Après Rio: le plus difficile?

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Lorsqu'un athlète remporte un titre olympique, tout va bien tant qu'il est tendu vers l'objectif. Ensuite, il arrive fréquemment qu'il éprouve une sorte de spleen lié à la subite absence de but. Une sorte de rupture, un passage d'une existence pleine à une existence vide (d'objectif) et par ailleurs pleine de sollicitations extra-sportives, celles auxquelles il est le moins préparé.


Malgré tout on ne se plaint pas d'avoir remporté un titre olympique, ces "difficultés" ne sont que la rançon du succès.


Après un échec on ressent aussi un "vide post-objectif"...et éventuellement un vide tout court, car on est subitement moins entouré, plus critiqué...Le vainqueur bénéficie de "L'effet Gold" (on pense qu'il a fait ce qu'il fallait comme il le fallait, même si ses adversaires ont fait la même chose mais n'ont pas gagné...), il disparaît en cas de défaite. Par ailleurs comme dit l'adage "La victoire est collective, la défaite est solitaire". Après une défaite on compte ses vrais soutiens...


Et la défaite génère le doute. Ce qui paraissait logique, bénéfique, efficace, est remis en question. Quand on est performant tout paraît évident, on a tendance à être sûr de soi, de ses choix (même si les grands champions avent se remettre en question même en cas de victoire, ils sont à la recherche de la moindre imperfection à améliorer).


Les relations humaines changent. Des liens qui paraissaient solides peuvent se délier, un sentiment d'incompétence peut naître, l'image et l'estime de soi sont affectées. Pourtant c'est bien la même personne qui avait gagné hier qui a perdu aujourd'hui. Elle possède toujours le même "moteur" potentiel, en lequel elle devrait logiquement garder confiance. Mais l'être humain ajoute l'affectif et l'émotionnel au rationnel, et en cas d'échec ces aspects prennent bien souvent le dessus (c'est notamment pour cela qu'en cas d'échec il faut attendre que le coureur soir calmé pour faire un débriefing. En cas de victoire il faut juste attendre qu'il soit reposé et redevenu attentif).


De très nombreux grands champions et championnes ont traversé (ou traversent encore) des moments de doute voire d'errements: Miguel Martinez qui ne sait plus trop quelle orientation donner à sa carrière après son titre olympique, Jeannie Longo qui tente d'arrêter le cyclisme vers 1990 pour faire un enfant puis reprend la compétition après avoir échoué, Christine Arron qui se perd dans les approches psychologiques censées l'aider à diminuer son stress au départ des épreuves de 100m, Yannick Agnel qui se met à galérer à partir du moment où il quitte la France pour tenter de mieux s'entraîner, Julie Bresset, réputée détendue, qui rencontre violemment le stress et le doute alors qu'après son titre olympique on la voyait partie pour une longue domination du vtt mondial...On pourrait écrire des pages.


Assez logiquement, la contre-performance survient lorsqu'on est à son top et qu'on veut être encore meilleur. Au-delà du sommet, par définition, il y a...la descente. Selon moi c'est ce qui est arrivé à Julien Absalon à Rio: très fort encore cette année, il a voulu (et on peut le comprendre!) gagner encore quelques watts, quelques centaines de grammes, diminuer encore un peu son taux de graisse, et ça n'est pas passé. Il dit lui-même au magazine l'Equipe que deux jours avant la course il avait des sensations de folie. Souvent c'est piégeux. Quand on est "trop bien" deux jours avant une course (ou la veille), on a tendance à "taper dedans" sans s'en rendre compte et à s'entamer un petit peu. Et s'il était à la limite de l'excès d'affûtage, il a "consommé" quelques protéines musculaires (processus de "fonte musculaire"), d'où ce manque de force, jus, explosivité qu'il a subi à Rio. Il aurait peut-être gagné à manger un barbecue la veille au soir de sa course! Mais comment oser faire cela quand on "fait le métier à fond"? Pourtant une bonne "recharge protéique" peut "sauver" un coureur qui tend à trop s'affûter (voir VTT Rouler plus vite chapitre "Viande et vtt").


Je note au passage que les coureurs du XCO moderne sont maintenant très "musculeux" (tout en restant légers, certes). Schurter est annoncé à 1m72 et 68kg! Il est vrai que les épreuves dépassent peu 1h30 de nos jours, que les côtes, brèves et souvent en paliers, nécessitent plus de qualités de relance que de train (Absalon l'avait bien compris en 2008, il s'était forgé une super sangle abdominale pour relancer souvent en danseuse en restant bien gainé. Cette dimension de gainage est encore plus importante avec les tracés actuels). Les coureurs de XCO deviennent "puncheurs", ils multiplient les hautes puissances espacées de courtes récupérations plutôt que de rouler au train. Il faut donc être "juteux". Si on est entamé musculairement cette qualité disparaît. Absalon a sûrement intérêt a faire quelques "bonnes bouffes" (avec de bons potes pour mieux oublier Rio!) avant la finale de la coupe du monde en Andorre, afin de provoquer cette salutaire "recharge protéique".


Je ne m'inquiète pas pour Julien: il a déjà traversé des moments difficiles (ex: championnats du monde 2013, ou plus généralement ses six années 2008 - 2013 sans titre mondial alors qu'il venait d'en remporter quatre d'affilée), jamais il n'a montré de signe d'abattement. Il sait tout "positiver", c'est impressionnant. Après sa 8ème place de Rio il a rapidement dit que sur 4 JO il en avait remporté deux. Il a su trouver la dimension positive dans la défaite. Il restera un compétiteur qui ne lâche rien, quoiqu'il arrive me semble-t-il.


En ce qui concerne Pauline c'est un peu plus "compliqué". Elle est un peu au fond du trou (bonne nouvelle: elle ne pourra maintenant que remonter! "Un peu d'humour ne fait jamais de mal"). Au moment de son abandon elle était vraiment effondrée ("je n'ai plus envie de faire de vélo, je n'ai plus de nervosité, j'en ai marre, j'en peux plus"...On avait mal pour elle). Comme chaque fois qu'un champion se plante carrément des langues vont se mettre à parler pour critiquer, comme si on savait d'avance ce qui allait se passer. Personnellement je "voyais" Pauline entre la 10ème et la 15ème place (je ne pensais pas qu'elle abandonnerait). Si elle a abandonné c'est que vraiment son organisme est usé. Peut-être que pour la première année son organisme ne supporte plus le cumul route + vtt + cyclo-cross. En tout cas son effondrement moral sur le bord de la piste à Rio laisse supposer une charge excessive, à la fois physique et mentale, une sorte d'accumulation excessive de stress de diverses origines. Si tel est le cas, elle doit tirer un trait sur la saison de cyclo-cross! Etre très patiente, faire autre chose que du vélo, laisser l'envie de refaire du vélo revenir d'elle-même, surtout ne pas reprendre avant que cette envie soit revenue...Ce sera très difficile: elle a des contrats, un entourage très axé sur le vélo, et elle-même souhaite performer à nouveau, au plus vite...A mon avis elle entame sa première passe vraiment difficile. Elle  la surmontera si elle a l'intelligence et si elle trouve la volonté de se reposer. Pour un sportif d'endurance de haut niveau, il faut beaucoup de volonté pour se reposer longtemps!


Il paraît que "ce qui ne tue pas rend plus fort". Je doute un peu de ce proverbe, ou alors il faut en préciser le sens. Pauline était au top en 2015, je ne vois pas en quoi les épreuves endurées en 2016 la rendraient "encore plus forte". Elles la rendront peut-être plus détachée tout en restant forte, ce qui peut effectivement être envisagé comme "plus forte", si par "plus fort" on comprend "plus forte face aux événements de la vie". C'est tout ce qu'on lui souhaite.



S'il y a une certitude, c'est que le sport nous a une fois de plus montré que rien n'était "écrit". Nous vivrons donc encore de belles émotions en 2017! Che les Français, peut-être quelques places de gagnées par Maxime Marotte (celles qui le séparent encore d'une victoire au niveau mondial), peut-être l'explosion de Victor Koretzky (une pépite!), sûrement quelques lignes de plus au palmarès gigantesque de Julien Absalon, peut-être une grosse victoire internationale pourStéphane Tempier ou Titouan Carod, peut-être le retour au premier plan de Pauline Ferrand-Prévot...ou Julie Bresset!


Qui vivra verra, et moi j'écrirai!

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