Fin d’un cycle…?

Article publié dans la rubrique Divers

Cet article parle de : , ,

Hier matin je courais le championnat de Champagne 3ème catégorie sur route. La veille j'avais accompagné mon petit Jules au Triathlon des Lacs à Lusigny dans l'Aube : 70 concurrents en Avenir 1, autant en Avenir 2, 550 en sprint, 600 en moyenne distance...Un week-end à 1300 concurrents, une ambiance sportive et festive, des jeunes et leurs parents, partout, une population qui paraît plutôt "saine", affûtée, en forme...


Le dimanche matin je me présente aux dossards du championnat de Champagne "3ème caté" : 19 inscrits! Environ 25 en Pass, et une centaine en "Toutes catés", mais au prix d'un regroupement de trois comités, Champagne + Bourgogne + Picardie! Parfum de désertification cycliste...


Pour ne  rien arranger, l'orage menace, le vent souffle fort...et l'organisateur principal est victime d'un accident matériel avec sa voiture, qui nous fera poireauter 55 minutes sur la ligne! Du coup les commissaires décident d'amputer notre course d'un tour : 66km au lieu de 88. Finalement on ne s'en est pas plaints tant on a "bouffé" de la pluie et du vent. A l'arrivée je suis 9ème, avec, surtout, la sensation de faire partie d'une race en voie de disparition, sensation partagée et évoquée plus d'une fois pendant la course avec les autres concurrents, finalement plus soudés que d'habitude dans ce contexte de "fin d'un monde".


L'après-midi je suis retourné voir la course élite, d'un très bon niveau, mais regardée par pratiquement personne.


Le vélo ne "parle" plus aux gens dirait-on, du moins ce vélo-là. Certes il reste des millions de spectateurs assis devant leur télé à regarder le Tour ; certes les cyclosportives font le plein ; certes les randonneurs cyclistes sont de plus en plus nombreux et les "impératifs de survie" écologiques grossiront peut-être encore leurs rangs à court terme.


Mais le cyclisme traditionnel semble vivre des dernières heures, au moins dans un département comme le mien. Les organisateurs sont âgés, la moyenne d'âge des coureurs est élevée, tout sent la fin de cycle, à l'opposé de ce que j'ai vu la veille au Triathlon des Lacs. On peut imaginer des raisons à cela : le poids moyen de la population augmente (voir l'intéressant article dans le dernier Sport & Vie sur la régression des performances des 100èmes en marathon, semi-marathon et 10km en course à pied) - l'offre sportive s'élargit - le vélo de route  traditionnel correspond mal à la dimension ludique de plus en plus recherchée dans le sport - la motorisation généralisée fait que les routes sont de plus en plus dangereuses pour les cyclistes routiers, etc. Quand même, il y avait des choses à faire...à condition de changer certaines mentalités.


Dès 1993, à coups de courriers, j'alertais la FFC sur l'urgence d'accepter les non-licenciés dans toutes les courses (on essaie...on prend peut-être une licence!), j'alertais les organisateurs de cyclo-cross sur l'erreur de refuser les coureurs venant essayer le cyclo-cross avec un vtt...De manière plus générale j'essayais de faire comprendre que si on ne faisait pas preuve de plus d'ouverture d'esprit on allait droit dans le mur. Aujourd'hui le choc est imminent.


Reste à espérer que l'histoire, si souvent imprévisible, nous étonnera une fois de plus et que la mort du cyclisme traditionnel n'aura pas lieu. Sinon il ne nous restera plus qu'à nous armer de stoïcisme et constater que ce n'est pas la première ni la dernière discipline sportive à disparaître après avoir connu son heure de gloire.

Imprimer cet article Imprimer cet article