Fraternité sportive : un stage pour les triathlètes.

Article publié dans la rubrique Entraînement, Stages

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C'est la première fois que j'animais un stage sans savoir à l'avance dans quel ordre j'allais agir...En effet,  en novembre - décembre 2011, Anthony Coupas, qui avec Benoît Riegel dominait la saison de bike and run, était venu me voir pour me demander si je ne pourrais pas animer un stage de "débrouillage vtt" pour lui et une dizaine d'amis triathlètes. J'avais trouvé l'idée sympathique, surtout du fait de l'ouverture à une autre spécialité sportive que la mienne, même si j'ai fait une pleine saison de triathlon en 1991 (jadis!).




Le samedi 25 février au matin je suis donc à pied d'oeuvre à 8h45 sur le superbe site de Mélaire,


seul dans un épais brouillard,


les amis ont un peu de retard (c'est pour la rime).


Un quart d'heure à jouir de ce calme ouaté, juste le temps de me dire que quand on ne sait pas quoi faire, il suffit de se lever, de marcher et d'aller dans la forêt...




Mes divagations sont interrompues par le ronron des moteurs des voitures des amis triathlètes qui parviennent au sommet. On va pouvoir commencer.




Quelques questions sur les pressions de pneus et de fourche vont finalement nous occuper une bonne demi-heure. Je commence par réduire (de 0,2 à 1 bar!) la pression des pneumatiques. Pratiquement personne n'y échappe. Globalement, les triathlètes surgonflent en vtt, l'un d'entre eux, 60kg tout mouillé, est habitué à rouler avec...3 bars. Le terrain étant grassouillet, il peut se contenter de moitié. Il en fera l'expérience toute la journée. J'enchaîne avec l'ajustement de la pression dans les fourches, cette fois il y a plutôt sous-gonflage généralisé. Peut-être que les pneus surgonflés ont incité les triathlètes à ramollir les fourches, ce serait logique. Assez souvent les fourches ont un retour trop rapide. Tout en jouant de la pompe à pneus, à fourche et des molettes de réglage, j'explique certaines notions associées, parle du matériel minimal à emporter en sortie vtt (dont la patte de dérailleur à laquelle personne n'avait pensé).




J'improvise ensuite des déplacements variés sur le et à côté du vtt. "On roule, on saute du vtt par la gauche, on remonte sur le vtt, on saute du vtt par la droite, on remonte sur le vtt, on saute du vtt, on le pousse par la selle, on remonte sur le vtt, on saute du vtt par la gauche en passant la jambe froite entre la pédale gauche et le cadre (style cyclo-cross), on court, on remonte sur le vtt, on saute par la gauche, 2 appuis, on remonte, on saute - 2 appuis - on remonte (plusieurs fois enchaînées rythmées), on saute du vtt et on le pousse par la selle, on saute du vtt on le soulève et on le dirige en tenant la potence, on saute du vtt par l'arrière..."




Les triathlètes sont plus surpris que je l'imaginais par ce genre d'exercice. Je pensais qu'ils en "bouffaient" souvent afin d'être à l'aise en toutes situations en bike and run.




On enchaîne avec une initiation à l'allègement avant - arrière du vtt : "Reculez les épaules en tendant les bras, idem en poussant sur les jambes et en reculant les fesses (la roue avant décolle pour certains)...essayer de garder la roue avant levée plus d'un mètre, surtout on ne tire pas sur le guidon en gardant les épaules en avant, on re-cule-les-é-paules..." puis on recherche un allègement de la roue arrière en portant le poids du corps très en avant : "Bras tendus on avance ses épaule au-dessus du cintre en tendant les jambes au maximum et en remontant les talons, surtout on ne tire pas sur les pédales en fléchissant les jambes"...puis on essaie d'enchaîner les deux actions pour une esquisse de bunny-hop qui combine l'allègement avant - arrière et sert dans tellement de situations techniques.




Certains commencent à "sentir" et réaliser ce genre d'habileté qui nécessite un timing proche d'un mouvement gymnique (en gym, aux barres par exemple, de nombreux mouvements sont irréalisables si l'on n'est pas dans le bon timing, ils sont étonnamment faciles dès qu'on y est).




Nous partons alors dans un singletrack, j'alterne un positionnement dans différentes parties du groupe, donne quelques conseils au hasard des actions produites. Puis nous abordons un petit "trou" où nous travaillons la manière d'entrer dans une descente raide (tendre les bras pour "jeter" le vtt loin devant soi, puis fléchir les bras pour amortir à la réception). J'explique qu'avant les fourches et pneus, le premier amortisseur du pilotage c'est le corps du vététiste! Je demande aux triathlètes d'exagérer les mouvements de bras et jambes afin qu'ils deviennent "mobiles" sur leur vtt, je leur demande d'approcher du trou en "battant des bras" pour exagérer le relâchement avant de les tendre en avant pour l'entrée dans le trou. Ensuite on travaille l'exploitation d'un appui dans un virage à droite en bas du trou, on apprend à "pomper" sur deux petites bosses qui suivent le trou,  on fait un concours à celui qui va le plus loin sans pédaler après les deux bosses, donc qui pompe le mieux, qui exploite le mieux le terrain pour se donner de la vitesse. On commence à voir des attitudes actives, "agressives" sur le vtt.




Puis on change le sens, on travaille la remontée du trou, je me poste à la parade, tout ou presque se joue dans la capacité à prendre de la vitesse sur l'appui du virage (gauche) précédant la remontée. Les progrès sont rapides, donc on va dans un autre trou, un peu plus gros, on apprend à passer vite en amortissant une petite bosse au fond, on joue à essayer d'en ressortir sans pédaler (toujours apprendre à se donner de la vitesse sans pédaler, rien que par les bonnes postures), puis sans pédaler avec de la vitesse, puis on le travaille dans l'autre sens, la remontée est plus difficile, je reprends la parade, on apprend aussi à vite se "coucher" sur le côté si on échoue en montée raide (afin de ne pas partir en salto arrière sur le dos...).




La matinée est déjà très avancée puisqu'il est midi! On passe rapidement sur quelques troncs où l'habileté générale est intéressante (l'action de reculer les épaules pour alléger la roue avant a visiblement été mémorisée).




C'est à ce moment qu'Anthony Coupas, un des meilleurs adeptes du bike end run haut-marnais et en quelque sorte chef de file de ce sympathique groupe, me dit qu'il vient d'en apprendre plus en trois heures qu'en quatre années de vtt. Visiblement, ma semi-improvisation du matin était plutôt adaptée.




Nous nous rendons ensuite chez moi à vtt (5km plutôt descendants) pour un entracte crudités - pâtes - tartes englouti avec bonheur, avant de retourner à Mélaire (5km plutôt...montants, 180 positifs en fait).


Entracte au restaurant "Chez Stéphan" !



 


Nous commençons par un exercice technique ludique (histoire de se remettre en action) de chronométrage sur section très courte, qui évalue indirectement des capacités de coordination (descendre du vtt - remonter dessus très vite).




Puis nous enchaînons avec une séquence de départs assez variés (entre 15 et 20 modalités différentes de départ), dans une ambiance pour le moins joyeuse (comme toujours avec ce genre d'exercices), avec quelques chutes sans gravité (merci la boue), qui permet de prendre conscience de l'importance de la lucidité, des changements de trajectoire vite décidés en fonction des trajectoires des autres, des choix de trajectoires en fonction des degrés d'adhérence des différents endroits...




Nous passons ensuite à un exercice plus difficile de choix de trajectoires plus ou moins directes sur des racines, à la limite de ce que l'on peut proposer à ce niveau de pratique, mais avec quelques belles réussites néanmoins.




Nous passons ensuite sur un mini-tracé de xco (400m environ) avec de nombreux choix de trajectoires et des nécessités d'allègement au moins de la roue avant pour bien franchir des sections racineuses. Quand le circuit est plus ou moins mémorisé, chaque stagiaire fait trois contre-la-montre afin de déterminer un temps de référence (venir en stage pour voir comment on s'y prend pour prendre rapidement les temps de tout le monde!), puis on fait une course avec départ en compte à rebours des temps réalisés. Une course sur un tour (où Dominique, moins bon chrono, ne sera pas rattrapé...d'extrême justesse, bravo!), puis une course sur deux tours après laquelle les organismes ont un peu mal...




Il est temps de faire une dernière virée dans de jolis singletracks, pendant une demi-heure environ. Il est 17h passées, la journée a passé comme dans un éclair, on se dit au revoir en se souhaitant mutuellement plein de bonnes choses...C'était super!




Vous me mettrez une douzaine de triathlètes, merci !


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