Champion de France masters X 10 ! La course..

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Prenez un Lapierre Xr E:I:Shock, une paire de Python gonflés à 1.8bar, un pilote en meilleure forme que l'année précédente avec un genou droit moins douloureux, un bon trio de rigolards et une logistique simple mais efficace...Ca fait un titre de plus en vtt masters, le 10ème pour être exact. Celui-là m'a bien fait plaisir! Notamment parce que je l'avais perdu l'année dernière, pour trois secondes. Pourtant cette année les choses ne furent pas simples (mais ça ne fait que rajouter au plaisir de l'emporter).


D'abord, comme en 2013 nous partions à plusieurs catégories en même temps. Mais en 2013 ma catégorie (50-54 ans) était devant. Donc potentiellement pas gênée par les autres. Cette année c'était le contraire. Les 45-49 ans (et leur archi favori Bertrand Trombini) partaient devant nous. Je m'élançais donc en 4ème ligne, avec la ferme intention de remonter le maximum de concurrents le plus vite possible. A mes côtés une trentaine d'adversaires dont Azam, Blaise, Crenel...et Fred Bonhomme qui courait avec moi "jadis" en élites au sein du Team Gitane et qui venait de terminer 4ème du championnat de France masters route...Je le considérais comme mon plus sérieux adversaire.


Au départ je gicle vraiment bien, à tel point qu'au bout de 50m j'ai doublé 10 "45-49 ans". Moral au beau fixe et grosse pression sur les pédales. Je touche quelques épaules mais tout va bien, je préviens en arrivant dans les virages avec quelques "Bouge pas!" qui me permettent de faire quelques intérieurs bien négociés. Après 500m je suis 5ème et premier des 50-54 ans. Tout va bien. Une portion de 100m de route me permet de remonter 3ème. Arrivé sur le premier singletrack je souffle un peu car je suis monté bien haut dans les tours...Un concurrent me double sur un braquet démesuré, je me dis que ça ne va pas durer pour lui...Effectivement dès la mini-grimpette suivante je suis obligé de me faire petit dans un virage pour le repasser, je ne le verrai plus (nous l'appellerons le coureur mystère :-) ).


Il reste deux coureurs devant moi, Bertrand Trombini et un coureur en bleu que je n'ai pas reconnu...Après une descente rapide suivie d'un virage à 180°, je reviens dans sa roue dans une montée monotrace et rectiligne de 100m, je ne peux pas doubler alors je l'encourage de la voix trois fois : "Allez!"..."Allez"..."Allez"...Il est à fond et s'écarte dès qu'il le peut en m'encourageant...C'est Christophe Chambard, je ne l'avais pas reconnu, plus habitué à la voir habillé en maillot "Team BH"! Merci Christophe.


Me voilà seul derrière Bertrand Trombini. J'aurais bien aimé l'accrocher et ainsi bénéficier d'un "taxi de luxe" pour prendre du champ, mais il va trop vite. Je me cale alors sur un "rythme souple" dans la zone technique - étroite qui suit les premières sapinières. Mais je n'ai repéré qu'une fois (la veille vers 15h) et je ne vais pas très vite à mon goût. Progressivement j'entends un coureur se rapprocher. Immédiatement je me demande si c'est un 45-49 ans ou ma catégorie. Je choisis d'en avoir le coeur net, baisse de rythme et le laisse rentrer dans ma roue au point le plus bas du circuit...251, c'est ma catégorie, et je ne le connais pas! J'attaque les lacets de la longue côte sur un faux rythme en espérant qu'il va passer pour voir ce qu'il a dans le ventre, mais visiblement il n'ose pas. Est-ce que j'impressionne avec mes 9 titres? Quoi qu'il en soit je me remets à rouler sur un rythme convenable car il serait dommage de laisser revenir d'autres concurrents. Après une section large nous entrons dans un singletrack "interminable" en pente douce, qui commence par vingt mètres à pied. Je remonte sur le XR, roule sur des racines, reprend de la vitesse...puis n'entends plus mon adversaire dans ma roue. Je me retourne, il est à trente mètres! Je mets en route...Je creuse un trou d'une vingtaine de secondes, mais soudain ma roue avant se prend dans une racine et je me retrouve face contre terre sans rien avoir compris!


Le temps de me relever, de ressentir une douleur au genou droit, Daniel Pasquier (c'est son nom) est revenu à trente mètres, tout est à refaire! Je ne me démoralise pas, accélère à nouveau, reprend vingt secondes d'avance, avec lesquelles je termine le premier tour. Là, deuxième tuile: occupé à boire, je ne lève pas assez la tête et vais tout droit au bouclage! Les organisateurs ont omis un signaleur à cette intersection de 6m de large...Enfin si, ils en ont mis un...juste après mon passage! Alerté de mon erreur j'envoie le XR en dérapage pour faire demi-tour, mais glisse et chute sur le côté droit, sur la patte de dérailleur, ce qui décalera un petit peu mon indexation (mais rien de grave, ouf). Le temps de repartir Pasquier est repassé devant et j'ai raté le bidon de la zone d'assistance! Je m'énerve dix secondes puis rentre dans la roue de Pasquier, m'abrite du vent pendant 200m en me disant "Si tu veux être champion de France ce n'est pas le moment de repenser à tout ça!".


J'analyse alors rapidement la situation et conclus que je dois attaquer immédiatement puisqu'au premier tour j'avais creusé l'écart à cet endroit avant de me faire rejoindre dans la zone technique. Je dois tout donner dans les prairies et sapinières cassantes, rejoindre la zone technique avec au moins vingt secondes d'avance puis négocier le technique plus vite qu'au premier tour. Je commence donc par attaquer Pasquier "comme un routier". Il ne réagit pas (il se dit peut-être que je suis trop fort?). Je creuse effectivement l'écart en produisant un effort très intense. Arrivé dans la zone technique je passe sur un braquet souple pour mieux me relancer en cas d'imprévu. Je vais plus vite qu'au premier tour, Pasquier ne revient pas.


Je monte donc la dernière côte à bloc, mais j'ai l'impression de ne pas avancer! Seulement après l'arrivée tous  les concurrents me diront avoir eu la même impression, ouf. D'ailleurs Pasquier ne rentre pas. Sorti de ces dix minutes interminables, je sors de la forêt, monte un dernier "talus" et me retrouve sur le plat, à cinq cents mètres de l'arrivée, que je franchis avec le sourire avant de sauter du vélo comme un cabri. 1h23 de course, Daniel Pasquier arrive trente secondes derrière, il n'y avait rien de trop. J'offre un titre de champion de France au Team Haute-Marne et j'en suis heureux.


Reste à discuter - rigoler à droite à gauche, laver le XR, monter sur le podium, écouter la Marseillaise, faire un photo de groupe avec les champions et médaillés...et reprendre la voiture pour huit heures de conduite non-stop, orages compris! A 2h40 du matin l'Espace est garé devant ma maison, je suis bien démoli, à 3h je suis au lit, à 8h30 je me réveille, raconte un peu ma course à ma femme qui manquait beaucoup d'infos par manque de réseau à Camprieu et parce que je ne téléphone pas en conduisant si possible.


Et demain?


A Camprieu l'ambiance était sympa, comme elle l'a été dans tous les championnats de France masters précédents. Mais comme lors de toutes les éditions précédentes on a eu le sentiment d'être "exclus" de la grande fête du vtt qu'est LE championnat de France vtt "élites hommes - dames - juniors - espoirs - cadets et que sais-je encore. On a aussi le triste sentiment de n'être qu'entre anciens, alors que j'adore côtoyer des jeunes, en fait des gens de TOUS âges. Des coureurs sont venus me voir pour me demander de contacter la CNVTT afin qu'on en finisse avec cette exclusion. Personnellement, même si je soutiens à 100%  l'idée de réintégrer le championnat "élites etc.", je n'ai plus la foi pour me battre pour ce genre de cause. D'autres m'intéressent plus (aide aux élèves en difficulté, animation de stages, notamment pour les jeunes, faire partager mes connaissances de manière générale...). Néanmoins je retiens la remarque d'Edmond Corti de St-Cyr qui nous a dit ""oui ce serait bien de revenir avec tout le monde, mais en 2016! En 2015 on a envie de proposer l'organisation des "France masters" à St-Cyr, on a un super circuit, etc."...J'ai bien entendu cela!


Moi-même je me lancerais bien dans l'organisation de ce type de championnat, une année, sur le tracé de Roc Mélaire que j'ai organisé en 2011 - 2012 et qui avait été plébiscité par les coureurs (un tracé moderne avec choix de trajectoires en f onction du niveau...). Faut réfléchir, voir si la motivation est suffisante, si je trouve assez de personnes pour s'engager dans le projet, et si les instances (CN et CRVTT) nous donnent carte blanche pour organiser ça aux petits oignons. En effet à Camprieu c'était très sympa mais il y avait quelques aspects étonnants:

* Alors qu'en coupe de France masters les scratch sont supprimés (absurde), à Camprieu on nous classés au scratch des courses partant ensemble alors que seuls les classements par catégories avaient du sens!

* A Camprieu le circuit était difficile et joli mais très éloigné d'un tracé de XCO.

* A Camprieu, malgré toute la bonne volonté des organisateurs, on n'a recensé qu'environ 130 inscriptions au total. Avec 29 concurrents ma catégorie était parmi les plus représentées! Il y a d'ailleurs eu quelques étonnements aux podiums: des Dames ont eu un maillot avec deux concurrentes au départ, alors qu'avec trois partants les hommes 60-64 ans n'en ont pas eeu (je n'ai pas compris  la subtilité réglementaire).

Si je me lançais dans l'organisation des "France masters XCO", j'aimerais relever les défis de rassembler 250 concurrents et pouvoir autant que possible faire une course séparée par catégorie (fût-ce au prix d'un championnat étalé sur deux jours) , offrir un tracé spectaculaire où l'on voit souvent passer les coureurs et qui offre des trajectoires adaptées à tous les niveaux...C'est assez tentant!


Ce serait au prix de sacrifices dans d'autres activités...Il faut réfléchir.


En attendant je vais savourer ce 10ème titre, acquis de haute lutte.


Des photos et peut-être d'autres réflexions dans quelques jours.

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