Préparation physique (vraiment) générale…

Article publié dans la rubrique Entraînement, Jeunes, éducateurs

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Vendredi 03 février, j'animais une séance de PPG en gymnase pour les triathlètes de Poissons Triathlon que mon petit Jules a rejoint. Club éminemment sympathique qui dispose d'un entraîneur  passionné et compétent, parti au ski deux semaines, d'où deux interventions de ma part afin de le suppléer.


Ce vendredi-là, les jeunes étaient en semaine de récupération. Ils m'en informent juste avant le début de la séance. "OK on va faire quelque chose de moins physique mais plus à base de coordinations variées."


Je réalise une séance avec assez peu de courses rapides et fractionnées, mais comportant beaucoup de mouvements inhabituels. Certains jeunes sont en "difficulté motrice". C'est le but. Je recherche une difficulté au niveau de la coordination plus qu'au niveau cardiaque, afin de répondre à l'objectif de récupération active tout en travaillant quelque chose d'utile...de très utile même.


En effet, dans "préparation physique générale", il faut concevoir "générale" comme exprimant le fait que celle-ci s'adresse non seulement à toutes les chaînes musculaires, mais aussi à toutes les dimensions de la motricité : physique (force, souplesse...), technique (habiletés diverses, économie du geste, adaptation à l'imprévu...), informationnelle (vigilance, réactivité, temps de réaction, gestion de plusieurs informations éventuellement contradictoires en même temps) voire affective (inclure de la gêne, du "noise" - bruit au sens de nuisance pour les anglo-saxons - dans les réalisations, afin de préparer les sportifs à être imperturbables en compétition).


Ainsi par exemple ce vendredi 03 février j'ai progressivement complexifié une situation de course à pied en incluant (au fur et à mesure que les jeunes couraient) un banc en longueur, 2 bancs en largeur, une pile de tapis en largeur, un puis deux puis trois puis quatre puis cinq tapis non alignés l'un derrière l'autre avec un nombre de foulées précis par tapis, puis une obligation de franchir bancs et tapis en travers en posant les mains dessus...Ca devenait une sorte de parcours du combattant qui a duré une dizaine de minutes et pendant lequel les jeunes se sont ingéniés à trouver des solutions pour continuer de se déplacer "vite et bien".

* Physiquement ils étaient moyennement sollicités

* Techniquement ils étaient souvent mis en difficulté (en "surprise motrice"), ils devaient trouver rapidement des solutions pour franchir en souplesse sans "taper" les obstacles

* Du point de vue informationnel ils devaient gérer de la nouveauté fréquemment

* Au niveau affectif ils devaient rester positifs malgré les contraintes croissantes. Par exemple plus la tâche était complexe sur les tapis, plus je leur demandais d'être "vigilants - déterminés", notamment au niveau des chevilles (risque croissant d'entorse).


Une  préparation physique vraiment générale sert aussi à la prévention des blessures...


Ainsi il est éminemment utile, en PPG (et en PPS : Préparation Physique Spécifique) d'intégrer des contraintes qui ressemblent à celles que l'on trouvera dans sa discipline de prédilection. Pour le vtt par exemple :

* équilibres instables variés (sur boule, sur planche à boule, sur rolla-bola, sur éducatif gym hexagonal debout - assis - sur le ventre...)

* Appuis variés : courses sur un pied, l'autre pied, pieds joints, avancer en appui facial pieds qui traînent derrière, idem en appui dorsal, appuis faciaux variés (une main devant, une main derrière, un pied levé, l'autre, une main et un pied levés, une main écartée, l'autre...), appuis dorsaux variés, appuis latéraux variés, passages d'un type d'appui à l'autre (facial - latéral - dorsal - latéral droit - facial - latéral gauche - dorsal...).

* Abdominaux les plus variés possibles : sur les coudes pédaler en avant - en arrière, croisés de jambes, ciseaux de jambes, piston, plier - déplier les jambes, balancier, "slalom" (jambes d'un côté - bras de l'autre), "rameur" (bras avancent - jambes reculent et vice-versa), chandelles dynamiques, équerres (ou demi-équerres), avancer en se repoussant sur les mains pour décoller les fesses, s'allonger et remonter jambes à 90° du buste ("bout de bois", super besoin de gainage), lancés de medicine-ball à deux assis proches pieds décollés, de face, latéralement, etc.

* Lancers et mouvements variés avec medicine-ball : lancers variés debout (poussé poitrine, bras cassé derrière la tête, bras tendu entre les jambes, dos au partenaire lancer en arrière), lancers assis (poussé poitrine, bras cassé, en démarrant en chandelle...) sur le dos (lancer le medicine-ball au-dessus de soi - le rattraper - ne jamais le faire tomber), faire des mouvements de musculation avec medicine-ball et les enchaîner vite sans qu'il tombe : pull-over, pull-over + relever buste et tendre medicine-ball devant soi, sur le dos faire tourner le medicine-ball autour de soi dans le sens des aiguilles d'une montre, en sens inverse, enchaîner des mouvements différents l'un derrière l'autre, faire de l'écarté-couché avec un medicine-ball dans chaque main (demande de bien gérer la flexion - extension des poignets pour qu'ils ne tombent pas, surtout si on accélère...comme en compétition, les habiletés sont plus difficiles à réaliser quand on les enchaîne vite)...


Les évolutions et variantes possibles sont infinies. L'imagination à l'entraînement est primordiale.


NB : quand on entre dans ce type de PPG "créative", les jeunes peuvent devenir de précieux alliés pour découvrir de nouveaux exercices! Ils sont joueurs, ne l'oublions pas.


Remarquons que ce type de PPG s'inscrit précisément dans le chapitre Varier l'entraînement de mon livre VTT Rouler plus vite, où je décris deux principales fonctions de la variété dans l'entraînement:


* Approfondir le travail des qualités visées en "tournant autour" par des entrées multiples.

* Soutenir voire renouveler la motivation afin d'éviter routine voire lassitude qui génèrent des réalisations trop peu intenses pour provoquer des réactions d'adaptation (surcompensation) de l'organisme. Ceci est d'autant plus important à haut niveau où les organismes, déjà souvent entraînés, ont besoin d'être poussés dans leurs retranchements pour évoluer encore.


Le skieur de descente Didier Cuche l'a bien compris, son entraînement physique est un véritable concentré de la démarche que je viens d'exposer. Il mixe exercices de musculation et coordination à très haute intensité, par exemple il fait des bonds latéraux + réception sur appui instable avec une charge sur le dos...Autant dire qu'il est extrêmement vigilant sinon il se casse directement! Mais actuellement il est le meilleur descendeur mondial...


Varier les qualités travaillées est une chose, varier les manières de travailler chaque qualité en est une autre, éminemment importante.

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