Julien Absalon

Article publié dans la rubrique Jeunes, éducateurs

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Non Julien Absalon n’est pas mort ! Il va très bien, il souffre d’allergies mais pas au vtt puisque son prochain objectif majeur sera de manager son Team Absolute Absalon, comme il le disait sur redbull.tv à Albstadt avant la retransmission de la deuxième manche de coupe du monde VTT XCO (remportée par un certain Nino Schurter qui se sent peut-être un peu seul maintenant…même si une armada française lui a tourné autour : Tempier 2, Marotte 3, Sarrou 5 !).


Ainsi nous ne verrons plus Julien Absalon courir sur le circuit international.


La fin de carrière de Julien, c’est quelque chose « d’important » pour tout vététiste passionné.


D’ailleurs j’ai du mal à en parler ! Il a tellement gagné et a atteint un niveau tellement élevé en VTT XC puis XCO qu’on se sent très humble et pas nécessairement habilité à émettre un avis sur ce qu’il fait. Cela fait près de 20 ans qu’il maîtrise !


Allons à la pêche aux souvenirs et rembobinons un peu de fil…



À Lourdes le 13 avril 2018 il me double en repérage : « Bonjour Jean-Paul ça va ? »…Moi : « Non ! Je suis sous antibios, au fond du trou, j’espère que tu vas mieux que moi ! ». Le surlendemain il remporte sa dernière victoire en coupe de France vtt xco. À 38 ans Julien était encore loin d’être « arrêté » !


Ces deux dernières années Julien a pu donner l’impression de s’isoler quelque peu. Il semblait chercher les derniers pour cents de progrès possibles (la concurrence se renforçait…), en adoptant par exemple une démarche alimentaire personnalisée. On ne peut que louer ce perfectionnisme…qui, dans le même temps, lui a peut-être parfois compliqué la vie, pourquoi pas en lui mettant un peu plus de pression que dans un environnement « banalisé ». Ce n’est qu’une hypothèse, rien ne dit que je sois dans le vrai.


En 2014, après les manches de coupe du monde de Mont-Saint-Anne et Windham je lui adresse un mail dans lequel j’expose mes arguments qui concluent qu’il devrait passer au tout-suspendu. Il est d’accord avec mon point de vue et justement il est en train de mettre cela au point avec BMC, surtout pour 2015…Mais tout s’enchaîne très vite : à Haffjell en Norvège, il fait un repérage avec le « tout mou », Christophe Chambard lui règle les suspensions aux petits oignons…Il colle 1’51 à Nino Schurter avec une démonstration de puissance rarement vue dans la grosse bosse du circuit. Je me souviens de Julien qui monte toute la bosse debout alors que Nino se rassoit 3 ou 4 fois…énorme. Pour moi c’est la dernière (très) grande démonstration de Julien. Et son 5ème titre de champion du monde !


À partir des Jeux Olympiques de 2012 la suite de sa carrière s’est plus faite, me semble-t-il, par décisions de prolongement successives, notamment parce que les choses se sont moins bien déroulées qu’auparavant ou que prévu. En effet de 2004 à 2010 environ Julien a évolué au-dessus de la mêlée. Puis Kulhavy et Schurter sont arrivés. Lorsque, après sa crevaison aux JO de 2012, Julien a refusé de confirmer la fin de sa carrière (qu’il avait auparavant plus ou moins annoncée), on a senti qu’il pensait déjà à Rio 2016. Souci de terminer sur un dernier coup d’éclat ? C’est une pensée très logique pour un champion. De 2013 à 2016 il se bat avec une énergie incroyable pour rester au top, en nous faisant parfois un peu peur…Je pense à ces Mondiaux de 2013 à Pietermaritzburg courus avec des côtes fêlées (6ème quand même !), côtes fêlées notamment parce qu’il voulait égaler la vitesse de Nino dans le roc garden…Il est clair que depuis l’arrivée de Nino Schurter il a été poussé dans ses retranchements (il a plus chuté me semble-t-il). Mais il a également su pousser Nino dans les siens, et plus d’une fois avec la réussite au bout !


En 2013 à Pietermaritzburg, je loge dans le même hôtel que l’équipe de France dont les Mondiaux ont lieu une semaine après nos Mondiaux Masters. J’ai l’occasion de comparer les vtt de Miguel et de Julien…qui n’ont pas le même niveau de finition dans les réglages, notamment de suspension.


En 2009, aux championnats de France à Oz en Oisans, Julien colle 4 minutes à J-Christophe Péraud, récent vice-champion olympique derrière…Julien Absalon, et qui comptait bien le battre lors de ce championnat. J-Chri me dit alors « Il est trop pro, jamais je n’arriverai à le battre »…Cette défaite et d’autres concédées à Julien pèseront dans la décision de J-Chri de passer à la route (décision qu’à mon avis aujourd’hui il ne regrette pas !).


En 2008, après 4 victoires de suite en championnat du monde ( !) Julien abandonne ceux de Val di Sole, victime d’un coup de chaud…Les JO de Pékin approchent, il se fait oublier, revient aux championnats de France de Serre-Chevalier où il atomise la concurrence (le second est à 4 minutes, seule une petite dizaine de coureurs terminent dans son tour !) et il remet ça aux JO en précisant que jamais il ne s’était senti dans une aussi bonne condition physique…Sa capacité à rebondir est énorme. D’ailleurs en 2016, il se rate aux JO de Rio (même si beaucoup rêveraient de terminer 8ème aux Jeux…), mais moins d’un mois plus tard il remporte la finale de la coupe du monde à Vallnord, empochant du même coup le général, et la place de N°1 mondial…Pas mal finalement cette année 2016 !


En plusieurs occasions, sur des championnats de France, j’ai communiqué des écarts à Julien. Exemple aux Ménuires 2006 : « Tu as repris 22 secondes à Cédric – Ravanel – depuis le pied de la bosse », et je me suis rendu compte qu’il était très attentif à ce type d’information. Ne rien laisser au hasard…


Aux Ménuires 2006 justement, j’ai eu une discussion aussi brève que constructive et efficace avec Julien. Je travaillais le manuscrit de VTT Rouler plus vite et je lui ai demandé s’il accepterait de préfacer le livre. Je lui ai d’abord dit que si je m’adressais à lui c’était parce que je pensais qu’il était un coureur propre (je le pense toujours). Il m’a demandé de lui envoyer quelques chapitres du livre, et après les avoir lus il a tout simplement dit OK, sans rien exiger en échange. Cette rencontre trouvera son prolongement début 2008, au Raid Cassis, avec une séquence de dédicaces commune pour le lancement de mon livre, pendant laquelle l’affluence fut…très affluente !


Remontons plus loin dans le temps…En 1997, alors que j’avais encore un niveau correct en élites, je termine 2ème de la Transvôge (40km en grande boucle), à 4’25 de Frédéric Frech…7ème : Julien Absalon, Junior 1, à 13’21…à mon avis, dès l’année suivante ça aurait été une autre histoire…En effet en 1998 il est champion du monde Juniors à Vail. Début d’une énorme moisson…


C’est justement en 1998 que j’ai commencé à regarder Julien de plus près (à la Transvôge 1997 je n’avais pas du tout noté sa présence, je m’en suis rendu compte des années plus tard), et je me souviens m’être dit, en le voyant rouler très vite tout en étant peu affûté : « Celui-là s’il perd progressivement du poids il va faire drôlement mal ! »…C’est justement une des choses qu’il a su faire, progressivement (combien se sont ratés en maigrissant trop vite puis en subissant un effet rebond…). Sur la fin il a peut-être été un peu trop loin dans ce domaine. Ou bien sa musculature, en vieillissant, est devenue plus « noueuse » comme c’est souvent le cas (en vieillissant on paraît parfois plus sec alors qu’en fait on perd de la masse musculaire…et de  la force). Peut-être les difficultés à battre Nino l’ont-t-elles poussé à tenter de « gratter » quelques grammes de graisse et à finalement perdre un peu de muscle avec… ? C’est ce qui semble s’être passé à Rio 2016, où Julien a expliqué être descendu à 4% de masse grasse, manquer de force et se sentir ben seulement en montée raide (normal quand on est super léger).




Bref, d’une manière ou d’une autre Julien s’est battu jusqu’au bout, jamais quiconque ne l’a vu prendre la grosse tête, et alors qu’il arrête la compétition il semble aussi motivé par ses nouveaux objectifs. Je lui souhaite de rester le même !




Rouler plus vite...pour essayer de rattraper Julien!


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