Champion du monde X 7: la course.

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Nous arrivons sur le site à 13h30 pour un départ à 15h. Quinze minutes plus tard il tombe une grosse averse de pluie et de grêle. Le terrain, qui était presque séché pour les 40-44 ans (départ 12h30, Frédéric Liébaut fait 12), sera à nouveau « exigeant » pour nous.

À 14h j'attaque l'échauffement par 15' de mouvements de PPG du haut du corps. En effet ça secoue tellement dans les racines et cailloux que l'échauffement des triceps, avant-bras et tronc en général, importe autant que celui des jambes. Je monte ensuite sur le vtt pour 25' à intensité progressivement augmentée sur la piste de ski à roulettes. Puis je me nettoie à l'eau de Cologne, enfile la tenue de course et me rend au départ.

Je suis très détendu.

Au départ je gicle en tête sur 50m puis ralentit un peu. Quelques « énervés » passent puis explosent en vol. Après une minute de course, je suis 3ème derrière Marc Balaskovic bien revenu de la 3ème ligne, et Trond Ristvedt (Norvégien). Tommy Olsson, mon tombeur 2013, est dans ma roue. Je passe Ristvedt aux premières racines à pied, puis Marc fait une petite erreur de trajectoire et je me retrouve en tête. Rapidement je m'isole devant avec tommy Olsson. Ça sent le remake de Pietermaritzburg ! Mais dans quel ordre ?

On arrive dans la principale côte roue dans roue mais à 100m du sommet je n'entends plus rien derrière moi...Je me retourne : Tommy est à 20m ! Je baisse une dent et me mets « un cran au-dessus » en intensité. Rapidement je lui prends 10 secondes puis plus rien. Je boucle le premier tour avec 12 secondes d'avance, continue de rouler fort mais pas à fond, soudain Tommy combe son retard en 500 mètres et se recolle dans ma roue ! Il est très fort et veut me faire douter ou quoi ?

Je décide de continuer à rouler au même train, devant, cela m'évite des projections de sa roue arrière.

On aborde ainsi la fin du 2ème tour, où on roule pendant 5 minutes d'affilée dans un dédale de racines très exigeantes, sans récupération. J'avais dit aux copains que je trouvais que c'était la partie la plus dure et que son était fort c'était là que cela se ferait...Je ne pensais pas si bien dire : à mi-chemin, Olsson fait une erreur de trajectoire dans ma roue, je l'entends dire shit !, je crois bien qu'il a chuté ! Je ne me retourne même pas, je mets tout ce que je peux et termine cette section à bloc. À la sortie on fait un 180° qui permet de voir l'adversaire : il est à dix bonnes secondes.

Cette fois je poursuis à fond avec l'intention de faire toutes les parties physiques « taquet » et les sections techniques avec un peu de marge pour ne pas faire d'erreur. Tommy semble perdre seconde par seconde. Je ne suis sûr de rien. J'aborde la grande montée avec 15-20'' d'avance.

C'est alors qu'un déluge de grêle comme j'en ai rarement subi en course s'abat sur nous. Il reste 20 minutes à rouler. Bizarrement cela me motive encore plus, je me dis que si je gagne dans ces conditions dantesques ce sera sympa ! Au dernier passage d'un gros caillou à descendre, Jules m'encourage et filme. À part un bénévole, il n'y a plus que lui à cet endroit ! Tout le monde s'est sauvé...

Voyez cette mini-vidéo prise par mon petit Jules...Lorsqu'il se tait, l'appareil photo reprend en priorité le bruit de la grêle qui tombe...impressionnant! Cliquez: La grêle avant l'arc-en-ciel

Un peu plus loin je passe comme une balle et pour la dernière fois devant la zone d'assistance où Lolo et les copines m'encouragent à tue-tête. Je fonce vers la dernière longue section de racines. Mon maillot de champion de France est très fin, je n'ai rien dessus, le froid commence à me transpercer, il faut tenir dix minutes !

J'aborde cette section comme un mort de faim. Il grêle tellement que je ne sens plus mes jambes. J'ai du mal à savoir si j'avance vite ou pas. C'est un peu un « autre monde », de grosses flaques d'eau se sont formées entre les racines, elles sont recouvertes d'une couche blanche de grêle, le sol est blanc... !

Je donne tout ce que je peux, je vois mal les trajectoires, je suis secoué de partout, mais au bout de cette section je suis toujours devant. Aucune idée de l'écart mai je suis survolté. Je crie YES ! À la dernière bénévole postée au bout de ce secteur, puis entame les derniers 1500m roulants, mais devenus une immense flaque d'eau ! J'en prends plein la figure, ça me freine, j'appuie tout ce que je peux...

J'aborde la zone d'arrivée...complètement désertée ! C'est devenu une sorte de « lac »...J'entrevois les officiels sous la tente d'arrivée, ils lèvent le pouce, je lève les bras sous le déluge de grêle, complètement seul, un truc de ouf !

Mais Lolo et les copines sont sous une tente cinquante mètres plus loin. Elles sont canardées mais hilares. Je fais un gros dérapage près de la tente pour leur envoyer de l'eau, saute du vélo et me roule dans la flotte pour rire !

Immédiatement après un gros coup de tonnerre éclate, comme pour signifier que tout cela est fini car deux minutes plus tard le déluge cesse...Et Tommy Olsson arrive ! Je lui ai mis 1'51''. Jamais je ne pensais qu'il était si loin, du coup j'ai tout fini à bloc. On se serre dans les bras (ça éponge...) puis je commence à trembler terriblement. On m'enlève le maillot, j'enfile une thermique, un chaperon m'accompagne car je dois aller au contrôle antidopage. Je lave le vélo en une minute, me frictionne et me change, puis monte au contrôle avec Jules. Le Norvégien Inge Valseth est 3ème à 2'21, l'Allemand Matthias Ball est 4ème à 3'06, et les amis Français Marc Balaskovic et Patrick Balthazard sont 5ème et 6ème à 4'41 et 5'59. Tous les classements sur http://mtbworldchamps.com/masters/results/

Jules a le droit d'assister au contrôle (sauf le moment où j'urine), c'est très instructif. Le médecin me propose que je me fasse un thé (au contrôle on fait TOUT soi-même, ainsi on ne peut accuser personne s'il y a un problème), au thé on rencontre des bénévoles qui ont vu Jules sur le parcours, ils lui offrent un sac de ravitaillement et un t-shirt du championnat ! Avec sa bonne gueule...Nous, coureurs, on repassera.


Reste à monter sur le podium ! «Last climb » dis-je en montant sur la plus haute marche. Un responsable de la fédération norvégienne de cyclisme me tend le maillot...à mon avis un taille S, et en plus j'ai ma thermique sur le dos ! Je réussis à l'enfiler sans l'arracher...Amusé, je pose une question à l'officiel : « The Norvegians are small ? ». Ça détend bien l'atmosphère, les filles préposées aux remises de récompenses pouffent.

Reste à écouter la Marseillaise...Lolo et les copines se mettent à la chanter ! Je mets de côté mon avis sur les paroles (un peu racistes, quand même ! « Un sang impur »...) et je chante avec elles. L'atmosphère se détend encore un peu plus ! Puis on crie à tue-tête lorsque Roger Gentil monte sur la seconde marche du podium en 55-59 ans. Ensuite Christian Jupillat amuse la galerie pour son (13ème ? 14ème?) titre.


Après le protocole on réunit les Français devant le podium et on demande à un Italien de nous prendre en photo, on est de plus en plus bruyants...À 20m de là se déroule le briefing des courses du lendemain (en extérieur, ils aiment le risque!), on nous demande de faire moins de bruit mais en toute honnêteté je dois avouer qu'on n'a pas obéi ! On est un peu euphoriques...Au moment de quitter les lieux je vais m'excuser auprès du responsable du briefing qui finalement rigole un bon coup, et souhaite une bonne course aux 30-34 et 35-39 ans qui en découdront le mardi (nous on sera déjà loin).


Après ce premier moment festif on se dirige vers le Kiwi (petit supermarché) afin d'acheter quelques trucs à manger ensemble le soir. Il est 20h passées, Odile Balthazard rêve d'une bière...Elle découvre qu'en Norvège on ne vend plus d'alcool après 20h ! Mort de rire, je lui propose une de mes bouteilles de Badoit...Tout cela se termine par un repas où l'on raconte pas mal d'anecdotes cyclistes, et où chacun parle de ses douleurs du jour ou passées...Un vrai repas de masters ! On termine vers 0h30, je commence à être rincé (au figuré cette fois...).


On se couche à une heure du mat, mais Lolo est levée très tôt...On déjeune, range l'appartement, lave, aspire, charge la voiture, quand tout cela est fait je regarde l'heure : 6h53 !!! On a dû se lever bien tôt, je crois qu'on est motivés pour retrouver la France. Jules (qui s'était endormi dans le canapé pendant le repas du soir) se lève péniblement, se cale dans un siège arrière et c'est partit pour 5h de route, une heure d'arrêt pique-nique, 5h de route + ferry (on retrouve la famille Jupillat!), puis une recherche d'hôtel épique dans une petite ville de l'extrême nord de l'Allemagne (je vous passe les détails), finalement une chambre à 170 euros (pour trois nuits au total on aura déboursé 560€, oh, oh!) au « Seestern » (littéralement « étoile de mer ») où l'on dort comme des MASSES. Mardi : encore 10h de voiture et 1030km, les allumés de la vitesse sur les autoroutes allemandes, l'arrivée à la maison à 20h, fin de la Norvège, rendez-vous des masters en 2015 en Andorre !


Classements: voir http://mtbworldchamps.com/masters/results/



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