Forêt : le massacre.

Article publié dans la rubrique Ecologie

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Il y a quelques semaines, en pleine vague de froid, je remontais la combe Ciraillot et j'ai eu la rage au ventre et les larmes aux yeux. En trois kilomètres  cette combe passe de 250 à 380m d'altitude. Il y a trente-cinq ans, adolescent, à pied je m'y perdais. Un chemin feuillu la remontait et c'était presque tout. Le fond, peuplé de hauts sapins, était d'un sombre inquiétant et mettait plus de temps qu'ailleurs à dégeler en fin d'hiver ou à sécher après une grosse pluie (mais quel technocrate fait attention à cela...? Nous en reparlerons). Partout : arbres, oiseaux, animaux terrestres, beaucoup de silence et de majesté. La forêt au sens noble, comme un autre monde à côte du monde bruyant des hommes.


Voilà ce qui s'y passe aujourd'hui, comme cela se passe dans beaucoup d'autres forêts d'ailleurs:


Des bulldozers ont élargi le chemin. Elargi, le mot est faible: chemin + abords immédiats : 16m de large!!! Afin que l'eau s'écoule comme souhaité des fossés ont été creusés avec par endroits des buses en béton de 60cm de diamètre. Afin d'empierrer le chemin les bulldozers ont prélevé des pierres directement au pied d'un raide coteau, créant une carrière de 50m de large et 5 de haut. Vu la pente, aux premières grosses pluies il y aura un glissement de terrain comme cela s'est déjà produit à 1km de chez moi après le même type de travaux.


A partir du chemin principal a été créé un réseau de chemins adjacents (6, 8?), directement dans les coteaux dont la raideur oblige à creuser sur plus de 1m50 de hauteur côté amont, en sectionnant au passage des racines d'arbres de 50 à 80 ans qui, du coup, penchent et vont tomber.


Pire : depuis ces chemins d'approche les engins TIRENT TOUT DROIT vers les arbres à couper, ECRASANT SUR LEUR PASSAGE TOUT CE QUI NE LES INTERESSE PAS, par exemple des merisiers de 15 - 20 ans d'âge qui seraient bon à couper dans quelques décennies. Visiblement pour ces exploitants demain ne compte pas...et dire qu'on reproche parfois aux vététistes de laisser des traces!!!


Continuons : les arbres coupés sont ébranchés sur place ultra-rapidement, puis tirés avec des câbles en écrasant une deuxième fois tout ce qui se présente! Je n'ose même pas penser au nombre de bêtes, nids, terriers perturbés, déplacés, retournés, cassés, tués à ce moment-là.

NB : les arbres sont souvent coupés dans n'importe quel sens et tombent sur d'autres qu'ils blessent (parfois ensuite ils crèvent). Certains arbres, compliqués à couper au pied, sont tronçonnés à un mètre de hauteur, parce que les ouvriers sont payés à la tâche et ne veulent pas perdre de temps. Si les Anciens voyaient comment les nouveaux travaillent ils les vireraient immédiatement!


J'ai parfois interrogé des gens de l'ONF à propos de ce qui se passe, ils finissent toujours par "expliquer" que ces chemins rendent le travail plus facile, et au final parlant de subventions reçues alors il faut les utiliser...Un discours digne de ce que j'entendais pendant mon service militaire et qui "justifiait" des actions absurdes, comme brûler de l'essence inutilement pour justifier les subventions allouées.


Je suppose que nombre de "technocrates hors sol" qui gèrent la "gestion" des forêts ne mettent jamais les pieds dedans. Je suppose que les produits sur lesquels nous voyons "issu de forêts gérés durablement" sont issus de ce type de "gestion"...Ca fait réfléchir au degré de confiance qu'on peut avoir envers certains messages "écologiques" apposés sur certains produits!


Les "gestionnaires" de la forêt n'imaginent pas le nombre d'arbres perdus par l'écrasement par les girobroyeurs, ni les hectares perdus par la création des chemins d'accès empierrés. cette surface de chemins n'est pas comptabilisée dans leurs statistiques (un peu comme les chemins d'accès aux éoliennes), donc dans la perte de surface forestière réelle...Ils ne voient pas non plus que l'élargissement des chemins augmente fortement l'accès motorisé à la forêt (quads, 4X4, voitures de jeunes qui vont faire la fête le samedi soir au bout des chemins...). Ils ne voient pas enfin qu'en traçant un "réseau routier" dans la forêt, on en supprime ce qui en fait la magie : sensation de grands espaces, perte des repères qui entraîne cette délicieuse et de plus en plus rare sensation de se perdre...


Les technocrates parlent parfois de déforestation et de saccage dans les continents éloignés. C'est facile, ça ne les engage pas directement. Mais ils se taisent à propos de la déforestation, bien réelle, perpétrée à deux pas de chez  nous, sous nos yeux, par des entreprises pour qui le bois est un produit financier comme un autre.


En ce moment on parle beaucoup de chômage et donc d'emploi. Je ne peux m'empêcher de penser qu'on pourrait remplacer avantageusement (pour l'emploi) l'investissement coûteux dans les gros et destructeurs engins (aux crédits à rembourser parfois sur des dizaines d'années) par l'embauche d'une main d'oeuvre nombreuse qui obtiendrait les mêmes résultats à l'huile de coude...qui obtiendrait de MEILLEURS résultats car après le passage de forestiers manuels la forêt ne serait pas saccagée comme elle l'est actuellement. On a affaire à la même problématique que dans l'agriculture où la machine remplace l'homme avec à la fois des problématiques d'endettement et de chômage accru par réduction de la main d'oeuvre manuelle.


Un jour les choses changeront. Ce temps ne semble pas encore venu. Pour le moment il me semble que dans nos sociétés technologiques on soit en train d'aller au bout d'un cycle caractérisé par la recherche de la facilité physique. Je pense que l'on reviendra (dans combien de temps?) à une valorisation de l'effort physique pour deux raisons principales: d'abord parce qu'on aura épuisé les ressources de la Planète et qu'il faudra faire avec moins d'énergie disponible, ensuite parce qu'on aura (enfin) pris conscience des dégâts sanitaires d'un mode de vie sans effort physique (voir l'augmentation actuelle du poids moyen de la population des pays industrialisés). On reviendra donc à la fois contraints et forcés mais aussi convaincus, à des méthodes moins agressives, à des modes de vie plus actifs physiquement, à des approches plus humaines dans les moyens et dans l'esprit.


Il faudrait faire vite...car en attendant, la forêt est massacrée, piétinée, rapetissée, et la problématique écologique, plutôt présente vers 2007, est cette fois presque absente des discours de campagne présidentielle, preuve qu'elle n'était qu'un "opportun choix de campagne" balayé par la crise économique qui replace les problématiques financières devant toutes les autres. Or l'approche écologique de la vie me semble être la seule qui permette d'aboutir à une meilleure répartition des richesses, qu'elles soient financières ou de ressources issues de la Planète.


Le spectacle de la forêt massacrée me fait mal. Pour garder le moral, j'essaie de me consoler en me disant qu'au fond tout cela importe peu, que nous ne sommes rien, que tout disparaîtra un jour ou l'autre, nous avec, dans l'immensité de l'univers. J'avoue que c'est un moyen un peu extrême de se remonter le moral.


PS : hier tout en travaillant j'écoutais la retransmission de Paris-Nice à la télé que j'utilisais donc comme une radio...J'ai entendu Laurent Jalabert parler pendant environ une minute (c'est déjà long) de l'effort à faire par les coureurs pour ne plus jeter leurs emballages de barres énergétiques par terre. Quand j'avais allumé la télé j'avais justement vu Bradley Wiggins jeter le sien sans scrupule. Laurent Jalabert a justement rappelé que les cyclistes dégradaient eux-mêmes leur image en jetant ces emballages. Je me disais cela aussi pendant le prix de Joinville dimanche dernier où je n'avais même plus l'énergie de faire la remarque à ceux qui jetaient leurs emballages (ça volait de partout...). Lorsqu'il était coureur, Jalabert jetait ses emballages, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. En ce qui me concerne je ne les ai jamais jetés mais j'ai l'impression ceux qui font comme moi sont très peu nombreux.


"Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison" disait le philosophe...


Aujourd'hui je réutilise même trois ou quatre fois l'emballage papier des baguettes de pain (je retourne à la boulangerie avec), je  réutilise le sac plastique dans lequel le magasin bio emballe mon pain bio, j'ai de plus en plus de mal à jeter du plastique que je pourrais ne pas jeter. Je n'utilise plus depuis longtemps d'emballage pour mes gros fruits (je les mets dans une boîte en carton et les dépose sur la balance pour les peser). Je fais toilettes sèches depuis plusieurs années...A ceux qui disent que ça ne sert à rien, je présente des petits calculs : UN SEUL sac plastique à 1 gramme multiplié par 60 millions de personnes ça fait 60 tonnes de plastique...Imaginez les millions de tonnes de plastique économisées si on s'y met tous.


Autant finir sur une note d'espoir, non?

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