Estime de soi

Article publié dans la rubrique Jeunes, éducateurs

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Lundi 18 décembre 2017, ma femme a acheté l'Equipe suite au sacre mondial des Bleues en handball. Je lis un article sur Olivier Krumbholz, entraîneur rappelé par les joueuses pour les faire réussir, qui explique qu'il est passé d'une attitude "dure" à une démarche nettement plus basée sur l'encouragement, le renforcement de  l'estime de soi, la prise de responsabilités...

 

Plus loin dans le journal apparaît une longue interview de Christophe Bassons, ex-coureur professionnel sur route, qui n'a jamais craint de dire qu'il roulait à l'eau claire mais qui en a fait les frais sous l'ère "Armstrong", et qui aujourd'hui est à l'origine de la première prise en flagrant délit en France d'un coureur roulant avec un moteur. Christophe explique que cette "prise" l'a mis m'al à l'aise, qu'il aurait préféré parvenir à réaliser quelque chose de plus "pédagogique" pour faire évoluer ce coursier. Dans un coin de la page on trouve un intéressant petit encart qui vient comme confirmer ses dires en décrivant une approche du vélo plus centrée sur le renforcement de l'estime de soi.

 

Moi-même, ce même lundi, en cours d'EPS, je prends un élève de troisième en flagrant délit de prise d'élan pour shooter dans une poubelle. Ca sent l'exclusion de cours, il me supplie...Je le pousse à me dire pourquoi il craint autant l'exclusion, il avoue accumuler de nombreux problèmes...Je lui propose alors un travail éducatif qu'il commence à faire, mais oh! surprise, plusieurs filles de la classe se mettent à le soutenir alors qu'elles n'ont rien vu de ce qui se passait (cet élève a sa petite "cour"!). S'ensuivent dix minutes de discussion serrée au terme desquelles les filles (et le garçon) comprennent qu'il n'y a eu aucune injustice de ma part et qu'au contraire je cherche à l'aider. Le garçon termine sa punition, puis travaille positivement (arts du cirque). Je fais un bilan de ce qu'il s'est passé en fin de cours et tout le monde convient que je lui ai certainement rendu service. L'ensemble de la classe quitte le cours avec du respect pour son professeur,  une cohésion renforcée, et une envie accrue de s'entraider. Bref, là encore une "estime de soi collective" renforcée.

 

 

 

Pendant des années je me suis posé la question de la direction à prendre envers les élèves. Aujourd'hui j'ai compris que l'on peut être ferme à partir du moment où les élèves ont compris que c'est pour les aider. Les délits deviennent alors "positifs" ou "prometteurs", ils sont l'occasion d'apprendre quelque chose à l'élève (dire bonjour, utiliser des formules polies, aider ses camarades, travailler plus, se concentrer plus longtemps...).

 

 

Aujourd'hui, suite au conseil de la classe de 5ème dont je suis professeur principal, j'ai fait émerger une "lacune" existant chez une dizaine d'élèves qui ont du mal à prendre la parole en cours. Après avoir parlé de l'utilité de faire des erreurs pour progresser, je leur ai transmis un petit texte que j'ai rédigé (huit alexandrins à lire à deux, quatre chacun)...Toute la classe est passée, sans exception! Chaque duo fut chaudement applaudi, les élèves sont repartis gonflés à bloc.

 

 

Aujourd'hui je mets en valeur les progrès plutôt que de pointer les lacunes, je fixe des objectifs positifs et concrets au lieu d'annoncer l'échec "si ça continue comme ça", j'incite les élèves à s'entraider au lieu de les "classer", pour aller vers un système "gagnant - gagnant".

 

 

 

L'estime de soi est un moteur d'une puissance énorme, que l'on peut solliciter sans modération!

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