Championnats du monde masters jour par jour.

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Vive la wi-fi dans le cabanon de Nordseter, au-dessus de Lillehammer, qui me permet de vous conter par le menu nos pérégrinations norvégiennes (les étendues nordiques stimulent ma syntaxe :-) ).


Lundi 18 août

Cette cabane fut méritée! Départ lundi 18, une semaine avant la course, à seulement 10h du matin de Thonnance (on a bien dormi...), puis conduire, conduire, conduire...Luxembourg, Allemagne (les grosses cylindrées à 220 à l'heure, merci pour la Planète :-( ). On arrête les frais, plus très frais, à Lübeck vers 20h, après 970km. Plus que 1000! 110 euros "nuit + petit déj". On monte vers le Nord, les prix aussi.


Mardi 19 août

Après "ein bon repas", "ein grosse dodoo" et "ein gut déjeunéé", on repart: nord de l'Allemagne (Puttgarden), 18km en ferry, Danemark, Helsingor, 5km en ferry, Suède, Norvège...On veut coucher vers Oslo, on cherche, on ne trouve pas, on voit un hôtel, on se renseigne...300 euros la nuit + petit déj! Je décline (dans tous les sens du terme...), on repart vers l'aéroport d'Oslo (il y a des hôtels aux aéroports), on arrive au Park Inn: 280 euros la nuit + petit déj. Trop fatigués: on prend. On fait un heureux: Jules! Du haut de ses 12 ans il s'émerveille des avions qui montent et qui descendent, de la taille d'un terminal (qu'on visite à 22h), de la chambre (à ce prix-là, ouf!), de tout quoi. On a avancé pendant 11h et 800km. Il en reste moins de 200, ça sent l'écurie norvégienne!











La Norvège, on ne l'aura pas...volée.










 

Mercredi 20 août

On dort comme des marmottes (énorme isolation sonore, on n'entend même pas les avions décoller à 200m), on déjeune comme des gens qui ont faim ; c'est vraiment la classe, Jules tombe amoureux des tomates - mozzarella au petit déj, il y a pire! On repart le mardi matin, roule comme des escargots (le rythme norvégien), d'autant plus qu'on traverse 20km de travaux ininterrompus (les norvégiens savent creuser des tunnels, c'est sûr!), à la fin on compte presque chaque kilomètre et juste avant midi: LILLEHAMMER! Le Graal, le but, la fin...et le début des repérages!


Malgré une absence totale d'indications, on trouve vite le site (merci Google Street, Google View, Google +, Goog...Bref, je savais où on allait.


Je roule 1h45 (à vtt cette fois!) pendant que Lolo et Jules font les 6km du circuit à pied. C'est technique, très vtt, boueux, il y a quelques planches + sauts dont une qui permet de franchir unn ruisseau mais il faut prendre un bel élan et on retombe à plat...J'attends que Jules et Lolo soient là pour la tenter, ça passe. Il paraît que peu de coureurs la passent, ce que je peux comprendre. Ce tracé sacrera de vrais vététistes.


En revanche, le site est mort! Très peu de monde, pas de paddock...Mais je ne suis pas venu jusqu'ici pour m'apitoyer.


L'après-midi on prend possession d'un sympathique cabanon ("hytte"), on teste le sauna (Jules voulait absolument!), lessive, manger, dodo...La routine.











Non je ne pose pas seulement pour la photo!



















Tomates - mozzarella - thon au petit déj, bonne idée contre le sucré!










 

Jeudi 21 août

Météo correcte, ça se fête! Je fais un tour d'échauffement en 36 minutes, puis un tour à peu près à bloc en 28'25'', j'ai de bonnes sensations. Je déroule un peu en rejoignant Lolo et Jules qui font le parcours à vtt, je pare Jules sur un franchissement de "ligne A" (il impressionne les masters!), puis pique-nique en famille, sieste dans l'Espace au son de The Wall, discussion avec des Suédois(es), et j'y retourne pour 45' de repérage de sections techniques "50m par 50m". Puis j'en ai assez, on va regarder des biathlètes qui s'entraînent, on discute sympa avec l'un d'eux, son sponsor est un "bakery", il nous donne un morceau de pain pour finir :-) . Quelques courses, un peu de sauna, lessive, discussion avec des chasseurs norvégiens, manger, dodo, je suis bien rincé (la lessive aussi).


Vendredi 22 août

Météo...beaucoup moins correcte. Quand je me lève, à 7h, il reste quelques coins de ciel bleu, rapidement bouchés. Pas grave, j'ai une matinée à "tuer" (pas de vélo). Mission: aller chercher nos dossards. Les organisateurs ont eu la bonne idée de les faire remettre à Hafjell, à 15km de Lillehammer, parce que seul le XCO masters se déroule à  Lillehammer (tout le reste: DH masters et toutes les épreuves élites) sont à Hafjell. On se sent un peu exclus!

La veille la famille Balthazard nous a rejoints, de même que Roger Gentil et Marc Balascowicz, qui ont eu une galère avec une voiture de location qui n'était pas dans le bon aéroport, ce qui leur a coûté un bras en frais de taxi. Par décence et pour leur éviter une rechute de dépression nerveuse, je ne dévoilerai pas le montant dont ils ont dû s'acquitter...

Eh bien ils paieront encore un peu ce  matin! En effet pour aller à Hafjeell il y a une route plus courte depuis nos logements de Nordseter, mais payante! 40NOK (environ 5€). On commence à se sentir pressés comme des citrons. Heureusement le panorama est superbe, enfin...doit être superbe quand on le voit, car là, c'est brouillard et compagnie, puis une méchante averse de grêle à 1000m d'altitude (en Norvège, donc déjà frais à la base...). Ca caille sévère, on croise des skieurs à roulettes dont on voit la ceinture de Polar en transparence sous leur maillot trempé, ils n'ont qu'une couche de vêtements, même Norvégiens ils doivent se les meuler sévère!

On galère une petite heure pour trouver le site des inscriptions, à 100 euros le dossard on s'attend à un petit cadeau dans le sac: RIEN! Décidément...Faut juste être BANKABLE. On repart avec notre enveloppe, un dossard, une plaque de cadre, 4 épingles, 4 rilsans. Point. Disons qu'on va vendre chèrement notre peau à ce championnat...

Après quelques courses à Lillehammer on mange: entrecôte à 40 euros le kilo, à ce prix-là tu la savoures bien, même le gras :-) . Puis place à la sieste + repérage du parcours.

On roule 1h05 dans pas mal de bouillasse, si les conditions ne changent pas, ce sera un championnat de guerrier. Le saut de planche le plus "chaud" (si l'on peut parler de chaleur en Norvège) a été supprimé. Dommage, je le sautais nickel. Pour le reste, on est très "occupé" par les difficultés techniques, tant mieux.

Compex, sauna, manger, dodo...What else?


Samedi 23 août: Taïpan!

Météo normale le matin: 6°, il pleut, on va donc rouler :-) pour un dernier repérage, mais cette fois avec roues et pneus de course. Au vu de la dimension "tout-terrain complet" du tracé, j'ai opté pour les Hutchinson Taïpan à l'avant et à l'arrière. Je les ai reçus juste après Super-Besse, monté sur les roues de course et seulement testés en baskets autour de chez moi, mais rien que comme cela j'avais perçu un gros potentiel: bon volume, très bonne courbure, épaulement sécurisant, bonne déformation, crantage à la fois efficace même dans la boue, et non pénalisant en rendement (les crans sont assez espacés mais pas trop hauts)...

Bref, je pensais que cela pouvait être une bonne arme en Norvège, et le repérage de ce samedi m'a largeement conforté dans mon avis! Je les gonfle assez souples (environ 1.7 - 1.8 bar) et je fais un tour où je ne leur trouve que des qualités! Le choix est donc validé pour lundi, je remets les roues au chaud, de toute façon je ne retourne plus sur le circuit avant la course afin d'éviter l'effort de trop, c'est tellement essentiel juste avant la course et pourtant tellement souvent raté...

A la fin du repérage on tourne les jambes sur une piste de ski à roulettes goudronnée (environ 3km) qui ferait pâlir d'envie tout biathlète français: du plat, des coups de cul, des sens de rotation bien marqués, du monde dessus, le ski et le biathlon sont rois en Norvège. Au bord de ce circuit on voit un énorme (et quand je dis énorme vous devez comprendre ENORME) tas de sciure. Un Norvégien nous explique qu'il a été déposé là en prévision d'une coupe du monde de ski de fond en décembre, au cas où la neige viendrait à manquer. Je n'ai pas bien compris si cette sciure serait mise à la place de la neige ou par-dessus un tas de neige artificielle pour éviter qu'il ne fonde en attendant la course.


Voyez la taille du tas:











Microscopique Jules sur mégascopique tas de sciure...











Après cet ultime repérage, retour à la routine: douche, lessive, friction à l'eau de Cologne (un truc de cycliste) puis au gant de crin, repas, blog, sieste. Ca fait déjà pas mal de routine...


L'après-midi, Jules a très envie d'aller au parc aquatique de Jorekstad, je l'y emmène sans trop me tromper (juste 15km de trop sur 20km à faire...), on achète deux places: 220NOK (environ 28 euros), ça pique! D'autant que je nage 500m et basta, pas question de faire une vraie séance de natation à J-2. Jules en revanche s'éclate: sauts de 3m, de 5m, toboggan...On arrête à 18h parce que ça ferme à 18h.

Cette virée aquatique fut très instructive: on y a vu une maghrébine d'une cinquantaine d'années complètement habillée, voilée, barboter dans le "moyen bain" tout en discutant avec une Norvégienne en deux pièces. Sa fille, habillée aussi, a joué tout l'après-midi avec une petite Norvégienne "deux pièces". Ici la cohabitation pacifique semble bien installée et on se prend à rêver d'un monde 100% pacifique...

Autre anecdote: à l'entrée de la piscine on trouve une affiche sur laquelle trois hommes à poil se moquent d'un quatrième qui a gardé son bermuda sous la douche: bien que ne comprenant pas le Norvégien, je capte aisément le message: nu sous la douche c'est plus hygiénique. Les Norvégiens semblent plus à l'aise que nous avec la nudité.

Dernière anecdote instructive: j'ai vu plus d'hommes que de femmes jouer avec leur(s) enfant(s). Cela corrobore ce que j'avais lu sur la Norvège avant de partir: on voit des femmes conduire des engins de chantier, des hommes pouponner...L'égalité des sexes semble bien installée. A côté de cela les remarques de certains députés français sur la gent féminine apparaissent bien  barbares.

Le soir on mange chez Balthazard! Enfin, dans leur location...et c'est très sympa.


Dimanche 24 août

C'est la dép! Le matin il pleut comme il sait pleuvoir en Norvège...On se demande si le jour s'est levé. Tous les jours on a droit à au moins quelques heures de pluie. Je comprends qu'ici la mousse soit si épaisse. Je m'occupe en traduisant VTT Rouler plus vite, en briquant le XR et en passant l'aspirateur. Puis on descend voir les filles en découdre. Les conditions sont très mauvaises, les filles se battent bien, à certains endroits il y a de l'ambiance, ça commence un tout petit peu à ressembler à des championnats du monde. Je trouve des pierres dont j'enlève la mousse afin de pouvoir regarder assis.

On remonte manger à Nordseter puis on va voir la descente à Hafjell, super boueuse évidemment, d'autant que vers 15h30 on reprend une grosse averse qui n'arrange pas le circuit. Jean-Pierre Bruni termine 2ème en 50-54 ans et Cyril Meslier perd lui aussi son maillot irisé acquis à Pietermaritzburg. Il n'y a pas plus d'ambiance à la DH qu'au XC...On quitte Hafjelle vers 16h30 pour le briefing de nos courses du lendemain. Rien de spécial, on remonte donc au chalet pour blogger, préparer les tenues, à manger, un coup de Compex, une friction au gant de crin...Routiiiiiine!

Je trouve les résultats de la finale de la coupe du monde XCO à Méribel, visiblement une superbe organisation et une grande fête (sous le soleil!), excepté le drame survenu à cette concurrente du XCE...La "glorieuse incertitude" du sport est parfois cruelle. Mais les drames ne surviennent pas plus en sport qu'ailleurs, et peut-être vaut-il mieux mourir en pleine expression de sa passion que d'une maladie?

En XCO chez les hommes, une fois de plus, 3 pilotes dans les 5 premiers ont roulé en tout-suspendu. Et Julien Absalon lui-même viendra sûrement grossir  les rangs des "fulls" sur certaines manches en 2015, peut-être même dès les championnats du monde à Hafjell dans deux semaines. De mon côté je suis convaincu de l'intérêt du "full" depuis 2001, date à laquelle j'ai commencé à rouler, pour mon plus grand bonheur, sur le mythique X-Control. Aujourd'hui, les "full" ont tellement progressé (notamment en poids et en adaptation de l'amortissement suivant le terrain) que ce sont vraiment des "armes", d'autant plus que les circuits de coupe du monde (et de France) redeviennent agréablement techniques, que les choix de trajectoires (plus ou moins engagées ou aériennes) deviennent monnaie courante, et que les organisateurs, avides de retombées médiatiques, recherchent des circuits de plus en plus spectaculaires et rythmés.

Vers 21h45, avant le dodo, je vais marcher un quart d'heure avec Jules, habillé comme en station de sports d'hiver. On discute tout en avançant un peu sur la route (mouillée évidemment). En revenant, Jules s'amuse à marcher sur certains passages en fermant les yeux, et me dit naturellement "Toi il ne faut pas que tu le fasses"...Il a bien conscience du fait que je cours mon championnat du monde le lendemain, tout en étant très positif, j'adore!


Lundi 25 août

"Cette fois on y est", comme aime à dire Yvon Miquel. J'ai bien dormi, c'est même ma meilleure nuit depuis qu'on est arrivés. Seule la pluie m'a réveillé à 7h du mat. La pluie, amie omniprésente de ce périple norvégien...Pour la course (à 15h), la météo annonce "soleil et petites ondées", bref, rien de bien différent de ce que l'on vit depuis une semaine. J'occupe la matinée avec un peu d'ordi, une bricole sur le vtt, une demi-heure de PPG pour me réveiller musculairement, un plat de riz à 11h - 11h30, avant de me rendre sur le site de départ où je commence l'échauffement une heure avant la course, en n'oubliant pas de bien chauffer aussi le haut du corps, tellement les pierres et racines secouent sur ce tracé.


Champion du monde X7!

16h29, c'est fait! Mais je vous raconterai cela dans 2-3 jours, car là il est 21h30 et je n'ai pas encore mangé ni pris de douche...Fin de la routine! En revanche la pluie n'a pas cessé, au contraire, vous verrez comment en lisant le compte rendu!


A bientôt,

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