir la maîtrise technique de Maxime Marotte. Ses trajectoires semblent évidentes, mais le lendemain, lorsque j'essaierai de les copier, ça ne sera pas la même chanson. J'assiste en direct à une superbe cabriole de Stéphane Tempier qui, on me le racontera plus tard, vient de crever deux fois. C'est sûrement pour cela qu'il gueule comme une bête perdue dans la forêt et balance le vélo de rage. Si je m'attendais à cela! Alexis "Lapierre" Vuillermoz, qui n'en demandait pas tant, le double pour aller chercher la seconde place. Je suppose que c'est une grosse satisfaction pour Alexis qui a cumulé plusieurs pépins cette année.


Après nos "repérages + observations", on se détend à la piscine, je m'étire, puis je mange simple avant de me ruer vers le lit synonyme de délivrance de beaucoup de fatigues accumulées ces derniers temps. Je m'écroule vers 21h30, je me réveille vers 7h30...Joli coup.


Le matin je descends sur le site où je regarde évoluer mon neveu Yann Stéphan (trial, expert) dont les postures m'amènent à imaginer des exercices de musculation spécifiques aux trialistes. L'ambiance trial est feutrée, le public se partage entre un cercle de connaisseurs et des badauds intrigués et admiratifs des miracles d'équilibre, d'engagement et d'explosivité. J'apprécie le spectacle tout en grignotant ma dernière version de gâteau de l'effort maison (voir http://www.lenversduvelo.com/2011/09/gateau-version-3-0/).


Je vais donner un petit bonjour aux amis du Team Véloroc-Lapierre, toujours aussi convivial, familial devrais-je dire, et serviable. En effet je leur laisse mes roues de rechange et un bidon. Quand je vois cette ambiance je ne peux m'empêcher d'éprouver une petite déception de ne pas (plus) faire partie d'un team.


Masters à rebondissements!


Place à la course : l'épreuve masters débute à 12h45. Avant celle-ci courent les cadets, où Vincent Matz, de mon club et du Team Haute-Marne vtt, frôle la victoire qui ne lui échappe que pour 7 secondes! Une jolie sensation, et sûrement une profonde satisfaction pour ce coureur qui fait les choses très sérieusement.

Avec Ludo Leflem on profite de l'échauffement pour voir de près l'état du terrain (sans aller sur le circuit où des cadets sont toujours en course). Puis on roule autour du lac de la station où je constate que je n'ai guère envie de produire des accélérations violentes. Je décide de rouler en souplesse et si possible "au métier".


Départ à 12h45 depuis la 2ème ligne. Je sens dès la début que ça "pique"...Je tourne les jambes et me retrouve rapidement avec Bertrand Brochot et Christophe Pourrat l'Auvergnat, qui évolue donc à domicile. Emmanuel Cibat crève dans ma roue, Nicolas Durin se prend une bonne gamelle avant de riper un peu trop souvent sur les racines rebelles, bref on ne s'ennuie pas. Je fais un bon premier tour, techniquement maîtrisé, mais ce sera moins bien ensuite.


Avec Christophe Pourrat s'engage une superbe bataille. Comme à Val d'Isère il a de nombreux supporters, en premier lieu son fils qui n'hésite pas à lui donner des conseils du genre : "Papa tu récupères bien dans les descentes et tu donnes tout dans les montées! Tu t'accroches à Jean-Paul!" Trop bon...Papa Pourrat va s'accrocher et mieux que cela! Au troisième tour, j'essaie de le "sortir" mais c'est moi qui en ferai les frais! Après un demi-tour à bloc, je coince un peu et accumule quelques fautes techniques rapidement sanctionnées par un dépassement de Brochet et Pourrat qui vont se faire la peau pour la 7ème place (finalement la 6ème...lisez la suite!). Ils finissent fort et vont chatouiller l'ami Ludo Leflem. De mon côté j'accuse un peu le coup, un supporter de Christophe Pourrat me dit "Tu n'iras plus le chercher maintenant!" Je le regarde en rigolant (enfin c'est beaucoup dire!) et en lui faisant signe de la main que "Peut-être, qui sait"...Mais je ne reverrai pas Christophe avant la ligne! Pas grave il y a de l'ambiance : des potes me crient "Fais-nous rêver" dans une descente, Fabien Canal m'encourage "Allez Jean-Poule!" Souvenirs souvenirs...


En attendant il va se passer beaucoup de choses dans la demi-heure qui suit...A l'entame du 4ème et dernier tour quelques gouttes commencent à tomber. Ca menaçait depuis le matin. 5 minutes plus tard arrive un fort coup de vent et des trombes d'eau. Certains chemins se transforment en ruisseaux. Comme si cela ne suffisait pas, la grêle prend le relais, forte, gelée. Puis c'est le bouquet : plusieurs coups de tonnerre très forts claquent tout près de nous, à faire peur! On se sent un peu protégé dans la forêt, mais à découvert on ne brille pas (le soleil non plus...même mon maillot arc-en-ciel est tout marron). Après dix minutes d'apocalypse tout s'arrête net! Nous aussi, après une course finalement plus corsée qu'on ne l'imaginait.


"Pollution je dis non"


Mais on n'est pas au bout de nos suprises! Après une rapide douche, je remets mon maillot bleu-blanc-rouge "Lapierre - Shimano - Pro" et me dirige vers le podium (je suis 3ème du général de la coupe de France masters 40). Là Laurent Spiesser, qui a survolé le scratch masters, m'annonce qu'il est disqualifié pour avoir jeté une topette énergétique 200m après la zone de ravitaillement, sous le nez des commissaires (flagrant délit de pollution en course). Il semble surpris. Je lui confirme qu'on doit en effet jeter ses éventuels emballages dans la zone de ravitaillement. Il me dit que la zone est trop courte. Je lui suggère alors qu'il aurait dû remettre l'emballage dans sa poche de maillot. Réponse : il a une combinaison, sans poche. Alors pourquoi pas remettre cet emballage dans une patte du cuissard? Réponse : ça collerait...Laurent me dit aussi qu'à l'endroit où il a jeté il y avait du monde donc que ce serait ramassé...Puis il ajoute que d'autres coureurs ont été avertis mais pas sanctionnés (donc il semble au courant de ce qu'il risque en faisant ce qu'il a fait), alors pourquoi lui?


Après avoir entendu les arguments de Laurent Spiesser, deux réflexions me viennent:


1) Il est bien qu'enfin un coureur soit réellement sanctionné pour ce genre d'acte. Evidemment, celui sur lequel tombe la sanction a les boules mais que peut-on y faire?

2) Si les commissaires avaient appliqué ce point de règlement dès qu'il a été édicté (il y a au moins deux ans me semble-t-il), aujourd'hui je pense que plus personne ne jetterait ses emballages. De toute façon mieux vaut tard que jamais.

Et puis les masters, adultes, souvent parents, devraient montrer l'exemple. Or parfois on en est loin. A Pernes il y a deux ans, après 400m de course et une chute, des masters coupent le circuit en masse et gagnent 500m ; cette année  à St-Raphaël un master change de roue hors zone ; hier à Super-Besse, outre ce cas de jet d'emballage, plusieurs masters (dont le Rémois Kaczmarek, sous mes yeux) coupent une portion de circuit de 5 minutes mais rallient ensuite l'arrivée, probablement classés normalement car, apeurés par l'orage, les signaleurs ont quitté leurs postes. A l'arrivée j'ai dit au Rémois Kaczmarek "Tu as coupé", il m'a répondu que oui, qu'il voulait "rentrer" à cause de l'orage...Dans ce cas on ne franchit pas la ligne d'arrivée avec le transpondeur sur le vélo!


Bref, même si ça ne fait pas plaisir aux sanctionnés, j'applaudis ceux qui oeuvrent à rendre les courses respectueuses du règlement et de l'environnement. Au fait, pour ceux qui veulent solutionner définitivement le problème des emballages, il suffit d'acheter des petites pâtes de fruit dures, les déballer avant le départ, les mettre dans la poche du maillot et les consommer en course. Pas d'emballage à jeter.


Le déclassement de Laurent Spiesser a provoqué des tensions mineures sur les podiums, que notre speaker Eric Davaine a su gérer avec diplomatie mais fermeté, ce à quoi je m'attendais, connaissant ses convictions "vertes". Bravo. Alex Munoz, finalement vainqueur de la manche de Super-Besse et du général de la coupe de France, après avoir exprimé ses réticences, est finalement monté sur le podium. Je comprends sa gêne, mais c'est bien qu'il soit monté sur "la caisse", car lui, de toute façon, n'a rien à se reprocher et n'y est pour rien dans la décision des commissaires à l'encontre de Laurent Spiesser.

Au final l'ambiance des podiums est sauvée, c'est bien pour les Auvergnats qui nous ont réservé un sympathique accueil, et qui comme en 2010 ont doté les vainqueurs d'un kilo de Saint-Nectaire, fermier s'il vous plaît!


L'attitude exemplaire de Sabrina Enaux:


En quittant Super-Besse je raconte la course masters à Sabrina Enaux...Elle me narre alors une anecdote qui, par contraste, dévoile un superbe comportement.

Explication : pendant sa course, Sabrina subit des pertes d'air. Elle doit s'arrêter pour percuter une bombe dans son pneu arrière, au plus haut du circuit, avant la longue descente. Dans le feu de l'action, elle demande à un signaleur de ramasser la bombe. Au tour suivant, elle constate qu'elle est toujours là. Alors, après son arrivée et son podium de victoire, elle remonte chercher la bombe! Là, elle rencontre une dame qui lui a dit l'avoir ramassée. Sabrina m'a dit le plus simplement du monde "De toute façon je ne pouvais pas laisser une bombe anti-crevaison dans la nature" Quel bel exemple! Si un jour il y a un prix vert ou du fair-play, nul doute qu'elle monterait sur le podium. Moi j'y mettrais bien aussi Véloroc Lapierre dont j'ai déjà parlé plus haut.


La coupe de France 2011 se termine. Comme toujours, les actes ont parlé, plus que les discours. Il est donc temps d'arrêter d'écrire. On se revoit l'année prochaine?  :-)

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