Le VTT, le cyclo-cross et l’Histoire…

Article publié dans la rubrique Divers

Cet article parle de : , , , ,

Dans le dernier Bike, un article sur le cyclo-cross commence par l'évocation d'un article que j'ai moi-même écrit "le 02 novembre dernier" et qui envisage  la possible fusion du vtt et du cyclo-cross.

Tout d’abord une petite précision : l’article cité dans Bike date du 02 novembre…2010. Il n’en reste pas moins d’actualité.

Je suis assez d’accord avec le contenu de l’article de Bike qui dit en gros que si le vtt et le cyclo-cross se rapprochent par certains aspects, des deux disciplines restent bien distinctes, notamment parce que le vtt a su conserver ou remettre au goût du jour des exigences techniques (descentes raides, marches, racines...) et physiques (montées raides prolongées...) que l’on ne trouve pas en cyclo-cross.



Mais justement, le fait que les disciplines conservent leur spécificité ne provient-il pas - au moins pour partie - du fait que certains se sont inquiétés d’une possible « dérive » du tout-terrain vers le cyclo-cross ?


Un proverbe dit « L’Homme fait l’Histoire mais il ne sait pas l’Histoire qu’il fait ». Même si nous ne savons pas de quoi demain sera fait, nos actes construisent cet avenir.


Dans certains domaines les phénomènes sont si puissants que nos actes semblent contenir peu de pouvoir d’en modifier le cours. Exemple : le réchauffement climatique. Nos habitudes de vie « facile et technologique » sont profondément ancrées, le nombre d’humains peuplant la Terre ne cesse d’augmenter, les pays émergents croquent avec une compréhensible gourmandise une part croissante du gâteau dont comme nous ils contribuent à augmenter la taille (sacro-sainte croissance). On a beau faire pourrissoir, toilettes sèches, ramassage de déchets, douche express, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur…La goutte d’eau de nos efforts se noie dans un océan croissant de pollution. Nous créons un futur difficilement viable et écrivons une histoire pénible sans réussir à en modifier le cours.


Dans d’autres domaines, restreints ceux-là, des actions relativement minimes peuvent contribuer voire suffire à infléchir significativement le cours de choses. Le vtt est de ceux-là ! Par exemple, en ce qui concerne le tracé des JO de Pékin 2008, des interventions ont permis de passer d’un tracé « non vtt » à un tracé sur lequel il valait mieux rouler sur un vtt pour s’en sortir. L’observation semble valable pour Londres 2012. En masters, aux championnats du monde 2010 au Brésil, j'ai découvert un tracé comportant 4km de goudron ou chemin large sur 6km par boucle. L'organisateur étant à l'écoute, le tracé a été complètement modifié en 2011 et est devenu "tout-terrain". En coupe de France vtt, dans les années 2000 - 2005, les tracés avaient tendance à devenir physiques et peu techniques, bref un peu "cyclo-cross" ; après quelques concertations et remontées d'informations et malgré le raccourcissement de la longueur des boucles et de la durée des épreuves ils sont redevenus plus adaptés à des vtt qu'à des vélo de cyclo-cross.


Le monde du vtt de compétition est petit, peu influent sur le cours général des choses, mais capable d'évoluer rapidement. Un peu comme  les PME dont la petite taille permet une réactivité et une capacité d'adaptation à la demande souvent vantées.


Néanmoins les évolutions, parfois rapides, ne répondent pas toujours à la demande du plus grand nombre. Par exemple le raccourcissement des boucles et de la durée des épreuves vtt xco répond avant tout à des désidératas émanant de l'UCI pour maintenir le vtt aux JO, sous pression des exigences médiatiques formulées par le CIO.


Mais même dans ce cas, on voit que les évolutions peuvent rapidement s'affiner avec assez peu d'efforts. Un bel exemple est celui de l'évolution de la coupe de France xco en 2012. En 2011 les circuits ne dépassaient plus 6km (condition fixée par l'UCI pour que les coupes de France aient droit à son label). Dès la première manche 2011 (Saint-Raphaël), j'ai émis des propositions au groupe de réflexion sur l'avenir du circuit national vtt, pensant que le moment était venu de différencier deux types de boucles (xco 5-6km, "XCL" 9 à 12km) avec courses sur tracés xco pour les catégories "coupe du monde" (élites hommes et dames, juniors...) et courses sur tracés "xcl" pour les autres catégories. J'ai été moi-même surpris de la rapidité avec laquelle ces propositions (que je ne fus sûrement pas le seul à émettre) ont été adoptées.


Bien sûr, la formule adoptée pour 2011 est certainement critiquable (et améliorable) à certains points de vue. Par exemple et si j'ai bien compris, les juniors courront sur le grand parcours alors que cette catégorie peut aller s'essayer en coupe du monde sur circuits courts. Les contraintes d'équilibration des programmes de courses du samedi et du dimanche ont certainement pesé dans les décisions prises. Et comme toujours, l'expérience (qu'il ne faut pas craindre) dira si l'idée était bonne et quelles améliorations peuvent être envisagées.


Il n'en reste pas moins vrai que dans le petit monde du vtt des propositions émises de manière constructive peuvent rapidement aboutir à des évolutions.


Le vtt fait son histoire...et contrôle en partie l'histoire qu'il fait. On ne va pas s'en plaindre!

Imprimer cet article Imprimer cet article