La coupure selon Pauline… et moi.

Article publié dans la rubrique Entraînement

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On peut être multiple championne du monde et découvrir un "basique" de l'entraînement .


Dans le dernier numéro de VTT Mag, Pauline Ferrand-Prévot rédige une brève chronique dans laquelle elle évoque notamment une profonde sensation de ressourcement suite à sa longue coupure forcée par son opération suite à la découverte d'une endofibrose iliaque à gauche et à droite.


"Je pensais que j'allais très mal le vivre" dit-elle.


En effet, pour un coureur dans un sport d'endurance, la coupure est aussi difficile à réaliser qu'elle est nécessaire. Pourquoi? Comme je l'explique dans divers chapitres de VTT Rouler plus vite, le sportif d'endurance est d'un naturel hyperactif, il n'aime pas ne rien faire, souvent même il ou elle ne le supporte pas. Il ou elle a tendance à en rajouter une petite louche au niveau de l'entraînement, du coup il est souvent un peu entamé. Il ou elle pense que quelques jours de repos vont lui faire perdre les acquis de l'entraînement (alors que si on est bien entraîné les quelques jours de repos provoquent un effet rebond qui nous amène à la grande forme), il culpabilise quand il ne fait rien... Bref, il est plus ou moins dépendant se sa "dose journalière" d'entraînement, parfois en dehors de toute considération rationnelle. Certains deviennent les champions... de l'entraînement, comme si le fait d'afficher 35h par semaine était une victoire.

 

Ce comportement engendre une incapacité à évoluer à son tout meilleur niveau (il y a toujours un fond de fatigue), des blessures, des maladies, le surentraînement... Il me semble que Vincent Luis a peut-être été dans ce cas de figure au moment des JO de Rio 2016, lui qui s'infuse des charges d'entraînement énormes et qui semble avoir beaucoup de mal à faire autrement.

 

En général ce type de profil psychologique ne découvre les bienfaits du repos que forcé. Jamais on ne parvient à s'imposer le repos de plusieurs jours de soi-même, seul un évènement traumatisant (échec massif, contre-performance totale, blessure, épuisement...) nous permet de nous rendre compte des bienfaits du repos: ouverture au monde, fraîcheur physique, re-tissage de liens sociaux oubliés... Mais "rassurez-vous", dès que cela ira mieux, le sportif d'endurance retombera dans ses travers :-)

 

Le problème est encore plus aigu pour un champion (une championne) connu, médiatisé. Les médias maintiennent une attente, formulent sans arrêt des objectifs, les sollicitations (médiatiques, publicitaires, honorifiques...) sont permanentes, le ou la championne pense qu'il ou elle a suffisamment d'énergie pour encaisser tout ça, commence à interrompre quelques siestes voire séries d'entraînement pour répondre à des appels, poster un petit quelque chose sur les réseaux sociaux, il ou elle se met au lit avec de menus tracas d'ordre extra-sportifs (ex: relation avec un sponsor), ces mini-stress se cumulent avec la charge physique de l'entraînement... Patatras, un jour tout s'écroule et la personne se demande ce qui lui arrive, pourquoi tout cela n'a soudain plus de sens, tout paraît impossible à surmonter, on voudrait être dans les bras de maman au chaud sans rien à faire... J'exagère à peine!

 

Quelques jolis exemples de champions qui subissent le "trop-plein" ou qui ont rebondi après une coupure forcée:

* Martin Fourcade explique actuellement qu'il n'a pas vu grand-chose venir, qu'il était tellement fort qu'il pensait pouvoir gérer aussi les sollicitations médiatiques en plus du reste... Actuellement il galère (ce qui au passage montre à quel point ce qu'il a fait auparavant est exceptionnel)

* Thibault Pinot subit une défaillance énorme le dernier jour du Giro 2018, il finit à l'hôpital, du coup fait l'impasse sur le Tour de France 2018... et deux mois plus tard réalise une fin de saison exceptionnelle: 5ème des championnats du monde - vainqueur de Milan-Turin et du Tour de Lombardie!

* Romain Bardet qui est décrit comme ultra-perfectionniste et qui me paraît trop affûté et de moins en moins percutant (j'espère me tromper...), et qui en plus tire des braquets trop gros qui "usent"...

* Moi-même en 1994 je m'enfonce progressivement dans une mauvaise logique: je suis fatigué mais je crois que je ne m'entraîne pas suffisamment, je touche le fond en juillet 2014: anémie carabinée... 2 mois sans vélo suivis de tout un hiver en pédales plates à ne faire que de la technique et en gros pas d'aérobie... Je réalise ma meilleure saison en valeur absolue en 1995... Mais depuis j'ai toujours la même difficulté à faire de vraies coupures! A tel point que lorsque je suis convoqué à une journée de stage de formation je me dis "C'est bien ça m'obligera à me reposer".

 

 

Bref, la coupure préventive est très importante, j'en parle pas mal dans VTT Rouler plus vite. Mais elle est certainement plus difficile à réaliser qu'une grosse semaine d'entraînement. Qui oserait placer trois jours "off" dans une semaine précédant un gros objectif? Pourtant ça m'est arrivé de devoir le faire et à chaque fois j'ai été étonné de mon (bon) degré de forme... et pourtant je ne suis pas capable de le refaire si je n'y suis pas contraint par un évènement indépendant de ma volonté!

 

Vive l'entraînement et vive le repos, deux facettes équi-importantes de l'entraînement sportif.

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